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Full text of "Histoire des théâtres de Paris: Le Théâtre national, le Théâtre de l'égalité ..."

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TIRÉ A aOO EXEMPLAIRES 
DONT l5o MIS DANS LE COMMERCE 



N' 




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la Norvège et le Danemark. 



L.-HEMJ(r LECOMTE 



Histoire 



DBS 



Théâtres de Paris 



Le Théâtre ^National 
Le Théâtre de ï Égalité 



j 793-1 794 



PARIS 



H. DARAGON. ÉDITEUR 
3o. l{ue Duperré (IX*) 

1907 



1 






LE 



THÉÂTRE NATIONAL 



1793-1794 



Les prêtresses de Vénus sont parfois amenées, par 
les circonstances, à exercer un art ou à tenter une 
entreprise. Oseuses autant qu'adroites, elles sont 
alors capables d'intéressants efiPorts. Ce fut le cas, 
entre autres, delà femme sing'uliére qui, sous le nom 
de Montansier, est demeurée célèbre dans nos anna- 
les dramatiques. 

Une rapide esquisse de ses premières années s'im- 
pose au début d'un livre consacré aux heures les 
plus graves de sa maturité. 

Marguerite Brunet — tel est son véritable état-civil 
— naquit à Bayonne, le 18 décembre 1780, d'un 
épinglier et d'une ouvrière. Cette extraction modeste 
n'empêcha point l'enfant, prématurément orpheline 
de père, d'être admise au couvent des Ursulines de 
Bordeaux. Elle fit là des études médiocres qu'un de 
ses oncles interrompit pour la conduire en Améri* 
que, près d'une parente âgée dont on espérait la voir 

1 

075 



2 THEATRE NATIONAL 

hériter. La bonne dame mourut le jour même où 
débarqua la jeune fille qu'elle avait oubliée dans son 
testament, et qui reg'agna Bayonne où elle ferma 
presque aussitôt les yeux de sa mère. 

La mine piquante de Marg'uerite, sa taille petite 
mais bien prise, son corsage agréablement dessiné 
et Téclat de ses grands yeux noirs lui avaient valu, 
dans sa ville natale, le flatteur surnom àiHermosa 
(la belle). Les galants, pour le bon ou le mauvais 
motif, se pressaient autour d'elle, mais que lui 
importaient des triomphes provinciaux ! C'est Paris 
que rêvait son esprit déluré, qu'appelaient ses visées 
ambitieuses. Or, en quittant ce monde, Mme Brunet 
recommanda précisément à Marguerite d'aller rejoin- 
dre, dans la capitale, sa tante maternelle, une cer- 
taine dame Montansier, établie marchande À la toi- 
lette au n*^ 12 de la rue Saint-Roch. Ce conseil, 
comme on pense, fut religieusement suivi ; son 
petit héritage liquidé, l'orpheline prit le coche de 
Bordeaux pour aller, comme tant d'autres, conqué- 
rir une place au soleil parisien : elle avait alors dix- 
huit ans. 

Les instincts de Marguerite Brunet devaient trou- 
ver, chez Mme Montansier, le milieu le plus favorable 
à leur développement. Liée avec tous les roués et 
toutes les impures, la revendeuse eut tôt fait d'ini- 
tier sa nièce aux galantes manœuvres ; Marguerite y 
devint experte au point que chacun, dans le monde 
des plaisirs, brigua ses faveurs intelligemment tari- 
fées. C'est alors que, trouvant sans doute un peu rotu- 
rier son nom de famille, elle adopta celui de sa 



THBATBB NATIONAL 6 

tante auquel, dansToccasion, elle ajoutait sans hési- 
ter une particule. 

JLes rapports de police (i) montrent, de 1748 à 
1 763, M}^^ Montansier donnant en France ou dans les 
colonies à souper, à jouer, à aimer à tous ceux qui 
on exprimaient le désir. Vers la dernière date, elle 
lia connaissance avec M. de Saint-Contest, fils du 
ministre des Affaires Etrang^ères. Ce Kcentilhomme 
était d'un âg'e très tendre ; si Ton en croit les ins- 
pecteurs du lieutenant De Sartines, la Béarnaise 
Tavait choisi pour rajeunir, à son contact, ses appas 
fatig'ués. M. de Saint-Contest fit mieux que contri- 
buer au renouveau physique de M^^^ Montansier. 
Homme distingué, aimant et comprenant Tart dra- 
matique, il dirigea vers Texploitation raisonnée de 
cet art les facultés actives qu'il découvrit chez sa 
maîtresse en lui faisant d'abord attribuer le privi- 
lège du théâtre de Nantes. Sans qu'elle rompît un jour 
avec le monde galant, on vit dès lors la Montaosier 
employer, à des objets plus nobles, l'imagination 
ardente, le génie inventif, à la fois avide et prodigue, 
que la nature lui avait départis. 

La ville où M^'^ Montansier fit l'essai de ses talents 
directoriaux vit aussi ses débuts comme actrice. Elle 
y joua la Nanine de Voltaire et plusieurs soubrettes 
de l'ancien répertoire ; mais son accent gascon et sa 
taille déjà ronde lui étaient des obstacles dont elle 
comprit elle-même l'importance : elle se confina 



(1) Pour ces rapports et maint autre détail, voir TouTrage publié 
par nous en 1904 : La Afontunater, seê aventures, eea enirepriaes 
(FélU Javen, éditeur). 



4 THEATRE NATIONAL 

donc bientôt dans son rôle administratif, en s'ini- 
tiant toutefois aux finesses de la scène, s» bien 
qu'elle devint, pour ses pensionnaires, une excel- 
lente institutrice. 

A Nantes encore, M"« Montansier fit rencontre 
d'un homme qui devait, pendant nombre d'années, 
être pour elle le plus précieux des associés ; il se 
nommait Nœuvilleet exerçait la profession de comé- 
dien . 

Honoré Bourdon, dit Nœu ville, était né à Onde- 
fontaine, près Caen, le 3i mai 1786. Capitaine de 
cuirassiers au service de l'Autriche, il avait, vers sa 
trentième année, abandonné la carrière des armes 
pour celle du théâtre. Assez beau garçon, il portait 
agréablement le costume et jouait à l'ordinaire les 
premiers rôles tragiques. M**® Montansier s'éprit de 
lui et le conquit sans grande peine. Etre l'amant 
d'une directrice est le désir de chaque acteur ; de 
bons appointements, de beaux rôles en résultent, et, 
quand l'amoureuse a, comme Marguerite, de puis- 
sants protecteurs, la gloire peut compenser d'avanta- 
geuse façon les complaisances dictées par la situa- 
tion. Mais la gloire, ce n'est pas en province qu'elle 
s'acquiert ; aussi la Montansier, désireuse de pro- 
duire dans un autre milieu le premier homme 
qu'elle eût aimé sans intérêt, soUicita-t-elle le privi- 
lège du théâtre de Versailles. 

Séjour ordinaire de la cour de France, Versailles 
représentait, pour Marguerite, la société galante où 
elle comptait bien figurer encore ; c'est de plus à 
Versailles que, par un singulier usage, s'effectuaient 



THEATRE NATIONAL 5 

les débuts des acteurs trag-iques aspirant à la Comé- 
die-Française. 

Pourvue, de par M. de Saint-Gontest, d*uD nou- 
veau privilégie, M}^^ Montansier s'installa d'abord 
dans une petite salle située rue de Satorj ; elle fit 
jouer là Nœuville, pour lequel bientôt elle obtint un 
ordre de début à Paris. Ce début, effectué en décem- 
bre 1767, n'eut malheureusement pas le résultat 
qu'en espérait le couple^ et force fut à M}^^ Montan- 
sier de se contenter de placer Nœuville à la tête de sa 
troupe versaillaise, qui comptait d'ailleurs des sujets 
distingués, comme M"« Colomb aînée, M°»« Saint- 
Aubin, alors très jeune, Granger, La Rochelle et 
Fleurj, plus tard sociétaires du Théâtre-Français. 

Après quelques années d'exploitation heureuse 
dans la rue de Satory, l'ambition vint à M}^^ Mon- 
tansier de posséder une scène plus vaste et mieux 
située. M. de Saint-Contest et d'autres servirent cette 
envie. Elle obtint, grâce à eux, de Louis XVI, le 
droit exclusif de donner des spectacles à Versailles 
et de suivre la cour dans ses voyages, à la condition 
d'édifier une salle « suivant les plans, symétries, 
décorations et alignements approuvés par Sa Majesté». 
Joyeuse de cette faveur, M}^^ Montansier acquit, rue 
des Réservoirs, un terrain sur lequel Boullet, machi- 
niste du roi et de l'Opéra, construisit le théâtre désiré. 
Cette salle — encore existante — fut inaugurée le 
18 novembre 1777, en présence de Louis XVI et de 
Mari e- Antoinette . 

Quelques jours après cette solennité, M. de Saint- 
Contest mourut, âgé de trente-deux ans. Le coup 



6 THEATRE NATIONAL 

était dur pour Ml*« Montansier, qui perdait en lui un 
ami sûr, influent et très riche ; par bonheur le sort 
lui avait, depuis quelque temps, assuré la plus puis- 
sante des protections, celle de la reine de France, 
avec qui sa fonction de directrice des spectacles à la 
suite de la cour la mettait en rapports constants. 
Elle savait la distraire en se faisant près d'elle 
Técho spirituel des bruits de coulisses ou des scan- 
dales mondains et tirait de cette complaisance d'im- 
portants profits. C'est ainsi que, le 8 novembre 1778, 
on la dota d*un privilège mettant sous son autorité 
les théâtres de TOrléanaîs et de la Normandie. Ces 
théâtres, M**® Montansier les gouvernait de Versailles 
avec Taide d'administrateurs plus ou moins compé- 
tents, plus ou moins dociles. A Rouen, par exemple, 
Nœuville endura pour elle, et pendant dix années, 
les tracasseries des acteurs, les critiques du parterre, 
les prétentions multiples des chefs de la garnison. 

Nous avons raconté jadis (i) les épisodes plaisants 
ou graves de cette campagne où Nœuville gagna le 
renom d'un fripon et la Montansier celui d'une drô- 
lesse ; elle se termina, le 12 avril 1789, par la ces- 
sion à René-François Mole, comédien ordinaire du 
roi, du privilège et des accessoires du théâtre rouen- 
nais. Les amants-associés encaissèrent de ce fait 
Soo.ooo livres, mais leurs affaires en d'autres lieux 
étaient si peu brillantes qu'ils ne purent, avec cet 
argent, solder qu'une partie de leurs créanciers. 

Un arrêt du Conseil d'Etat, daté du g mai, cons- 

(1) Dans La Mont&nsierj ses aventures^ ses entreprises. 



THEATRE NATIONAL 7 

tate les embarras de Marguerite Brunet-Montansier 
en lui accordant délai d'un an pour payer ses dettes. 
A jQD mois de là — le i5 juin 1789 — elle acquit 
pourtant de Louis-Philippe-Joseph, duc d'Orléans, 
moyennant 570.000 livres, la propriété de onze arca- 
des du Palais-Royal. Il est vrai que^ sur cette grosse 
somme, elle trouva moyen de ne pas verser un cen- 
time, et que .l'achat, en apparence déraisonnable, 
était surtout dans son esprit l'amorce d'une nouvelle 
entreprise. 

Quand, sur l'ordre du peuple, la cour abandonna 
Versailles, M^'^^ Montansier déclara qu'elle était insé- 
parable de la famille royale et ferma son théâtre. 
Des biog^raphes ont voulu voir, dans cet acte, la 
preuve d'une certaine gratitude de la directrice pour 
les bienfaits divers de Marie-Antoinette ; on sait, par 
les lig^nes qui précédent, que la nécessité l'inspirait, 
et qu'elle avait, longptemps avant les journées d'Oc- 
tobre, préparé son exode vers Paris. 

Les arcades cédées par le duc d'Orléans, et situées 
à l'extrémité septentrionale de la {galerie Montpen- 
sier, abritaient les Petits Comédiens du Comte de 
Beaujolais. Ce théâtre modeste, ouvert le 28 octobre 
1 784 avec des marionnettes bientôt remplacées par 
des enfants, avait alors obtenu un succès que Tins» 
tallation des Variétés-Amusantes dans la même 
galerie était bientôt venue contrarier. Il végétait 
lorsque, par d'adroites mais indélicates manœuvres, 
M*i« Montansier entreprit d'évincer son directeur De 
Lomel. Dépréciés, harcelés, les Beaujolais quittèrent 
en janvier 1790 le Palais-Royal pour aller s'instal- 



8 THÉÂTRE NATIONAL 

1er boalevard du Temple, où les attendait la faillite. 
Maîtresse du terrain, M^^^ Montansier eut encore un 
obstacle à vaincre. Elle n'avait ni privilège ni moyen 
d*en obtenir un ; mais, éprise déjà des idées libé- 
rales, elle résolut de passer outre et d'ouvrir sans 
l'autorisation de la municipalité parisienne. Ainsi 
fit-elle, impunément, le 12 avril 1790. 

Le Théâtre de la demoiselle Montansier, où des 
acteurs amenés par elle de Versailles jouaient des 
vaudevilles^ des comédies et des opéras» avait plu- 
sieurs fois rencontré des ouvrages à recettes, quand, 
le 19 janvier 1 79 1 , l'Assemblée Constituante accorda 
à tout citoyen la liberté d'élever un théâtre après 
déclaration aux autorités municipales, le droit en 
outre de représenter les œuvres des auteurs morts 
depuis cinq ans au moins. C'était l'abolition des pri- 
vilèges et, en même temps, la suppression d'un 
monopole dont les théâtres royaux ne se faisaient 
aucun scrupule d'abuser à l'égard des petits spec- 
tacles. 

Ces deux mesures favorisaient particulièrement 
j\|iie Montansier et Nœu ville, son inséparable. Sim- 
plement tolérée, leur entreprise avait jusque-là 
dépendu d'un caprice administratif. En règle avec la 
loi, ils auraient par surcroît latitude d'exploiter 
tous les genres, y compris le haut répertoire. Pour 
cela toutefois l'agrandissement de leur salle s'impo- 
sait. Ce travail fut exécuté pendant les vacances pas- 
cales de 1791 et, grâce à l'engagement de Grammont 
et des sœurs Sainval, enlevés à prix d'or à la Corné- 
die*Française, le théâtre Montansier put monter nos 



THBATIIB NATIONAL 9 

chefs-d'œuvre tragiques. Ils y parurent gênés par 
l'étroitesse d'un cadre insuffisant encore. Tout en 
conservant ce local exigu, les directeurs alors réso- 
lurent d'ériger, au centre de Paris, un théâtre assez 
grand pour qu*on y pût donner des ouvrages corsés 
de pompeuses mises en scène. 

Un emplacement propice vaquait justement rue 
de Richelieu, vis-à-vis la Bibliothèque Nationale. Ce 
terrain, provenant en partie de l'ancien Hôtel Lou- 
vois, avait une superficie de 576 toises et demie ; 
M°® Montansier et Nœu ville l'acquirent, le 7 décem- 
bre 1791» du sieur Collin, administrateur de la 
Caisse d*Ëscompte^ à raison de 800 livres la toise . 
Cela fit, au total, 460.400 livres, sur lesquelles ils 
versèrent 55.248 livres en prenant l'engagement 
d'acquitter le surplus en douze annuités. 

Dès le début du mois suivant, un prospectus 
imprimé chez Cailleau, rue Galande^ mais qu'au- 
cune collection n'a jugé bon de recueillir, fut 
répandu dans la capitale. D'après l'analyse qu'en 
donna le Journal de Paris, il annonçait, sous le 
nom de Théâtre de la Réunion des Arts, la fonda- 
tion d*un établissement « dans lequel on rassemble- 
rait tout ce que les Beaux-Arts ont de plus brillant, 
où l'on offrirait tous les jours au public un spectacle 
magnifique : des Pantomimes représentant les fic- 
tions les plus ingénieuses de la mythologie ou les 
événements les plus frappants de Thistoire, des Opé- 
ras composés par les meilleurs maîtres, des Fêtes 
variées qui^ en ouvrant de nouvelles routes aux arts, 
exciteraient l'émulation des artistes et tendraient à 



fO THBATKB NATIOHAL 

accroître la richesse Datîonale en appelant la richesse 
étranfi^ère ». Un projet si vaste exigeait de très fortes 
avances ; l'aotear da prospectus les évaluait à neuf 
millions et demandait aux citoyens éclairés leur 
souscription à 3.ooo billets de S.ooo livres chacun, 
payables en trois années et qui, après libération 
complète, toucheraient un dividende d'au moins 
quinze pour cent. 

Escomptant le succès de ce bruyant appel, la Mon- 
tansier et son ami traitèrent, le a6 janvier 1792, 
avec un sieur Liéonard Mouchonnet. entrepreneur 
de bâtiments, qui s'eng^ag^ea à livrer pour la Pente- 
côte le- théâtre rêvé, contre le versement de 35o.ooo 
livres à cette époque, 60.000 livres devant ensuite 
être versées tous les ans jusqu'à définitif paiement du 
mémoire. Mais les souscripteurs furent si peu nom- 
breux que l'exécution de ce pacte dut être ajournée. 

Cause principale de cet échec, la tempête révolu- 
tionnaire faillit avoir, pour M^ Montansier, des 
conséquences plus graves. Suspectée en raison de 
ses anciens rapports avec la cour, elle essayait de 
transformer le foyer de son théâtre en terrain neutre 
ou les chefs de groupes, accueillis d'une égale 
humeur, se distrayaient, au milieu des artistes de 
leur tâche pénible. L'idée pacifique n'y gagnait 
guère, car à côté des rivalités politiques surgissaient 
souvent des concurrences d'amour. Les tribuns, 
descendus de leurs piédestaux, faisaient aux étoiles 
dramatiques ou chantantes une cour forcément 
accueillie. A l'aise dans cette atmosphère d'intrigue, 
M^ Montansier louvoyait entre les adversaires avec 



THBATRB NATIONAL M 

un bonheur rare/ et savait riposter aux attaques 
sérieuses par d'intelligentes manifestations. C'est 
ainsi qu'accusée de cacher dans les dessous de son 
thèâ.tre un nombre énorme de fusils et de voir avec 
sympathie les efforts des peuples coalises contre 
la France, elle protesta dans un placard en pré- 
parant, avec Nœuville, une triomphante réplique. 
Le 3 septembre, effectivement, tandis que Maillard 
et ses acolytes procédaient» dans les prisons, au 
massacre des royalistes, une troupe de volontaires 
formée par les deux directeurs se présenta à la barre 
de l'Assemblée Législative, et Nœuville y donna lec- 
ture de l'adresse suivante : 

Lég^islateurs, 

L'entrepreneur associé de la demoiselle Montansier, direc- 
trice du thëAtre de ce nom, les acteurs, les danseurs, les 
musiciens, les artistes ouvriers et machinistes employés 
audit théâtre, tous frères et amis, nous étions respective- 
ment enchaînés par les mêmes devoirs. Le danger éminant 
(a/c)de la patrie nous dispensant aujourd'hui de ces devoirs, 
nous nous présentons, d*accord avec notre directrice, au 
nombre de 85, dont i5 armés et 70 non armés, et nous vous 
demandons la permission de former entre nous une compa- 
gnie qui se joindra au nombre d'hommes que fournira la 
section dite des Moulins, commandée par le commandant 
Lebrun, pour marcher ensemble, dès la première réquisi- 
tion, pour le camp qui se forme sous Paris pour s'opposer 
à la marche des ennemis qui menacent et la patrie et notre 
liberté. Ceux d'entre nous qui laissent des femmes et des 
enfants partent sans inquiétude et rassurés par les décrets 
que l'Assemblée Nationale a rendus à ce sujet. 

Applaudi par les assistants, le président remercia 



12 THEATRE NATIONAL 

la députation qu'il admit aux honneurs de la séance, 
tandis que T Assemblée votait la mention honorable 
et rinsertion de l'adresse dans son procès-verbal. 

Une lég-ende veut qu*après avoir rejoint Dumou- 
riez en Belg'ique et pris part à la victoire de Jem- 
mapes, la compagnie Montansier ait, sur le champ 
de bataille même, organisé une représentation gri- 
ment patriotique. Mais, en réalité, ces pseudo-gruer- 
riers n'allèrent qu'au camp sous Châlons, y passèrent 
un mois en manœuvres, et reçurent ensuite, sur 
demande, leur congé libellé comme il suit : 

Le salut de la Patrie est le seul intérêt que doit connaître 
tout homme libre, tout vrai citoyen. Les hordes prussiennes 
menaçant d'inonder la France, et leur chef arrof^ant, aussi 
fou dans ses projets que dans ses manifestes» tirant Tépée 
pour la cause du despotisme et de l'aristocratie^ la France 
entière se leva et opposa son bouclier impénétrable à la 
lance du Prussien qui, succombant sous ses propres efforts, 
court à pas précipités cacher sa honte et sa rage impuis- 
sante dans les âpres contrées qui Tout vu naître. 

Les artistes qui composent le théâtre de M"* Montansier se 
présentèrent en corps à l'Assemblée Nationale et obtinrent, 
d'après leur pétition, de marcher au camp, sous Paris. Mais, 
non contents d'attendre l'ennemi, ils voulurent marcher 
au-devant et se joignirent au bataillon de la Butte-des- 
Moulins. Aujourd'hui que la France est purgée de ce côté 
des hordes étrangères, et autorisés d'ailleurs par les décrets 
de l'Assemblée Nationale qui permettent à tous les artistes 
de quitter leurs armes pour reprendre leurs paisibles tra- 
vaux, après avoir payé à la Patrie ce qu'ils lui devaient, ces 
dits artistes se rendent à leurs premiers engagements con- 
tractés avec la demoiselle Montansier, qui réclame leur 
industrie et leurs talents pour remettre ses entreprises en 
activité. 



THEATRE NATIONAL 



13 



Nous, soussigné, déclarons que leur patriotisme est aussi 
pur que leur courage ; leur constance et leur patience dans 
les marches les plus pénibles ont été inébranlables, et 
recommandons à tous les citoyens de leur prêter, jusqu'à 
leur rentrée dans leurs foyers, assistance et secours au 
besoin^ leur accordant un congé illimité, bien sûr que ces 
braves patriotes seront prêts à la première réquisition de 
revoler aux combats et de rejoindre leurs camarades et 
frères d'armes. 

Fait au camp de Savigny, le ii octobre 179a, l'an !•' de la 
République. 

Le lieutenant-colonel en chef dudit bataillon. 

Le Brum. 

Plus sérieuse devait être, au début de l'année sui- 
vante, la campagne entreprise par la directrice elle- 
même. La royauté vaincue, W^^ Montansier s'était 
dit qu'il fallait marcher avec son temps et avait 
offert au ministre des Affaires Etrangères d'aller 
dans la Belgique conquise propager les principes de 
la liberté au moyen de spectacles révolutionnaires. 
Agréée et subventionnée par le Comité Exécutif, elle 
forma une troupe dont Grammont et les sœurs 
Sainval étaient les étoiles, et qu'elle conduisit à 
Bruxelles, où pendant trois mois défilèrent sous les 
yeux du peuple brabançon et de la garnison fran- 
çaise les pièces les plus patriotiques (i). Puis, la 
chance des armes tournant, les propagandistes s'en- 
fuirent en abandonnant à l'armée autrichienne partie 
de leurs bagages (mars 1798). 

(1) Voir chapitre XII de La, Mont&naier, aea aventures, ses entre* 
prises. 



14 THEATRE NATIONAL 

Ils rentrèrent à Paris au moment où, prise d'un 
vertueux zèle, la Commune expulsait du Palais- 
Royal les filles qui l'encombraient et qui^ quotidien- 
nement, peuplaient la salle du théâtre Montaasier. 
Le déficit qui résulta de leur absence fut pour les 
directeurs une raison de reprendre, sur de nouvelles 
bases, le projet dont ils attendaient les meilleurs 
résultats : Térection d'une grande salle dans la rue 
Richelieu. Victor Louis, architecte célèbre, en avait 
fait les plans, et l'entrepreneur Mouchonnet g'roupé 
les matériaux. Les fonds manquaient encore; renon- 
çant à la souscription publique, on s*en procura par 
divers emprunts et les travaux commencèrent. Ils 
furent menés assez activement pour qu'on pût fixer 
au 10 août l'ouverture du nouveau théâtre que, vu 
son importance et son but, on baptisa National, 

C'est du moins la date que donnait M^^^^ Montan- 
sier, dans une lettre écrite au Comité de Salut public 
pour réserver ses droits à l'indemnité promise par 
la Convention aux théâtres qui, d'août à septembre, 
c'est-à-dire pendant le séjour des fédérés provin- 
ciaux, joueraient g'ratis, une fois par semaine, des 
tragédies républicaines, et que nous transcrivons 
sur Tautog'raphe : 

Paris, ce 3 août, 
l'an second de la République Française Une et Indivisible. 

Citoyens, 

Instruite par les papiers publics que les directeurs de 
spectacles devaient vous faire parvenir le répertoire des 
ouvrages qu'ils se proposent de donner pendant le séjour de 



THÉATRB NATIONAL i5 

nos frères des départements à Paris, je m'empresse à tous 
faire passer celui de mes spectacles^ l'un situé au Palais de 
rSgalité, l'autre rue de Richelieu, dont l'ouverture va se 
faire à l'occasion du lo Août. 
Salut et fraternité. 

RBPBUTOmB DE LA C^ MOMTAMSIBR : 

BratttM, 

La Mort de César, 

Guillaume Tell, 

Réffulus, de Dorât, 

Soœuola, 

La Constitution à Constantinople, 

Le Départ des volontaires, 

La Journée de Marathon, 

L'Hymne à la liberté. 

Ce n'est pas le lo, mais le i5 août 1798, qu'on 
inaugura le Théâtre National par une représentation 
comprenant trois pièces : La Baguette magique, 
Adèle et Paulin, La Constitution à Constantino- 
pie. Toute personne, à l'entrée, se voyait oiFrir un 
prospectus rédigé par Nœuville et que plusieurs 
gazettes avaient publié le matin; il était conçu en ces 
termes : 

Les progrès et l'amour raisonné de l'art. de la scène, cet 
aimable délassement de tous les âges, ont inspiré à la 
Citoyenne Montansier et au Citoyen Nœuuillele désir d'élever 
un Monument digne de la majesté du Peuple Français et 
dont la pompe fût calculée sur le respect que l'on doit avoir 
pour les plaisirs d'une grande Nation. 

Destiné à représenter tous les genres de spectacles au 
Public, il était important de faire faire à l'illusion un pas 
de plus. Les Entrepreneurs ont senti que, pour «ccrottre les 



16 THBATRB NATIONAL 

jouissances des Spectacles et doubler la vérité de la Repré- 
sentation Théâtrale, il fallait qu'il existât une ligne de 
démarcation bien sentie entre les Spectateurs et l'action 
représentée ; et que s'il est nécessaire, pour l'enchantement 
du Public, que tous ses sens soient en entier sur le Théâtre, 
il faut que l'Acteur, pour ainsi dire, soit seul avec le Per- 
sonnage qu'il joue. Cette considération, importante au pro- 
grès comme à la magie de l'Art, a fait taire toute spécula- 
tion mercantile, et, pour la première fois, un Théâtre s'est 
élevé sans être gêné par des loges d'avant-scène. 

Nulle idée de rivalité n'a souillé l'esprit d'une Entre- 
prise aussi vaste. Son ensemble et ses détails ont besoin 
également de faveur ; les Entrepreneurs, ainsi que leurs 
Camarades de tous les genres de talents, s'y présentent avec 
autant de défiance de leurs propres forces que d'empresse- 
ment de plaire à leurs Concitoyens, et se mettent, avec une 
modeste confiance, sous la sauvegarde de l'indulgence 
nationale. 

Peut-être le génie, toujours incalculable dans ses produc- 
tions comme dans ses effets, trouvant un cadre de plus, 
assez vaste pour y déployer ses conceptions, daignera-t-il 
quelquefois briller sur cette Scène nouvelle ; au moins peut- 
on concevoir l'espérance que la liberté des Théâtres, laissant 
le choix aux Artistes célèbres^ celui-ci ne leur paraîtra pas 
au-dessous de l'éclat dont ils ont besoin. 

La Tragédie, la grande Comédie, l'Opéra, la Danse et la 
grande Pantomime, ce genre superbe^ oublié depuis le fameux 
Servandoni, tels sont les spectacles que tour à tour l'on pré- 
sentera au Public dans cette Salle, qui a été construite sur 
les plans et sous la conduite du Citoyen Louis, déjà connu 
par les grands monuments qu'il a élevés dans la République. 

Les personnes qui voudront louer des Loges s'adresseront 
au Bureau des Locations, situé dans le grand escalier, du 
côté de la rue de Louvois, au second ; elles entreront par la 
porte latérale, même rue de Louvois, et celles qui ont déjà 
retenu des Loges sont invitées d'envoyer, audit Bureau, pren- 
dre les Billets dans le jour, sans quoi on ne pourrait assurer 
de pouvoir conserver la Loge. 



THBATRB NATIONAL 17 

L'architecte, d'abord, eut un succès très grand et 
des plus mérités. 

Le plan du monument était un parallélogramme 
d'environ trente toises de long sur vingt de large. 
Quatre voies l'entouraient. La principale façade, 
d'une simplicité voulue (i), était sur la rue de Riche- 
lieu : les parties latérales sur la rue de Louvois et la 
rue X. . . (aujourd'hui rue Rameau), présentaient 
UQ rez-de-chaussée ayant un entresol surmonté de 
deux étag'es troués chacun de dix- huit croisées ; ces 
parties donnaient jour à des appartements, et accès 
à des locaux destinés au commerce . 

Le péristyle, de soixante-six pieds de long sur 
ving't-quatre pieds de lavfi^e et percé de onze arca- 
des, était extérieurement décoré de festons suspen- 
dus entre les consoles soutenant un balcon ; il offrait 
une entrée d'autant plus commode qu'elle était de 
piain-pied avec le trottoir. On le fermait de grilles, 
qui toutes pouvaient s'ouvrir pour l'entrée ou la 
sortie des spectateurs. Il était chauffé par trois 
poêles et terminé, à droite et à gauche, par deux 
g'rands escaliers au pied d'un corridor. Ces corri- 
dors communiquaient avec deux autres escaliers 
plus petits, qui desservaient aussi les portes des 
rues latérales. 

Au premier étage se trouvaient les entrées des 
corridors conduisant au parterre, à l'orchestre et 
aux log'es grillées ou baignoires. Sur le même 



(1) Noos la doDQODs, d'après noe image d'opUqae 'signée Coorroi- 
sien. 



18 TRBATRE NATIONAL 

palier on entrait, du côté de la rue Richelieu, dans 
un foyer décoré de colonnes, de {(^places et de pan- 
neaux ornés d'arabesques en relief. Ce foyer, qui 
pouvait en certaines occasions ne former qu'une 
pièce, était cependant divisé en trois parties don- 
nant toutes sur le g^rand balcon de la principale 
façade du bâtiment. Le second corridor répondait 
aux ouvertures des premières loges; il avait, du côté 
de la rue, des croisées percées, à balcons, donnant 
sur le foyer ; les extrémités de ces deux corridors 
ouvraient sur le théâtre. Dans le troisième corridor 
étaient les entrées des secondes logées ; le quatrième 
conduisait au troisième rang* de loges et communi- 
quait, sur la rue, avec un logement assez vaste pour 
servir à des assemblées. 

La salle, mesurée du parterre, avait cinquante- 
six pieds de long sur cinquante-trois de large et 
soixante de hauteur. Elle contenait 2.3oo pla- 
ces (i). Sa forme était un quadrilatère curviligne à 
pans coupés. Dix colonnes cannelées, d'ordre corîn- 
thien, surmontées d'un riche entablement, compo- 
saient son architecture principale. Ces colonnes 
soutenaient quatre grands arcs doubleaux, qui por- 
taient une corniche servant d'appui à une coupole 
d'environ cinquante-quatre pieds de diamètre. Les 
loges, séparées seulement par les quatre colonnes 

(1) Ces places étaient cotées ainsi : 

Premières loges, Loges grillées, Loges de parquet et ParqaeC 6 livres 

Deuxièmes loges 4 — 

Troisièmes loges 3 — 

Quatrièmes loges oa Galeries 3 — 

Parterre 30 sons 



THÉATRB NATIONAL 19 

placées an fond de la salle, n'étaient divisées qu'à 
hautear d'appui. Leur fond était bleu, tandis que 
des draperies roug'es à crépines d'or ornaient le 
devant. Au niveau des log'es, les cannelures des 
colonnes étaient ouvertes et formaient ainsi, à cha- 
q ue étage, quatre log'es g^rillées. La frise faisant le 
devant du cinquième rang* de spectateurs, était 
ornée de festons de fleurs. Les ouvertures des arcs 
doubleaux, au^essus de l'entablement, laissaient 
voir des parties de plafond divisées et soutenues par 
des lunettes décorées d'ornements. 

La coupole, peinte par Robin, représentait les 
Beaux-Arts employés aux représentations théAtrales, 
réunis dans une même enceinte et découverts aux 
spectateurs par quelques génies repoussant des 
nuages ; partie de ces nuages, peints sur un plancher 
séparé de la calotte, portaient des lumières invisi- 
bles à Tœil du spectateur, tandis que les nuages du 
bas étaient fortement éclairés par un lustre : toutes 
ces lumières, réunies à celles de la rampe, répan- 
daient dans la salle une clarté inaccoutumée. 

L'avant-scène, que n'interrompait aucune loge,* 
était couronnée d'un des arcs doubleaux faisant 
partie de la décoration de la salle. Les intervalles 
des six colonnes qui le soutenaient étaient ornés de 
quatre figures en pied, représentant la Tragédie, la 
Comédie, la Musique et la Danse, placées dans des 
niches brillamment décorées et surmontées de quatre 
bas-reliefs dont les sujets, enjeux d'enfants, avaient 
rapport à ces arts. L'ouverture, au-dessus de l'avant- 
scène, laissait voir un cul-de-four orné de caissons 



20 THEATRE NATIONAL 

et rosaces, sur lesquels se détachaient un goupe de 
renommées tenant, d'une main une banderoUe por- 
tant pour inscription c Aux Arts », et de l'autre des 
guirlandes de fleurs et de fruits, soutenues par des 
génies. 

Quant à la scène, ses proportions étaient énormes : 
soixante-quinze pieds de profondeur sur une largeur 
égale, hauteur cent pieds. Les décorations montaient 
des dessous, toutes chargées de lumières, et les frises, 
formant des arcs, assortissaient les plafonds, les 
ciels ou les arbres aux coulisses qui n'étaient pas 
d'une hauteur proportionnée à celle de Tavantp-scène. 
Sur la salle, enfin, étaient deux planchers; le pre- 
mier, entourant la coupole, recevait les ouvertures 
des ventilateurs pratiqués derrière les arcs dou- 
bieaux ; le second portait Tatelier des peintres de 
décorations. 

Au total, aidé par des collaborateurs adroits, 
Victor Louis avait fait du Théâtre National une 
chose originale, élégante et commode pour tous (i). 

Mais si le monument conquit, le premier soir, des 
. suflVages unanimes, il n'en fut pas de même pour 
les œuvres mises au programme et dont voici le 
compte-rendu (2). 

La Bagubttb magiqub, prologue en 1 acte, par Bertio 
d'Antilly, 



(1) Se« honoraires d'architecte s'étaient montés à ^.000 lirres. 

(2) Aucun journal-programme n'existant à l'époqne, la distribution 
de ces pièces et de la plupart des saifanttfs est malbeurenseoent 
inconnue. 



THÉÂTRE NATIONAL 2i 

Daos les coalisses mémeg da Théâtre National, un poète 
ridicule essaie d'accorder la raison avec la rime. Cette 
tâche difficile Tabsorbe an point qu'il n'entend pas M. de 
Saint-Hilaire lui demander pourquoi, au moment de l'ou- 
Yerture, le nouveau théâtre se montre dans un désordre tel 
qne les chariots sont à nu, qu'on ne voit qu'un petit fond et 
quelques cintres, que les trappes sont à peine à leurs pla- 
ces, qu'en un mot le chaos est si grand que sans un mira- 
cle on ne pourra être prêt pour la représentation. Au poète 
insensible succède un régisseur qui, lui, proteste à Saint* 
Hilaire que tout fonctionnera quand on lèvera la toile. 
Saint-Hilaire demeure incrédule. — « Eh bien, lui dit le 
régisseur, tous tous laisserez persuader par le personnage 
qui s'avance. » — C'est un magicien dont Saiot-Hilaire se 
moque, mais, après quelques conjurations, une forêt surgit 
des dessons, donnant aux coulisses jadis nues un resplen- 
dissant aspect. Saint-Hilaire, le sorcier et le magicien dis- 
paraissent par une trappe... et la toile tombe. 

Comme on voit, Tautenr n'avait là fait preuve que 
d'une ing'éniosité contestable ; aussi les spectateurs 
reçurent-ils froidement son banal à-propos. 

L'ouvrag-e qui suivit, Adèle et Paulirij fut moins 
heureux encore. C'était une comédie en 3 actes, 
en vers, signée Delrieu et qui, depuis le i5 août 
1793, était au répertoire du théâtre Montansier La 
jug-eant trop connue, le public, après le premier 
acte, chanta La Marseillaise. — « Citoyens, demanda 
un des acteurs en scène, faut-il continuer ?» — A 
l'unanimité la seconde pièce fut condamnée et Ton 
passa à la troisième, après un long entr'acte occupé 
par les musiciens. 

La Constitution a Gonstantinople, pièce patriotique 



22 THBATIII NATIONAL 

en I acie, mêlée de chanU et de danseay par Joseph 
Laval lée. 

Entendant tonner le canon, le tare Achmct «'informe de 
la cause de ce brait, et Mahmad son Talet lai répond qae 
ce sont les Çà ira, ou s'il aime mieaz les Français, qoi font 
une grande fête. Le Consal de l'rance, qaî sarvient bientôt, 
apprend à Achmet qu'il s'sgit de l'acceptation de l'acte cod- 
stitotionne] et obtient da turc raatorisation de la célébrer 
dans son jardin. Achmet est sar le point de marier sa fille 
Zalime à l'espagnol Don Lopez et presse cette anion sans 
songer qu'âne mahométane ne peut épouser un chrétien 
arant que celui-ci ne se soit soumis à certaine formalité 
chirurgico-religieuse ; mais le turc est philosophe et ae pro- 
pose d'ailleurs d'aller TÎTre en Espagne arec les jeunes 
époux. Zulime n'est nullement de l'avis de son père; elle 
aime Mordeil» officier français, et déteste Lopes d'autant 
plus qu'il se vante d'avoir, dans un combat naval, vaincu 
et tué l'amant de Zulime. Il n'en est rien et Mordeil ne tarde 
pas à reparaître. On apprend alors que Lopez, loin d'avoir 
battu le Français, a laissé lui-même un vaisseau entre les 
mains de son rival, et Achmet, qui déteste les menteurs, 
donne Zulime à Mordeil. 

A ce vulg'aire dénouement d'ane intrîg^ae quelcon- 
que succédait un divertissement offrant tout ce que 
la pompe théâtrale pouvait fourqir de richesse émou- 
vante. Attelé de huit chevaux superbes, un char de 
triomphe sur lequel rayonnaient les tables de la 
nouvelle Loi s'avançait sur la scène. Des cavaliers 
en uniforme étaient en tête, des fantassins suivaient, 
puis des groupes nombreux de vieillards, de mères, 
d*artisans, de viergpes vêtues de robes blanches, 
d'enfants. Tout cela se mêlait sans pourtant se con 
fondre, dans des mouvements rég'lés avec la plus 



THSATRB NATIONAL 23 

grmnde précision. Ce coii^, où Ton remarquait 
Franconi et sa troupe équestre, fut chaudement 
applaudi, sans que toutefois l'opinion i^nérale sur 
cette première soirée se modifiât : les pièces étaient 
décidément faibles, indignes du beau cadre qu'on 
leur avait donné. La presse ratifia, tout d'une voix, 
le jugement du public. Les acteurs en outre exer- 
cèrent sa critique ; la plupart, comme Crétu, Gau- 
mont, Amiel, Verteuil, Desroziers, Lacave, Durand, 
Bonneville, les dames Wal ville et Vazelle venaient 
du Palais-Royal où ils n'avaient montré que d'ordi- 
naires talents et semblèrent déplacés sur la vaste 
scène de la rue Richelieu. Indulgents pour eux- 
mêmes, les propriétaires du Théâtre National attri- 
buèrent à quelque cabale l'improbation qui les frap- 
pait et s'occupèrent sans plus d'émoi de composer 
un répertoire. Nous allons, comme à notre habitude, 
dresser la liste exacte des œuvres anciennes ou nou- 
velles qu'ils donnèrent, en datant les premières, en 
analysant les autres, en notant pour toutes les inci- 
dents de représentations. 

16 août 1793 : Nanine, comédie en 3 actes, en vers, 
par Voltaire (du Théâtre-Français) ; 

so août : Le Maître généreux, opéra en 4 actes, par 
Dubuisson, musique de Paisiello (du théAtre Mon tan- 
sier); 

21 août : Par st pour lb Peuple, Brutus, tragédie en 
5 actes, par Voltaire (du Théâtre-Français) ; 

91 août : Les Folies amoureuses, comédie en 3 actes, 
en vers, par Rçgnard (du Théâtre-Français); 



24 THÉÂTBE NATIONAL 

a4 Août : VObHctcle imprévu, comédie en 5 actes, par 
Destouches (du Théâtre* Français); 

25 août : Tartuffe, comédie en 5 actes, en vers, par 
Molière (du Théâtre-Français). 

26 août : La Journée de Marathon, ou Le Triomphe 
de la Liberté, pièce historique en 4 actes, avec des 
intermèdes et des chœurs, par Guéroult, musique de 
Kreutzer. 

Gallimaque» polèmarqae d'Athènes. 

Miltiades, ] 

Aristides, ( , , . ,1 1 

Thémistocles, ( «*"*"*" ^" ' "'"*•• 

ADthistines, j 

Trasymaque, officier de soldats. 

Un envoyé des Perses. 

Un prêtre de Minerve. 

Un vieillard. 

Deux jeunes Athéniens. 

Enterpe, mère de Thémistocles. 

La scène est à Athènes. Darias, roi des Perses, à la tète 
de 900.000 hommes, envahit l'Attique dans le dessein de 
rétablir, sur le trône d'Athènes, Hippias, chef de la famille 
des Pésistratides. Les Athéniens, abandonnés de leurs alliés, 
n'ont que 10.000 soldats à opposer à la formidable armée 
des Perses. Le jeune Thémistocles, brûlant du désir de con- 
server la liberté de son pays, eng^a^e secrètement les hom- 
mes de sa tribu, qui n'ont pas encore l'âge voulu pour com- 
battre, à demander des armes. 11 excite également les 
matelots à s'offrir pour seconder l'armée de terre ; par ses 
conseils enfin les esclaves demandent à unir leurs efforts à 
ceux des citoyens. Ces divers mouvements alarment les 
magistrats qui croient y voir l'indice d'un complot pour 
favoriser Hippias et rétablir la royauté; Thémistocles inter- 
rogé se justifie et, son patriotisme faisant succéder l'admi- 
ration à l'inquiétude, il est chargé de commander lui-même 



THEATRE NATIONAL ^5 

les soldats qu'il a enrôlés. Thémistocles est rirai d'Aristi- 
des, mais les deux généraux jurent d'immoler leurs diffé* 
rends à l'amour de la liberté. Cependant l'ennemi» s'appro- 
cbant, est déjà dans les champs de Marathon. On discute 
pour savoir si la ville soutiendra le siège ou remettra son 
sort au hasard d'une bataille. Miltiades. Thémistocles et 
Aristides, connaissant l'impétuosité des Athéniens^ prônent 
ce dernier parti et le font triompher. Il demeure entendu 
que, si les Perses sont vainqueurs, on mettra le feu à la 
▼ille, pour ne livrer à l'ennemi que des ruines; mais le cou- 
rs^ des Grecs l'emporte et Miltiades, à qui Aristides a par 
patriotisme cédé le commandement, rentre en vainqueur 
dans la libre cité. 

De toutes les pièces données à cette époque dans 
les théâtres parisiens, celle-ci offrait le plus de rap- 
ports avec la situation politique de la France. Trône 
renversé, famille rojale réfugiée à Tétrang^er et 
appelant sur Athènes des armées nombreuses, parti- 
sans de l'ancien régime répandus dans les différen- 
tes villes grecques et cherchant à ruiner la patrie en 
divisant le peuple, tout se réunissait pour promettre 
à l'auteur un succès d'allusions ; mais il avait suivi 
l'histoire avec trop de scrupule pour que la majorité 
des spectateurs s'intéressât à une oeuvre exacte sans 
doute, mais dans laquelle on eût voulu plus de mou- 
vement. Au total, bien que le style semblât noble, et 
que des chœurs religieux ou guerriers animassent 
par instants une action trop froide, l'effet produit fut 
peu satisfaisant. 

28 août : Par bt pour le Pbuplb, La Mort de César, 
tragédie en 5 actes, par Voltaire (du Théâtre-Français) ; 



28 THBATBB XATIONAL 

fftnt ce détail, Loaise croît l'ingrat araoureax de MiUdy 
Howard et va s'cnfair quand on vient arrêter Edmond pour 
un crime qn'il n'a point commis. Rousseau le défend avec 
tant d'éloquence qu'il lui fait rendre la liberté. Complétant 
son œuvre, de concert avec Milady, il réconcilie les amants 
et les unit devant le tombeau d'Abailard, près duquel se 
trouvent ainsi rassemblés la bienfaisance, la philosophie et 
l'amour. 

Jean- Jacques Rousseau ne jouait qu*un rôle secon- 
daire dans cet ouvragée dont l'intérêt eût dû porter 
exclusivement sur sa personne. Excusant ce défaut, 
le public demanda l'auteur, et Joseph Aude parut 
sur la scène pour recevoir des bravos ; mais ce suc- 
cès fut éphémère et la pièce, par suite, n'eut point 
d'éditeur. 

lo septembre : Le Mariage c/an(/e«/tn, opéra-comique 
en 1 acte, par Ségur, musique de Devienne (du théâtre 
Montansier) ; 

lo septembre : Le Tuteur célibataire^ comédie en 
1 acte, en vers libres, par Desforges (de la Comédie- 
Italienne) ; 

12 septembre : V Amant jalouœ, opéra-comique en 
3 actes, par D*HèIe, remis en musique par Mengozzi ; 

i4 septembre : Le Somnambule, comédie en i acte, 
parPont-de Vesle (du Théâtre-Français); 

i5 septembre : Les Fausset infidélités, comédie en 
I acte, en vers, par Barthe (du Thé&tre-Français) ; 

i6 septembre : L'Avocat Patelin, comédie en 3 actes, 
par Brueys (du Théâtre Français) ; 

1** vendémiaire an II (22 septembre) (i) : Pourceau^ 

(1) Le calendrier républicain étant, ce joor-li, devenu obligatoire, 



THÉÂTRE NATIONAL 29 

gnaCf opéra-bouffon en 3 actes, par Molière» musique 
de Mengozzf (du théâtre Montansier) ; 

4 vendémiaire (26 septembre) : Hélène et Francisque, 
opéra en 3 actes, par Dubuisson, musique de Sarti (du 
théâtre Montansier) ; 

9 vendémiaire (3o septembre) : La Mère confidente, 
comédie en i acte, par Marivaux (de la Comédie-Ita- 
lienne) ; 

10 vendémiaire (i«r octobre) : Le Codicille, comédie 
en 1 acte, mêlée de chant, par Cuvelier, musique 
d'Othoç Van der Broeck (du théâtre Montansier). 

i4 vendémiaire (5 octobre) : Séligo, ou Le$ Nègres^ 
opéra en 3 actes, par Saint-Just, musique de Mengozzi, 
ballet de Coindé. 

La scène se passe près de Sabi, capitale du royaume de 
Zuida, en Gainée. Deux frères africains, Sélico et Ubéri, 
doivent se marier bientôt. Très attachés tous deux à l'objet 
dé* leur choix, ils ne le sont pas moins à Dorina, leur mère. 
Retirés avec elle dans les champs voisins de Sabi, ils appren- 
nent que cette ville est assiégée par Odati, tyran de Daho> 
mey, et décident de fuir au désert. Ubéri est chargé d*y con- 
duire leur mère, tandis que Sélico se rend à Sabi pour avoir 
des nouvelles. La place est prise, et les soldats vainqueurs, 
parcourant la campagne voisine, s'emparent de Périssa, 
mattresse de Sélico, après avoir lié son père à un arbre. 
L'amant désespéré veut mourir, mais en donnant à sa mère 
une dernière preuve de tendresse. Un étranger s'est intro- 
duit dans le sérail d'Odati, et ce despote a promis quatre 
cents onces d*or à celui qui lui amènerait le coupable. 
Jugeant qu'une pareille somme assurerait à sa mère une pro- 
priété dans un État libre, Sélico oblige son jeune frère à le 
dénoncer pour obtenir la récompense offerte. Après une 



nous mettons dès lors, poar entière clarté, les dates nouvelles en 
regard de eeiies du calendrier grégorien. 



30 TBiATRB NATIOlCàL 

Uinirae rèsisUnce, Ubéri y content. Odati veut que Sélico 
reçoive la mort de la main même de celle pour qui il a 
cammis son crime ; cette aullaneest PèrÎBsa qui, reconnais- 
sant son amant, le déclare non coupable. Au milieu du 
trouble que causent ses paroles, son père se présente : c'est 
lui qui, la nuit précédente^ a pénétré dans le sérail, et il 
entend subir seul la peine qu'il a méritée. Mais Odaii con- 
damne au même' supplice le criminel et l'innocent. Les 
nègres que cette cruauté indigne se révoltent, et le vieillard, 
s'armant d'un fer, tue le tyran et rend ainsi la liberté à 
tout un peuple. 

Agé de vingt-trois ans à peine, l'auteur n'avait 
point tiré du sujet, emprunté à Florian, tout le parti 
possible. On Tapplaudit pourtant, ainsi que ses 
interprètes Micallef, Lebrun, Amiel, les citoyennes 
LiUié, OUier et Ferrières. Mais ce qui décida surtout 
du succès, ce fut le ballet terminant l'ouvrage et 
dans lequel Didelot, Laborie, Rochefort, les citoyen- 
nes Rose, Rochefort et Coindé firent admirer leur 
souplesse ou leurs grâces. On le joua seul maintes 
fois^ par la suite, sous ce titre engageant : La 
Liberté des nègres. — {Non imprimé.) 

24 veQdémiaire(i5 octobre) : Lbs Mohtagnards, comé- 
die en 3 actes, par la Citoyenne Monnet. 

Félix ce. DciiAzip. 

Dautricour LACAVjt. 

Le colonel de Rouillé . . Cuferu. 

Laurence C""» BnoBa. 

Rosine Walvilui. 

Nanette SAaA. 

Léonard 2uiÉ. 



tfiiâTRB NATIONAL Si 

Les moDtagaards mis eo scène ne sont point |;ens polîii* 
ques, mais d'honnêtes enfants de l'Anveri^ne. Félix, fils de 
Laurence, trayaille depuis huit ans en Espagne, dans une 
ferme attenante au couvent où vit la belle Rosine, nièce 
du négociant français Dautricour. Il a eu le bonheur de 
sauver la jeune fille d'un terrible incendie et s'est épris 
d'elle. Aussi est-ce avec joie qu'il retourne à l'étranger, après 
un séjour en Auvergne commandé par la mort de son père. 
Laurence accompagne jusqu'à la frontière Félix, qui guide 
une troupe de jeunes montagnards s'expatriant par besoin. 
Dans une hôtellerie des Pyrénées, elle fait rencontre de 
l'aristocrate colonel deRonilléqui émigré et qui» séduit par 
les appas de l'auvergnate Nanêtte, que chaperonne Laurence, 
offre, avec une arrière-pensée, aux deux femmes de les pren- 
dre à son service. Laurence accepte, dans l'espoir de vivre 
moins éloignée de ses fils, car Félix a laissé aux soins de 
Rosine son jeune frère Léonard. Séparément, nos personaa- 
ges arrivent à Urgel, où Dautricour, bien que Français, rem- 
plit les fonctions de corrégidor. Rosine habite momentané- 
ment chez lui, et, en dépit de son Age el des lois, l'oncle 
est tombé amoureux de sa nièce qui, elle, ne pense qu'à 
Félix, dont elle attend impatiemment le retour. A peine 
entrés dans Urgel, les montagnards conduits par leur chef 
se présentent chez le corrégidor, dont ils ignorent le nom. 
Or, une mesure nouvelle ordonne aux immigrants de renon- 
cer par serment à leur nationalité. Les Français, qui sont 
bons patriotes, protestent contre cette tyrannie et Félix, 
encore plus indigné que les autres^ va reprendre son voyage, 
quand Dautricour se fait connaître. Félix qui, par quelques 
phrases imprudentes, a révélé son amour pour Rosine, jure, 
sur la demande du magistrat, de ne point revoir la jeune 
fille; mais un hasard le met en face d'elle, et leur mutuelle 
tendresse s'affirme à tous les yens. Renonçant à sa dérai- 
sonnable passion, Dautricour se décide alors à faire le bon- 
heur des amants en adoptant Félix. Il veut {pourtant sou- 
mettre le civisme du montagnard à une dernière épreuve et 
lui présente, comme conditions de l'adoption et du mariage 
qui doit suivre, la prestation du serment déjà refusé. Félix 



32 THiATRB NATIONAL 

fond en Urmes, mais préfère à tout sê patrie. Dautricour, 
édifié, l'embrasse et, comme Laurence vient porter plainte 
contre le colonel qui a voulu violenter Nanette, c'est devant 
elle que le négociant donne Rosine à Félix. Les amants 
s'épouseront en France, où Dautricour, désireux de vivre en 
homme libre, les accompagnera. 

Cette peu vraisemblable anecdote est contée saus 
adresse et dans un style rudimentaire ; elle plut 
néanmoins, grâce aux déclamations jacobines dont 
la citoyenne-auteur l'avait parsemée. 



4 brumaire (aS octobre) : Par bt pour lb Pboplb, en 
réjouissance de la destruction de la Vendée, La Fête 
civique, La Constitution à Comtantinople et Les Mon- 
tagnards, 

Entre les deux principales pièces, Joseph Laval- 
lée fit chanter, sur l'air de la Marseillaise ^ un 
hymne dont voici le début et la conclusion : 

Superbes filles de mémoire, 
Que vos mains tressent des lauriers, 
Que les trompettes de la gloire 
Célèbrent nos vaillants guerriers. 
La terre de sang inondée 
Atteste nos brillants succès. 
Le glaive a puni les forfaits 
Des scélérats de la Vendée. 
Ne vous reposez pas, destructeurs des tyrans, 
Marchez, jusqu'au dernier écrasez ces brigands 1 



THEATRE NATIONAL 33 

La devise républicaine 
Est : ou la victoire ou la mort ; 
I>e cette devise sans peine 
On pouvait deviner le sort. 
La fière Liberté l'explique 
Par les exploits de ses enfants : 
La mort aux soldats des tyrans, 
La victoire à la République. 
Ne vous reposez pas, destructeurs des tyrans, 
Marchez, jusqu'au dernier écrasez ces brigands ! 

7 brumaire (28 octobre) : La Fsmmb qui s^t sb tairb, 
opéra en 1 acte, par Joseph Lavallée, musique de Poi- 
gnet. 

Hassan CG. Laca.vb. 

Ismaël . DOZAIHVILLB. 

Gélicourt Lnaux. 

Grispin Migallit. 

Zelmire ..... O^ Sara. 

Fatmé Frabblls. 

Résolu à se défaire de la belle Zelmire» subitement 
devenue sourde et muette, le turc Hassan la vend cinq 
cents ducats an juif Ismaël. Celui-ci, pour débourser moins, 
corrompt Fatmé, suivante de Zelmire, qui, moyennant cent 
ducats^ s'engage à faciliter Tenlèvement de sa maîtresse et 
à la conduire à bord d'un navire qui lèvera l'ancre aussi- 
tôt. Ce projet vient à la connaissance de Gélicourt, dragon 
français épris de Zelmire ; il prévient le cadi et demande 
secours à son valet Crispin. Le valet a Tidée de se substi- 
tuer au juif, et c'est lui qu'on arrête. Au bruit causé par 
l'incident, Zelmire sort de sa maison, montrant ainsi 
qu'elle n'est pas sourde ; elle n'est pas muette non plus, et 
elle le prouve en déclarant qu'elle aime Gélicourt et qu'elle 
n'aura jamais d'autre époux. Gomme Hassan^ Ismaël et 

3 



34 THBATRS IfATlOW AL 

Cèlicourt ont préalableai«ftt prit daymtit \t cadi rengage- 
ment d'accepter le ckoiz de la belle» la dragoa et Zelmire 
partent sans opposition pour aller se marier en France. 

Pièce médiocre, qu'une jolie partition eût sauvée 
si les acteurs l'eussent chantée avec quelque talent ; 
il fallut au plus tôt modifier le programme {Non 
imprimé), 

9 brumaire (3o octobre) : Les Dbux Sophie^ drame 
en 5 actes, en vers libres, par Joseph Aude. 

Monval père. . • • • CC. Dasaocims. 

Monval fils Crstu. 

Versenil • Lacayk. 

Rivera. DtamoÊOtt. 

Gm Menval O^ Vassulb. 

Sopkie Rirers . • . • Disaocmis. 

Sopkie Mènval • . . Walvulb. 

Appelé en France par ses affaires, le commerçant Monval 
tut jadis contraint de laisser dans le Nouveau-Monde sa 
femme, son fils et sa fille. Cette séparation dure quinze 
années, après lesquelles son fils, expressément mandé, yient 
le rejoindre. Monval fils est accompagné d'une jeune per- 
sonne qu'il donne pour sa soeur Sophie, mais qui réellement 
est Sophie Hivers, qu'il aime et a enlevée en quittant 
l'Amérique. Le mensonge dure depuis six mois quand Ver- 
seuil, associé de Monval, s'éprend de Sophie Hivers, qu'il 
croit la fille de son ami. Cela excite la jalousie de Monval 
fils, qui est surpris un jour par son père aux genoux de 
Sophie. Celle-ci sauve non sans peine la situation, mais. 
Verse uil persistant dans sa recherche, force est bien au 
jeune fou de se confier à son rival. Par bonheur Verseuîl a 
l'Ame généreuse, il s'efface et promet de parler pour les 
deux amants. ISon 2è1e a bientdl lieu de se manifester : 



THBATRB NATIONAL 35 

M** Monral et son deuxième enftpt reTÎtoneni en France 
avec Hivers qni, eroyanC fU>pliie à jaaiaii perdat^vent finir 
ses jours près de ses amis. To«i sa dicoovre alors, an 
désespoir des chefs de familles ; mais la tendresse de la 
mère, l'amitié de Verseuil et les larmes des deux Sophie 
«attendrissent les vieillards ; Mon val fils épousera miss 
Hivers qui, à son insu, lui était dès longtemps destinée. 

Retraçant un fait arrivé, ce drame contenait d'in^ 
téressantes situations ; par malheur son stjle était 
faible et c^est la raison sans doute qui, malgré son 
succès, empêcha qu'il fût édité. 



9 brumaire (3o octobre) : La PhsmiArb rcquisition, 
pièce patriotique eo i acte, par Landon. 

Les habitants d*un village estiment que tout républicain 
est en réquisition permanente. C'est d'sprès ce principe 
que les garçons, les hommes mariés ou veufs volent au 
secours de la France, quoique les législateurs n'aient 
appelé qu'une certaine classe d'entre eux. Leurs parents les 
encourageraient s'ils en avaient besoin ; ils doivent se bor- 
ner à leur faire de stolques adieux et à renouveler avec eux 
leurs serments sur l'autel de la Patrie* 

Ces scènes, où de beaux sentiments étaient expri- 
més en lang'ue claire, avaient été écrites par le 
peintre Landon pour que Ton pût chanter avec 
apparat des couplets de Desforges ayant pour titre 
U Autel de la Patrie ; on en comptait neuf adres- 
sés par UQ père k son fils, sur Tair Da 9erin qui te 
Jait enuie, et dont nous rapportons les plus inté- 
ressants: 



36 THBATRB NATIONAL 

Eh I quoi, tu peux 4ormir encore 1 
N'entends-tu pas ces cris d'amour ? 
Réveille-toi, voici Taurore, 
Mon fils, voici ton plus beau jour. 
C'est à l'autel de la Patrie 
Que tu vas marcher sur mes pas, 
Cours à cette mère attendrie 
Qui t'appelle et t'ouvre ses bras . 

Dans tes refçards brille une flamme 
Qui plait à mon cœur paternel, 
Ouvre les yeux, fixe ton Ame 
Sur ce spectacle solennel. 
C'est à Tautel de la Patrie 
Qu'il faut consacrer tes quinze ans, 
Et c'est là que l'honneur te c.rie 
D'apporter tes premiers serments. 

Il est d'autres serments encore 
Qu'exigent ton père et l'honneur, 
Un dieu puissant que tout adore 
Va bientôt appeler ton cœur. 
Mais, sur l'autel de la Patrie, 
A la Beauté jure en ce jour 
Que jamais sa vertu flétrie 
Ne gémira de ton amour. 

Tu vois ce fer d'un œil d'envie, 
Il doit un jour armer tes mains ; 
De lui souvent dépend la vie 
Ou la mort des faibles humains. 
C'est à l'autel de la Patrie 
Qu'il faut le suspendre aujourd'hui. 
N'y touche pas qu'elle ne crie : 
« Prends ce fer, j'ai besoin de lui t » 



THÉÂTRE NATIONAL 37 



De tels vers ne pouvaient que plaire au public . 



1 7 brumaire (7 novembre) : Le Consentement forcé t 
comédie en i acte, par Guyot de Merville (du ThéAtre- 
Français) ; 

23 brumaire (i3 novembre) : Lucinde et Raimond, 
opéra en 3 actes, par Dubuisson, musique de Paesiello 
(du théâtre Montansier). 

Dans cette nomenclature assez longue, les pièces 
nouvelles — on Ta vu ~^ tiennent peu de place. 
C'est que plus que jamais les entrepreneurs de spec- 
tacles étaient contraints à la prudence. Pour avoir 
donné Paméla, comédie taxée d'incivisme, les 
acteurs du Théâtre de la Nation s'étaient, le 3 sep- 
tembre 1793, vu conduire aux Madelon nettes, avec 
ces paroles effrayantes : c La tète de la Comédie* 
Française sera guillotinée et le reste déporté ! » 
M^ Montansier, dont l'aristocratique passé n'était 
pas oublié, manœuvrait de son mieux pour éviter 
l'arrestation que suivait d'ordinaire le dernier sup- 
plice. Rien dans son existence ni dans le choix des 
œuvres représentées par elle ne pouvait motiver la 
plus légère poursuite ; elle n'en était pas moins, 
cependant, vouée aux pires aventures. 

Le succès obtenu par la salle qu'elle avait fait 
construire fut, contre toute prévision, la raison de 
sa perte. Dès le premier soir, en effet, des juges 
compétents avaient déclaré que l'Académie de Musi- 
que^ exilée depuis douze ans au boulevard Saint- 



38 THEATRE NATIONAL 

Martin, serait, dans l'immeuble de la rue Richelieu, 
à sa place véritable. Tel fut malheureusement Tavis 
de ce pâle Robespierre, qui ne dédaigpnait pas d'ache- 
ver dans les coulisses du premier théâtre lyrique les 
journées que marquaient tant de crimes. En ces 
jours de Terreur, chose désirée était, pour les pfiis-> 
sants, chose prise. Hébert et Ghaumette, ordinaires 
limiers de V Incorruptible, se ^argpérent, sur un 
mot, d'accomplir le désir de leur maître, exacerbé 
par une minutieuse visite. 

Hébert d'abord se mit à l'œuvre ; il avait, pour 
discréditer les citoyens gênants, un journal demeuré 
fameux sous le nom de Père Duchêne ; c'est dans 
le 3 10® numéro de cette feuille qu'il prit à partie la 
directrice du Théâtre National. Il le fit dans l'igno- 
ble style qui était sa spécialité, mais avec une cer- 
taine recherche d'arrangement . Au début, Duchène 
et sa femme Jacqueline discutent la question reli- 
gieuse ; Jacqueline raisonne et parle si bien que 
son époux enchanté lui offre un spectacle ; mais où 
aller ? Les Grands Danseurs de corde sont trop vul- 
gaires, les ci-devant Comédiens du roi trop guindés. 
— c Ecoute, mon homme, dit Jacqueline, on dit 
comme ça qu'il y a un nouveau théâtre qui est beau 
à faire peur, ousqu'on vous prie très poliment 
d'entrer gratis^ attendu que la salle est toujours 
vide ; si tu veux, nous en tâterons puisque ça ne 
coût^ qu'un moment d'ennui. On m'a dit que c'est 
une brave citoyenne qui a fait construire exprès 
cette salle pour amuser seule tous les sans-culottes 
de Paris et faire mettre la clef sous la porte à tous 



TUATRS NàTIOHAL 30 



les autres otmédieiia »• -— Lànlessue grande colère 
de Dacbéne, dont Toici textuellemeiii la riposte : 

•^ Quel est le laquais de siaseadîn qoi t'a fcit na pareil 
cont« ? C'est la Moatansier dont ta Yeux me parler, et to 
donnes le nom de citoyenne à une pareille guenon ? 
Apprends que cette vieille balayeuse de coulisses était la 
première pourroyeuse de la louye autrichienne. A Ver- 
sailles, elle lui tenait complaisammeat la chandelle quand 
elle encernaillait l'ogre Gapet dans sa petite loge. Quand 
la boogre de ménagerie des Tuileries fut à l'ombre, elle 
snivit le traître Dumouriez à Bruxelles, et, après lui avoir 
rendu le même service^ elle lui aida à faire perdre le cré- 
dit des assignats, en affichant à la porte de son spectacle 
que l'on payerait trois livres aux premières places en 
naméraire, et six francs en assignats. La garce qui aurait 
dû être raccourcie pour avoir commis un pareil crime a eu 
l'audace, foutre, de venir ensuite demander 80.000 francs à 
la Convention pour récompense, et Gargantua-Lacroix, pour 
bonne raison, a appuyé sa demande de tous ses poumons. 
On connaîtra sous peu les voleura de grand chemin qui ont 
fourni des fonds à cette banqueroutière pour construire ce 
nouveau bordel. On saura que chaque pierre est cimentée 
avec le sang du peuple, que les décorations oot été faites 
aux dépens des chemises de nos braves volontaires. 
Patience, le temps découvrira tout. En attendant, le Comité 
de Sûreté générale doit faire arrêter comme suspecte cette 
tripotière de l'ancien et du nouveau régime, et la Conven- 
tion ne doit pas souffrir un spectacle auprès de la Biblîo* 
thèque Nationale, qui tôt ou tard y mettrait le feu et détrui- 
rait le monument le plus précieux de l'univers. Ainsi donc, 
ma Jacqueline, tu n'iras point à ce spectacle... 

Quoique des plus fantaisistes, les imputations de 
Duchêne ne tardèrent point à recevoir la consécra- 
tion officielle. Le 23 brumaire (i3 novembre), Ghau- 



40 THBATRB NATIONAL 

mette, procurear-syndic de la Commune de Paris, 
faisait à la tribune de cette assemblée la déclara- 
tion suivante : 

« Je dénonce la citoyenne Montansier comme 
ayant fait bâtir la salle de spectacle, rue de la 
Loi (i), pour mettre le feu à la Bibliothèque Natio- 
nale ; Targuent de TAng^leterre a beaucoup contribué 
à la construction de cet édifice, et la ci-devant reine 
a fourni 5o.ooo écus. Je demande donc que ce 
spectacle soit fermé, à cause du danger qui pour- 
rait en résulter si le feu y prenait. » 

Avec aplomb Hébert appuya son compère : <c Je 
dénonce personnellement, dit-il, la demoiselle 
Montansier ; j'ai des renseig^nements contre elle, et 
il m*a été o£Pert une loge à son nouveau théâtre 
pour m'engager à me taire. Je requiers que la Mon- 
tansier soit mise en état d'arrestation, comme sus- 
pecte ». 

Sans attendre la preuve des faits allégués, la 
Commune vota les mesures requises. M^^^^ Montan- 
sier et Nœuville furent, en conséquence, arrêtés 
dans la nuit du 24 au 25 brumaire et conduits à la 
prison de la Petite-Force. 

Les directeurs absents, restait k saisir leur 
théâtre. Trop de hâte offrant des dangers, on tem- 
porisa. Le 27 brumaire (17 novembre), il était 
enjoint aux artistes de clore la salle ; sur leur 
demande, pourtant, on les autorisa, trois jours plus 
tard, à se former en société et k jouer, quelque 

(1) La rue de Richelieu ivait, le % octobre 1793, pris cette noq- 
veUe appeUetion. 



THBATIIB NATIONAL il 

temps encore, à leurs périls et risques. Ils rouvri- 
rent le 2 frimaire (2a novembre) par des pièces déjà 
vaes et montèrent ensuite les ouvrages suivants : 

4 frimaire (24 novembre) : Le Dépit amoureux^ 
comédie en 2 actes, en vers, par Molière (du Théâtre- 
Français) ; 

7 frimaire (27 novembre) : V Ecole dee Maris^ comé- 
die en 3 actes, en vers, par Molière (du Théâtre-Fran- 
çais). 

7 frimaire (27 novembre) : Lis Prétiibs bt tas Rois, 
pièce révolutionnaire en 3 actes, en vers, par Riche- 
bourg (Lombard, de Langres). 



Don Fernand 
OHzy . . 
Zamor. . 
Siméon . 
Maorice . 
Cm Manrice 



ce. DisRoaBRs. 

LaG4TB. 

Gbitu. 
vxetbdil. 

BlLLIYlLLB. 

O0 Danoama. 



La scène est dans l'Inde, à Goa. Les habitants de ce pays 
gémissent depuis longtemps sous le joug combiné du vice- 
roi Fernand, homme injuste et cruel, et de l'inquisiteur 
Siméon, coupable des atrocités les plus grandes. Le Français 
Maurice^ ayant négligé de parler de ces deux Espagnols 
avec le respect qu'ils exigent, vient d'être mis en prison 
quand son compatriote Olizy, rassemblant quelques hom- 
mes de cœur, leur fait jurer la mort des tyrans étrangers. 
Instruit par hasard du complot. Don Fernand s'empare de 
l'Indien Zamor pour savoir par lui les noms des coupables ; 
Zamor se taisant, il le condamne à périr dans les flam- 
mes. De son côté le moine, que la femme de Maurice est 
allée supplier, poignarde le Français sous les yeux de 
l'épouse qu'il viole ensuite. Tant de crimes surexcitent les 



42 THBATBE SATIOIIAL 

Indieng qin dispersent les soldats espagnols, massacrent 
tous les prêtres et jettent dans le bûcher préparé pour Zanaor 
Don Fernand et son acolyte. 

Ce drame, de contexture faible et de marche 
lente, offrait néanmoins des beautés de détails qui le 
firent réussir. Quant au style, trois vers — seuls 
mentionnés par les critiques — le feront apprécier ; 
ils s'appliquaient à Don Fernand : 

VouleE-YOus voir un Roi dans toute sa laideur ? 
Contemplea un moment ce monarque hypocrite, 
Il porte sur son front les crimes de son cœur! 

{Non imprimé). 



Quelques jours après la représentation de cet 
ouvrage, les acteurs-associés recueillaient le fruit du 
dernier acte administratif de W^^ Môntansier. Nous 
avons dit quen i^^'i la troupe du Théâtre de la 
Nation avait été emprisonnée pour cause d'incivisme. 
Un de ses chefs^ Molé> partisan des idées nouvelles, 
était par faveur resté libre, et la directrice du Théâ- 
tre National, qu'il connaissait depuis la transmission 
du privilège rouennais, l'avait aussitôt pressenti en 
vue d'un engagement. Comme elle n'offrait pas 
moins de So.ooo livres par année, l'affaire s'était 
conclue, et le public l'avait appris par un entrefilet 
contre lequel l'acteur, modeste ou diplomate, pro- 
testa en ces termes : c Mole prie les citoyens journa- 
listes qui veulent bien annoncer son entrée au Théâ- 



THBATBB NATIONAL 43 

tre National de la rue de la Loi de supprimer les 
qualités de premier acteur de ce théâtre^ 

Car on ne connaît point chez nous de primauté. 

(La Mitromanie). 

c< Ce qui fut vrai pour nous par Piron est aujour^ 
d'hui vrai pour tous par la volonté du peuple fran* 
çais ». 

L'arrestation des directeurs avait fait naître entre 
eux et leur grand pensionnaire des difficultés qui 
duraient encore lorsque, de lui-mènAe, MoIé adressa 
aux gérants provisoires du Théâtre National cette 
très curieuse épitre : 

Prîmidi ii frimaire, 
Tan II« de la Répabliqoe Française, Une et Indivisible. 

Prévenu d'avance. Frères et Camarades, qn'instmits de la 
suspension de mon engagement par rinezécution de quel- 
ques conyentions verbales, vous viendriez me renouveler la 
proposition de jouer sur le Théâtre National moyennant une 
rétribution journalière, j'ai songé que, par délicatesse pour 
TOUS, je ne devais pas me donner pour rien, et que, par 
délicatesse pour moi, je ne devais pas me faire payer de 
▼ous. 

J'ai cherché, dans cette alternative, à tout concilier. Mes 
oisives après-midi et vos efforts seront employés en bienfai- 
sance patriotique : vous me donnerez 3oo livres par repré- 
sentation, que nous partagerons comme frères ; vous en 
remettrez moitié à la Section da Théâtre Nationait moi l'autre 
moitié à ma Section de l'Unité, ppur être employées par elles 
à l'avantage de nos braves défenseurs ou de leurs parents. 

Comptes sur mon zèle et sur mon amitié. 



U THEATRE NATIONAL 

Qnelque motif qui Teût dictée, la proposition 
offrait de réels avantagées, et les sociétaires l'accueil- 
lirent avec un empressement explicable. Mole, en 
conséquence, débuta chez eux le 1 7 frimaire (7 dé- 
cembre). Il joua magistralement le rôle d'Alceste, 
dans Le Misanthrope de Molière, et y obtint un 
succès tel qu'on lui fit ensuite passer en revue la 
majeure partie de son répertoire. Nous noterons à 
leurs dates ses apparitions successives. 

21 frimaire (11 décembre} : Mole joue Valsaîn dans 
Les Fausses infidélités^ de Barthe ; 

25 frimaire (i5 décembre) : Le Méchant, comédie en 
5 actes, en vers, par Gresset (du Théâtre-Français), avec 
Mole dans le rôle de Gléon ; 

26 frimaire (i5 décembre) : Le Babillard, comédie 
en 1 acte, en vers, par De Boissy (du Théâtre-Fran- 
çais), avec Mole dans le rôle de Léandre. 

37 frimaire (17 décembre) : Estelle, opéra en 3 actes, 
par Ayot-Villebrane, musique de Persuis. 

Croyant qu'Edmond, son épouz^ a péri sous les murs de 
Nfmes qu*assiè|^ent lex Espagnols, Mar^erite. villageoise de 
Massanne, ya marier sa fille Estelle au berger Némorin qui 
l'aime quand Edmond revient tout à coup. Il est accompa- 
gné du jeune Méric qui préserva ses jours et auquel, par 
reconnaissance, il a promis la main d'Estelle. Pendant que 
celle-ci se désole, Némorin songe à mourir ; mais Robert, 
commandant de l'armée française, le rencontre et l'emmène 
avec lui. Des pillards espagnols attaquent bientôt Massane, 
qu'ils livrent aux flammes. Accourant avec ses soldats, 
Robert met les bandits en fuite. An plus fort du combat, 
Némorin sauve généreusement la vie de son rival ; Méric, 



THBÀTRB NATIONAL 45 

touché, cède au berger ses droits sur Estelle, et les amants 
s'unissent, à la satisfaction générale. 

Tirée de la pastorale si connue de Florian, cette 
pièce, en dépit de quelques scènes agréables, sembla 
lente et froide ; une musique soignée la sauva des 
sifflets sans lui valoir une longue carrière . — {Non 
imprimée). 

ler nivôse (21 décembre) : Le Bourru bienfaisant^ 
comédie en 3 actes, par Goldoni (du Théâtre-Français), 
avec Mole dans le rôle de Géronte. 

Sur Taffiche et dans les journaux, cette représen- 
tation était donnée comme la dernière de Mole, mais 
on le vit bientôt reparaître sur la scène qui lui réser- 
vait, après d'autres reprises, Thonneur d'une sensa- 
tionnelle création. 

3 nivôse (23 décembre) : La Parfaits èqâiatA, ou Les 
Tu et Toi, comédie en 3 actes, par Dorvigny. 

Francœnr GG. ArnsL. 

Gourmé GaÉra. 

Félix DuBAifD. 

Nicolas VianuiL. 

Un cocher de fiacre . . . DozAnnriLLB. 

La Cn« Francœnr. . . . G^^ Vazbllb. 

Adélaïde Walvillb. 

Claudine Barotbi. 

Dame Brigitte. • . . . BBaosa. 

Francœnr, homme très riche mais partisan des idées nou- 
velles, vient de lire le décret qui, pour assurer les bases de 



M THEATRE NATIONAL 

la parfaite égalité, invite tous les rèpoiilicains à se tutoyer ; 
il en est enchanté et veut être le premier à adopter cet usa^e, 
dans la commune de Chaillot qu'il habite. Sa fille Adélaïde, 
son jardinier Nicolas et sa servante Claudine se prêtent avec 
joie au désir du chef de famille» mais deux personnai^es 
y résistent. Gourmé^ ci-devant conseiller au Parlement et à 
qui la citoyenne Francœur a promis sa fille sous peine de 
dédit, en est surtout révolté. Dame Brigitte, femme de charge 
qui a conservé le costume et le goût de l'ancien régime, ne 
peut de même souffrir qu'une personne de son âge soit 
tutoyée par les gens qu'elle commande. Fille respectueuse, 
la jeune Adélaïde n*a osé dire qu'elle n'aime point le 
Gourmé qu'on lui destine ; son cœur s'est donné à Félix, 
commis de Francœur, qui est parti pour lui dans la pre- 
mière réquisition. Or, le jour même où doivent se faire les 
fiançailles d'Adélaïde avec Gourmé, Félix revient de l'armée, 
le bras gaache cassé, dans l'espoir de reprendre sa place 
chez Francœur. Par pudeur l'ingéaue n'a pas fait connaître 
son penchant à Félix, et ce dernier, qui est sans bien et 
sans famille, n'a osé se livrer à l'amour qu'il ressent de 
son côté. Cette double retenue rend piquante la scène où 
le père, qui accuse sa fille d'avoir trop de froideur pour 
Félix, oblige les jeunes gens à se tutoyer en sa présence et 
même à se donner un baiser fraternel. Informé du mariage 
projeté, Félix veut quitter la maison de Francœur, qui charge 
Adélaïde de le retenir. Dans la conversation qu'ils ont à ce 
sujet, leur mutuel secret se révèle, à l'étonnement du père 
qui, d'un cabinet, surveille l'entrevue. Aimant peu Gourmé 
et ayant au contraire pour Félix autant d'estime que de 
reconnaissance, Francœur a bientôt décidé de prendre ce 
dernier pour gendre, et sa résolution s'affirme en découvrant 
que Félix est le frère naturel du rival qui alPeciait de le 
mépriser. La femme de Francœur est trop bonne citoyenne 
pour n'approuver pas son mari : Gourmé, que tous deux 
congédient, recevra le dédit, convenu et prendra Brigitte 
comme femme de charge ; mais, en vertu d'une loi nouvelle, 
il devra partager avec Félix la fortune de leur père com- 
mun. 



THiATRB NATIONAL 47 

Des scènes adroites, des moto drôles ou touchants 
firent applaudir par tous cette comédie que la 
troupe du Théâtre National interprétait avec ensem- 
ble et vérité. 

— c< Parmi les pièces qu'a fait naître la Révolution, 
— dit un article du Moniteur^ dont Tauteur fit la 
préface de son œuvre — il n'en est point où les for- 
mes, les intentions dramatiques soient mieux obser- 
vées, mieux remplies, mieux soutenues. Il n'en est 
point de plus patriotique et qui atteigne mieux le 
but où doit tendre tout ouvrage de ce genre, celui de 
développer parfaitement les décrets qu'on y célèbre, 
d'en faire sentir l'esprit, d'en montrer tous les avan- 
tages, et de les faire aimer. On pourra dire qu'elle 
est patriotique en cela même qu'elle est fort bonne 
comme ouvrage dramatique, car il est bien temps 
de s'élever contre cette irruption d'ouvrages pitoya- 
bles, dont nos théâtres sont inondés depuis quelques 
mois » . 

Dans un entr'acte de sa •comédie, Dorvigny, poète 
autant que prosateur, avait fait chanter, sur Tair des 
Marseillais, trois couplets annonçant la reprise de 
Toulon et qui furent applaudis avec enthousiasme. 
Ce triomphe de nos armes devait avoir, au Théâtre 
National, divers échos encore. Le 6 nivôse (a6 dé- 
cembre), on y donna en réjouissance. Pour le Peu- 
ple, un spectacle comprenant Les Prêtres et les 
Boisj La Constitution à Constaniinople et La Fêie 
ciinqae. Au cours de la soirée furent dits« sur l'air 
^e la Croisée, de nouveaux couplets écrits par Ver* 
teuil €it 4onl voici 4eux spéameas ^ 



48 THÂATRB NATieNilL 

Citoyens, réjouissons-nous, 
L'Anglais a fui notre rivage, 
Il craint moins les flots en courroux 
Que l'effort de notre courage. 
Cachés au fond de leurs vaisseaux. 
Les brigands de Pitt et d'Espagne 
Désertent, voyant nos drapeaux 
Flotter sur la montagne. 

N'épai^nez point ces assassins, 
Sapons une cité rebelle, 
Vengeons les bons Républicains 
Dont le sang a coulé pour elle ; 
Que Toulon frappé des décrets 
Devienne une aride campagne, 
Mais que son port soit à jamais 
Celui de la Montagne I 

Une manifestation plus importante fut préparée, 
en outre, par un auteur de talent. Sous ce titre : La 
Prise de Toulon par les Français, Bertin d'Antilly 
composa un opéra en 3 actes, mêlé de prose, de vers 
et de chants ; mais, bien que la brochure l'indique 
comme ayant été joué sur la scène de la rue de la 
Loi, cet ouvrage, pour des causes inconnues, ne fut 
jamais représenté. Il est bien fait pourtant, et sa lec- 
ture donne à croire qu'un franc succès Teût accueilli. 

7 nivôse (27 décembre) : Mole joue D'Olban dans 
Nanine, de Voltaire ; 

i3 nivôse (2 janvier 1794) : La Coquette corrigée, 
comédie en 5 actes, en vers, par De la Noue (du Théâ- 
tre-Français), avec Moié dans le rôle de Clitandre ; 



THRATRS NATIONAL 40 

i3 nivôse (a janvier) : UImpatient, comédie en i acte, 
en vers, par De Lantier (du Théâtre-Français), avec 
Mole dans le rôle de Damon ; 

21 nivôse (lo janvier) : Le Retour du mariy comédie 
en I acte, par Ségur jeune (du Théâtre-Français), avec 
Mole dans le rôle du Mari ; 

27 nivôse (16 janvier) : La Gageure imprévue, comé- 
die en 1 acte, par Sedaine (du Théâtre-Français), avec 
Mole dans le rôle de Clainville ; 

4 pluviôse (23 janvier) : Gratui en réjouissance de la 
mort du tyran, Ltê Prêtres et tes Rois, La Parfaite 
égalité et L'Impatient, joué par Mole ; 

7 pluviôse (26 janvier) : V Ecole des Pères, comédie 
en 5 actes, en vers, par Pieyre (du Théâtre-Français), 
avec Mole dans le rôle de Ck)urval père. 

16 pluviôse (4 février) : Manuus Torquatus, ou La 
Discipline romaine, tragédie en Z actes, par Joseph 
Laval lée ; 

Manlitu Torquatu», consul CG. Lacaye. 

Manlius, son fils Carru. 

Albtts, jeune Latin Bbllbvilli. 

Numicius, ambassadeur des Latins . . Dbsrozuois. 

Corva», général de la cavalerie romaine. Vazbllb. 

Un enfant, fils de Manlius Bourson. 

Lenas, ami de Manlius Rogâ. 

L'action se passe dans le camp des Romains, sur les fron- 
tières de la Campanie. Cornélie, épouse de Manlius, a été 
prise par les Latins. Au moment où, d'après la convention 
faite entre les chefs des armées ennemies, elle est ramenée 
à son époux, Anicius, un des généraux latins, la fait enlevjer 
par ses soldats. Cet affront sanglant et la mort de Cornélie 
qui s'ensuit excitent en Manlius un désir de vengeance. 
Malgré la défense formelle du consul, son père, il engage le 

4 



50 THéATRB NATIONAL 

combat contre les troapes latines, les défait et reyient 
chaîné des dépouilles d'Anicius. Il n'en est pas moins sous 
le coup d'une sentence capitale. Placé entre le deyoir et 
l'amour paternel, le consul hésite à sacrifier le jeune héros, 
mais celui-ci le somme d'obéir à la loi. Stolque jusqu'à la 
cruauté. le magistrat préside alors au supplice du coupa- 
ble. — « Rome est en sûreté, vive la République ! » s'écrie- 
t-il pendant qu'on emporte les restes de son fils. 

Cette pièce, intéressante et bien écrite, fut applau- 
die chaleureusement. 



5 ventôse (28 février) : U Epreuve nou-elle^ comédie 
en I acte, par Marivaux (de la Comédie-Italienne ). 

7 ventôse (a5 février) : La Mort db Marat, trait his- 
torique en 3 actes, en vers, par Ferru fils. 

Tandis que Brissot, Fauchet, Pétion, Buzot et Barbaroux 
conspirent contre la liberté, Marat agit et parle en chaud 
ami du peuple et des principes révolutionnaires. Il tient viri- 
lement tête aux Girondins et prend sa compagne Emilie 
pour épouse à la face du ciel et en présence de Desperriè- 
res, comme lui soldat dévoué de la démocratie. Maison vient 
l'avertir qu'une femme inconnue désire lui parler, et il dis- 
paraît pour donner, dans une pièce séparée, audience à la 
visiteuse. Bientôt des cris affreux se font entendre ; Marat, 
percé de coups, rentre en scène et expire sous les yeux de 
sa femme, de ses amis et du peuple accouru pour le félici- 
ter. Présent à ce spectacle, un serviteur du trattre Pétion 
dévoile les complots de la clique brissotine, et tous quit- 
tent Emilie en larmes pour aller dénoncer les Gatilinas 
modernes. 

'Estimant que la fin trag^ique de Marat constituait 
par elle-même un fait capital pour tous les patriotes, 
l'auteur ne s'était pas donné la peine de l'adapter à 



THEATRE NATIONAL 51 

une iDtrig'ue dont le développement eût accra Tinté- 
rôt . Sans conibinaison, son ouvrage n'en réussit pas 
moins. II contenait de bonnes scènes, des caractères 
bien tracés, et souvent de beaux vers. Appelé sur 
le théâtre, Ferru y recueillit de bruyants bravos. 

MoIé jouait le rôle principal de ce drame. On le 
blâma plus tard d'avoir prostitué son talent en 
incarnant VAmi du Peuple ; mais, malgré le civisme 
qu*il affichait à tout propos, Facteur, peut-être, n'eût 
pu sans péril refuser cette tâche. II joua du moins 
avec une satisfaction modérée ; ce qui le prouve, c'est 
qu'après trois soirées il prétexta une indisposition 
pour suspendre la pièce. Ferru qui, lui, était vrai- 
ment malade, adressa à son interprète une épître 
élégiaque terminée par ce vers . 

Ressuscite Marat. . . tu me rends à la vie ! 

Elle eut pour résultat l'annonce d'une reprise 
qu'on trouva moyen de ne jamais faire (i). 

9 ventôse (27 février) : Ausbelle, ou Les Crimes de 
la féodalité, opéra en 3 actes, par Desforges, musique 
de Louis Jadin. 

Ënguerrand GG. Letassbur. 

Guiscard. : . . . . Migallef. 

Olivier . . . . i . GisAR. 

Lionel G^m Mézièrbs, 

Alisbelle Lilub. 

Glaire Fradbllb. 

(1) Employé tlort i U CoAmiMion de commerce et d'epprovieionne- 
uient, Ferra fils fat réduit plu» tard à se faire écriYain public et moo- 
mt dans aoe complète misère. La Mort de Marat n'est pas imprimée* 



52 THEATRE NATIONAL 

La tcène esta Roehebrune, chez le seigneur Bngaerrand. 
Unie an chevalier Guiscard par an mariag^e secret, Aiis- 
belle, en l'absence de Guiscard, parti pour une guerre loin, 
taine, a été forcée par son père d'épouser Enguerrand, quoi- 
que, pour ralentir les poursuites de ce dernier, elle lui ait 
découvert le secret de son amour. Devenue mère six mois 
après ce second hymen, elle est, avec son fils Lionel, plon- 
gée dans un cachot par Enguerrand qui répand le bruit de 
sa mort. Ce n'est qu'après douze ans de tortures qu'Alis- 
belle peut informer de son sort le fidèle Guiscard. Celui-ci 
s'introduit alors, sous le nom de Robert, auprès du seigneur, 
capte sa confiance et obtient ainsi l'indication du souterrain 
où gémissent ceux qu'il aime. Aidé de sa sœur Glaire et 
d'Olivier son beau-frère, il parvient à les délivrer et à enfer- 
mer Enguerrand dans le cachot même où ses victimes ont 
si longtemps souffert ; mais ce cachot a une issue secrète 
par laquelle le tyran s'échappe pour fondre, à la tête de 
guerriers, sur Guiscard et les siens. Ne pouvant reprendre 
Alisbelle, soigneusement entourée, Enguerrand s'empare de 
Lionel, qu'il entraine au sommet d'un fort pour le sacrifier 
sous les yeux de sa mère. Il lève son épée sur l'enfant quand 
celui-ci, apercevant un poignard passé à la ceinture d'Eo- 
guerrand, le saisit et frappe mortellement le bourreau. C'est 
sur l'autel de la patrie délivrée qu'Alisbelle et Guiscard 
consacrent leur amour tandis que Lionel, brandissant son 
poignard, déclare à ses heureux parents : 

Je garde cette arme sanglante. 
Qui vient de punir Enguerrand, 
Jusqu'à l'heure où ma main plus ferme et plus vaillante 
Aura pulvérisé jusqu'au dernier tyran 1 

Le dénouement inattendu de cette pièce, tirée d'un 
ancien roman (Richard et A Usbelle)et que quelques 
phrases seulement rattachent à la politique, assura 
son succès. Demandés, les auteurs reçurent des 



THÉÂTRE NATIONAL 53 

témoignages bruyants de la satisfaction générale et 
comptèrent un beau chiffre de représentations. 

Pendant que les acteurs du Théâtre National, sans 
autres ressources que leurs recettes journalières, 
s'ingéniaient pour attirer le public et conquérir les 
bonnes grâces des gouvernants, leurs directeurs 
attendaient, à la Petite-Force, que la justice voulût 
bien prononcer sur leur cas. On ne se pressait point 
d'instruire contre eux, parce qu'il était peu facile 
de donner apparence légale à une mesure tout 
arbitraire. Quinze jours après son incarcération, 
M^^* Montansier avait subi pourtant, devant l'Ad- 
ministration de Police, un interrogatoire sur des 
points préalablement fixés par Chaumette. Voici 
cette pièce, curieuse en sa forme, et dont plusieurs 
détails sont instructifs. 



Gejourd'hai ii frimaire an a* de la République (i), devant 
nous. Administrateurs au Département de Police, est com- 
parue une citoyenne mise en état d'arrestation en vertu d'un 
arrêté du Conseil général de la Commune de Paris, en date 
du 94* jour du a* mois républicain. 

Enc^ise de ses nom, prénoms, â^^e, pays, profession et 

demeure? 

A répondu se nommer Marguerite Bru net -Montansier, 
Agée de 4^ ans, née k Bayonne, directrice de spectacles, et 
demeurant à Paris. Palais de l'Egalité n* 8s. 

A elle demandé depuis quand elle est à Paris ? 

A répondu qu'il y a environ trente ans. 

A elle demandé depuis ce temps quels ont été ses moyens 
de subsistance ? 

A répondu que ses moyens de subsistance ont été le pro- 

(1) !•» déeembrs 1703. 



54 THÉATRB NATIONAL 

duit des différents spectacles qa'elle a tenns jusqu'à pré- 
sent. 

A elle demandé combien lui a coûté la totalité de son ter- 
rain sitné enclos de l'ancien Hdtel de LouYois ? 

A répondu que ledit terrain lui* a coûté 460.400 livres, 
ainsi qu'il est constaté par le contrat qui en est passé 
devant Rouen et Robin, notaires à Paris, le 7 décembre 1791, 
et sur laquelle somme elle a payé de ses deniers celle de 
55.a48 livres. 

A elle demandé si elle sait à combien s'élève le prix de la 
totalité des bâtiments qu'elle a fait construire sur ledit 
terrain ? 

A répondu ne pas le savoir de mémoire et que d'ailleurs 
tous les mémoires ne sont pas encore fournis ni réglés, 
que de plus elle se propose de donner à cet égard tous les 
renseignements qui seront nécessaires lorsqu'elle les aura 
acquis. 

A elle demandé si pour tontes lesdites constructions elle 
a fait marché avec un seul ou plusieurs entrepreneurs ? 

A répondu avoir fait marché avec le citoyen Léonard 
Mouchonnet, entrepreneur de bâtiments demeurant à Paris, 
lequel, par acte passé avec la répondante en janvier 179a, 
s'est engagé de construire la totalité de tous lesdits bâti- 
ments, à condition que jusqu'à la Pentecôte 179a, époque à 
laquelle il devait livrer la salle de spectacle, de payer audit 
Mouchonnet la somme de 35o.ooo livres, et que le surplus 
lui serait payé à raison de 60.000 livres par chaque %nnée 
jusqu'à défioition du paiement. 

A elle demandé si jusqu'à présent elle a effectué envers le 
citoyen Mouchonnet les conventions souscrites? 

A répondu oui, qu'elle les a effectuées jusqu'à présent. 

A elle demandé qui lui a procuré les fonds nécessaires 
pour acquitter lesdits engagements ? 

A répondu différents particuliers à qui elle a emprunté, 
savoir : 53.ooo livres au profit du citoyen François-Louis- 
Claude Marin, rue Saint-Honoré ; 90,000 livres à Jean-Jacques 
Bertrand à Yverdun, canton de Berne, et demeurant alors à 
Paris, rue des Vieuz-Augustins ; 300.000 livres avec sabro- 



THEATRE NATIONAL 55 

gaiion en favear d'Antoine Lepeschenz, négociant, me de 
l'Echiquier, k Paris; ii.ooo livres à Jean Mao-Mahon*Leade- 
nor, rue Saint-Joseph ; ao.ooo livres à Marguerite Bondier,' 
▼êuye Allure, rue de Grammont ; i4-ooo livrée à Gaétan 
Vellony et Victoria-Marguerite Allègre, rue Saint-Thomas- 
du-Lo«vrè, etc. Total des sommes empruntées et qu'elle a 
données audit Mouchonnet, 467.000 livres, ainsi qu'il est 
constaté par les dififérents actes passés chez Rouen« notaire 
de la répondante. 

A elle demandé quelles sont ses relations avec le citoyen 
NœuTllle ? 

A répondu que le citoyen Nœuville est son associé dans 
les diyerses entreprises sus-énoncées, et que les actes qui 
les constatent sont faits solidairement entre ledit citoyen 
Nœuville et la répondante. 

A elle demandé si elle ne reste pas aussi en commun avec 
le citoyen Nœuville ? 

A répondu oui. 

A elle demandé quelles relations elle a avec le citoyen 
Verrier î 

A répondu que Verrier n'est autre chose que le domestique 
de Nœuville. 

A elle demandé si elle connaît le nommé Languet ? 

A répondu qu'elle connaît le nommé Languet pour venir 
quelquefois chez elle depuis environ deux ans, qu'elle sait 
qu'il est patriote, parce qu'elle le voit toujours avec des 
patriotes. 

A elle demandé si le citoyen Languet a eu quelque parti- 
cipation à quelques-unes de ses entreprises ? 

A répondu non. 

A elle demandé si dans les divers emprunts qu'elle a 
faits il n'y a pas quelques bailleurs de fonds qui fussent 
émigrés ? 

A répondu que quand on lui a prêté ils n'étaient pas émi- 
grés, et qu'à présent elle ne pense pas qu'aucuns d'eux fus- 
sent émigrés. 

A elle demandé si elle sait actuellement où est le citoyen 
Lepescheux ? 



56 THiATHB NATIONAL 

A rèponda qu'elle l'ignore. 

A elle demandé si elle connaît le nommé MariB^ homme de 
lettres ? 

A répondu qu'elle le connaft comme étant un de ses pré- 
teurs. 

A elle demandé si elle connaît le nommé Duplessîs, ci- 
deyant Cheyalier ? 

A répondu qu'elle le connaît comme auteur. 

A elle demandé si le nommé Duplessis ne lui a pas prêté 
ou fait prêter différents fonds ? 

.A répondu non. 

A elle demandé comment se nomme son caissier ? 

A répondu qu'il se nomme Gaumont, dont le frère est 
comédien chez la répondante. 

A elle demandé si, lorsque Dumouriez vint à Paris l'hiver 
dernier, il ne fut pas plusieurs fois chez la répondante? 

A répondu qu'au dernier voyage connu que Dumouriez fit 
à Paris, la répondante était alors à Bruxelles avec partie de 
sa troupe, où elle avait été envoyée par le pouvoir exécutif 
afin d'y propager le républicanisme» mais qu'à l'avant-der- 
nier voyage que Dumouriez fit à Paris, Dumouriez fut à 
plusieurs spectacles et Dumouriez vint une fois à celui de 
la répondante et ce jour-là elle donna le Départ des Volon- 
taire», mais que Dumouriez ne vint jamais à son domicile et 
jamais elle ne fut au sien. 

A elle demandé si lorsqu'elle était à Bruxelles elle n*a pas 
quelquefois vu Dumouriez, et si quelquefois Dumouriez n'a 
pas soupe à sa table ? 

A répondu qu'elle n'a pas vu Dumouriez et que, par con- 
séquent, elle n'a jamais mangé avec lui. 

A elle demandé si elle n'a pas eu quelques correspon- 
dances par écrit avec Dumouriez ? 

A répondu que' se trouvant à Bruxelles avec sa troupe, 
sans argent, lorsque les commissaires du pouvoir y étaient, 
ainsi que les représentants du peuple nommés Gossuin, 
Lacroix, Merlin et Danton, la répondante écrivit à Dumou- 
riez, lorsqu'il passa quelque temps avant de livrer la Bel- 



THEATRE NATIONAL 57 

^qne, à l'effet de se faire donner qaelqoes seeoan par 
«▼ance^ auquel billet Dumoariea ne fit ancnne réponte. 

A elle demandé si elle ne s'est pas troayée quelquefois 
avec les commissaires du pouvoir exécutif ou arec les repré- 
sentants du peuple qu'elle rient de désig^ner ? 

A répondu que s'étant trouvée à plusieurs banquets 
patriotes qui ont eu lieu dans la Belgique, elle y a tu beau- 
coup de patriotes du nombre desquels étaient les citoyens 
Merlin et Crossoio, ainsi que le citoyen Fauchet, ci-devant 
secrétaire à la police, ainsi que Deffant-Desjardins. 

A elle demandé si elle a obtenu de quelque manière que 
ce soit les fonds dont alors elle avait besoin ? 

A répondu que le pouvoir exécutif lui a envoyé 8.000 
livres en assignats et que le nommé Du Sauzun lui a fait 
quelques légers prêts de diverse nature, dont l'état doit se 
trouver dans ses papiers. 

Lecture à elle faite des demandes et de ses réponses, a 
dit icelles contenir vérité, y a persisté et a signé : M, Brmnet- 
Montajuier. 

Si Ton met à part la phrase initiale dans laquelle 
Mll« Montansier, par une audacieuse coquetterie, se 
rajeunit de dix-huit ans, ses dires, très clairs, 
dénotent la franchise. Ses papiers d'ailleurs les 
devaient confirmer. On en inventoria devant elle 
cinq cartons sans j rien trouver d'incivique. Etait- 
il possible deg'refiPer sur de vagues propos une action 
criminelle ? La police ne le pensa pas et se contenta 
de maintenir sous les verrous la dame et son com- 
plice supposé. Ils pouvaient vivre, en somme, 
pourvu que d'eux ne vînt aucun obstacle au caprice 
du tyran jacobin. 

Mais la Montansier n'était pas de ces femmes 
qu'on bâillonne. Dès les premiers jours de sa capti- 
vité, elle avait entrepris un Mémoire dans lequel les 



58 THBATBB NATIO!fâ.L 

insinuations calomnieuses d'Hébert et de Chaumette 
étaient point par point réfutées. Ce Mémoire, au- 
jourd'hui perdu, nous en trouvons trace dans un 
catalogue d'autographes publié en 1849. M^^^ Mon- 
tansier j exposait sa conduite politique et son 
administration théâtrale depuis le commencement 
de la Révolution. C'était, si l'on en croit le rédacteur 
du catalo(cue, « un modèle de fourberie et d'ingrati- 
tude envers d'illustres bienfaiteurs devenus malheu- 
reux ». — Il fut envoyé le 2f\ décembre 1793 à 
Gouthon, que la signataire avait maintes fois reçu 
dans son théâtre^ avec ce billet qui, plus heureux 
que la pièce même, a été conservé : 

Att Président de la Convention. 

Prison de la Pclitc-Forcc, 
4 nivôse, an a. 

Gitolen, tu es un vrai répobliqain, par concéquant juste. 
Je suis assurée que tu aime k soutenir l'innocence. Je 
t'envois un exemplaire de mon Mémoire. Tu y lira la Térité, 
rien que la vérité; cependant je suis en prison depuis cinq 
semaines (i)... 

Ami de Robespierre, Gouthon se tint coi ; cela 
lui valut, quelques jours après, cette seconde 
épttre : 

Ce a4 nivôse de Tan 3. 

Tes moments sont précieux, Citoyen, je n*en abuserai pas. 

(t) Noas donnons ces lignes avec leor ort'jographe, sans nous croire, 
dans les eitations sniyaotes, astreint à la même minutie. Poar être pea 
lettrée, M"* Montansier n'en disait pas moins clairement ce qu'elle 
avait à dire. 



THBATIIB NATIONAL 59 

Tu as reçu un exemplaire de mon Mémoire, tu as vu que 
j*y réponds aux calomnies sugi^érées au Père Duchéne, C'est 
d'après ces calomnies que j'ai été interrogée : 

I* Sur les moyens avec lesquels j'ai fait bAtir le Spectacle 
de la rue de la Loi ; 

a* Sur mes prétendues liaisons avec Dnmouries ; 

3* Sur mon Toyage dans la Belgique. 

J'ai répondu d'avance dans mon Mémoire, et je n'ai dit 
que la vérité. 

La vérité que j'ai dite est confirmée par l'examen de mes 
Papiers contenus dans un carton remis aux Administra- 
teurs de la Police, lors de la levée des scellés posés à mon 
domicile. 

Ces Administrateurs n'y ont trouvé que des livres de 
compte relatifs aux Appointements des comédiens et à des 
frais de voyage de Bruxelles, 

Des mémoires adressés au Conseil Exécutif pour en 
obtenir des indemnités, à raison des pertes que ce voyage 
m'a fait éprouver. 

Enfin une correspondance qui, bien loin de m'aecnser, 
atteste mon civisme. 

Cependant, sur rapport, mon affaire a été envoyée au 
Comité de Sûreté générale. Je m'attendais à être rendue 
sur-le-champ à la liberté et à une entreprise immense, à 
laquelle est attachée la fortune de plusieurs citoyens irré- 
prochables. 

Mais les représentants du Peuple sont justes, et ma cause 
est en sûreté dans leurs mains. Je crains seulement les 
lenteurs et les malheurs qui peuvent en résulter pour les 
bailleurs de fonds, les créanciers^ les fournisseurs, et pour 
cinq cents artistes, à la veille d'être confondus avec moi 
dans une ruine commune. 

Je ne te demande donc qu'un prompt examen, et tu 
éprouveras, j'en suis sûre^ le besoin de secourir l'innocence 
opprimée. 

Salut et fraternité. 

Montahsier. 



60 THBATBB If ATIOHAL 

Pas plus qne la première, cette adjuration n'eat 
d*effet. Comprenant qu'elle n'avait à attendre de la 
g'rande Assemblée qu'une indifférence complète, la 
captiye provoqua, de la part des g^ens intéressés au 
sort de ses deux théâtres, l'envoi à d'autres influents 
d'une pétition qui, sous une apparence de liberté 
morale, plaidait sa cause et celle de Nœuville. Elle 
était conçue en ces termes : 

Ia» Citoyens arti»te$ de» Thààiret National et de la Mon^ 
tagne (i>, amx Citoyen» Représentants du Peaple formant le 
Comité de surveillance et Sûreté générale. 

Ldirtb, RÎPfmuQUB, Goutehtioic ou la. Mobt. 

Brayes Montagoards, 

Quatre cent dix sans-calottes artistes do Théâtre National, 
la plupart pères de famille, dont Tezistence est anie à celle 
de douze cents citoyens qne lears talents font vivre, vien* 
nent avec confiance réclamer des dignes Montagnards, 
formant le Comité de sûreté générale, l'intérêt paternel 
qu'ils portent à tontes les classes dn peaple français. 

La détention de nos direclenrs Nœuville et Montansier 
nons froisse entre l'honneor de tenir nos engagements avec 
enx, et notre existence qni se trouve compromise si leur 
captivité se prolonge. Abandonnés à nous-mêmes, discré- 
dités par l'incarcération de nos entrepreneurs, nous avons 
cependant constamment consacré une partie de nos faibles 
recettes aux dépenses énormes qu'exige la représentation 
des grands ouvrages révolutionnaires. L'autre a été scrupu- 
leusement partagée entre les ouvriers et cette portion d'ar- 
tistes dont la modicité des honoraires ne peut laisser sup- 
porter le moindre délai. La majeure partie de la troupe est 

(1) Le Théâtre Montansier, dn Palais-Rojal, atait, le 98 noTembre 
1793, plis ce nom par calcul. 



THBATRB NATIONAL 6i 

en arrière de cinq mois d'appointemeoU, et, ce qui ajoute 
encore à sa situation déplorable, c'est l'incertitude de son 
sort à Tenir. Ce que l'on appelle en terme de théâtre aimée 
comédienne expire dans peu de jours. A cette époque tous 
les engagements des artistes se renouvellent, et c'est l'ins- 
tant où ceux qui ne sont pas placés d'avance dans les spec- 
tacles des départements cherchent et trouvent de l'emploi 
jusqu'au i**" floréal ; ce terme expiré, on est exposé à rester 
toute l'année sans aucune place. 

Pleins de respect et de confiance pour les mesures révo- 
lutionnaires, et bien loin de rien préjuger des motifs de 
l'arrestation de Nœauiile et Monianeier, nous ne venons pas 
▼ous demander leur grâce. Innocents, nous nous réjouirons 
de la justice qui leur sera rendue ; coupables, nous maudi- 
rons en eux les ennemis de la chose publique. Nous vous 
prions seulement, citoyens, d'ordonner le prompt examen 
de leur affaire, puisque le sort présent et à venir de douze 
cents sans-culottes en dépend. 

Nous ne vous rappellerons point, braves Montagnards, le 
patriotisme de notre théâtre ; il fut un devoir trop cher à 
nos cœurs pour nous faire un mérite de l'avoir rempli. 
Pénétrés des obligations de notre état en connaissant l'im- 
portance du poste où la République nous a placés, nous y 
consacrerons nos talents à propager sans relâche les prin- 
cipes révolutionnaires, et jurons unanimement de mourir 
s'il le faut pour la République en défendant les lois que 
vous décrétez pour son bonheur. 

Vive la République une et indivisible, vive la Mon- 
tagne I 

Les Commissaires nommés par la troupe : 

L.-C. Lagavx, Walvilli, AaiCAHo VxaTBUiL, Laboaib, 
BoNNBT-BoincBviLLB, Gallit, A&mand Rotat, Amiil, 
Lamotts, Platkl, Poissim, Luchard. 

Cette requête collective n'amena aucun changée- 
ment dans la situation des prisonniers. Satisfaits 



02 tr^àtrb national 

néanmoins d'avoir accompli leur devoir, les acteurs 
du Théâtre National se remirent à la tâche en espé- 
rant des temps meilleurs. 

i6 ventôse (6 mars) : La Métromanie, comédie en 
5 actes, en vers, par Piron (du Théâtre-Français), avec 
Mole dans le rôle de Damis. Mlle Devienne qui, arrêtée 
avec ses camarades du Théâtre-Français, avait été 
élargie le 29 janvier par la protection de Vouland. 
membre du Comité de Sûreté générale et de Gévaudan, 
entrepreneur de charrois pour les armées, débuta le 
même soir, au Théâtre National, par le rôle de Lisette 
dans la pièce de Piron, et celui de Lisette encore dans 
Les Folies amoureuses. Il lui était alloué i5.ooo livres 
d'appointements. 

21 ventôse (11 mars) : Mole joue Tartuffe, ayant à 
ses côtés, dans le rôle de Dorine, W^^ Devienne, qui 
fait ensuite Gotte dans La Gageure imprévue. 

23 ventôse (i3 mars) : La JouRNis ds l'Amour, diver- 
tissement anacréontique en i acte, par Gallet, musique 
de Mengozzi. 

S'échappant des bras de Psyché qu*il quitte toujours 
avant l'aurore, l'Amour cherche sur la terre un site agréable 
pour y passer la journée. Du haut des airs il plane avec 
Zéphyr, son fidèle compagnon, quand l'aspect riant d'une 
campagne les invite à interrompre leur course. L'Amour y 
fait un bouquet et charge Zéphyr de le porter à son épouse. 
Resté seul, il voit avec plaisir qu'en la contrée où l'a jeté 
le hasard son culte est en honneur. Les habitants, dont les 
mœurs sont celles de l'Age d'or, lui ont élevé un temple 
orné chaque jour de nouvelles guirlandes et sous le parvis 
duquel les amants se jurent une éternelle tendresse. Mais 
un chasseur rebelle à l'amour veut renverser ce temple ; 
le dieu, plus fort, le perce d'un -trait, et celle qu*il aime. 



THBATRE NATIONAL 63 

jadis cmelle, ne tarde pas à deyenir sensible. Satisfait 
d'ayoir étenda son empire, l'Amoar, au retour de Zéphyr, 
remonte dans TOIympe, regretté des bergers que par ses 
faveurs il console de son trop prompt départ. 

Action presque nulle, scènes peu liées entre elles, 
mais frais tableaux que fit applaudir Texécution 
brillante des citoyens Didelot, Laborie, Rochefort, 
des citoyennes Rose, Rochefort et Simonneau, cette 
dernière débutante. 

ler germinal (ai mars) : Pour le Pbuplb, en réjouis- 
sance de la conspiration découverte, Les Montagnards y 
La Parfaite égalité et La Fête civique ; 

12 germinal (i«f avril) : Mole joue Eraste, dans Le 
Dépit amoureux, avec Ml l^^ Devienne comme Marinette; 

]8 germinal (7 avril) : Concert en deux parties, dans 
lequel chantent la C^^ Balassé et le G. Mengozzi ; on y 
entend successivement sur le violon les CG. Kreutzer 
et Rode, sur le piano le G. Hermann, et sur le cor le 
G. Punto ; 

21 germinal (10 avril) : Le Cocher supposé^ comédie 
en I acte, par Hauteroche (du Théâtre -Français). 

21 germinal (10 avril) : Wuizsl ou Le Magistrat du 
peuple^ opéra en 3 actes, par Fabien Piliet, musique de 
Ladumer. 

Wenzel CC. Micallbv. 

Valcour César. 

Noramberg Lbvassbor. 

Le général français . . . Julur. 

Sophie C"^ ViRTBUiL. 

Justine Tisserand. 

L'armée française et l'armée autrichienne vont se rencon- 



64 THÉÂTRE NATIONAL 

trer loos les mura de Spire, Tille libre. Les Français som- 
ment les habitants de se déclarer, promettant leur alliance 
et la liberté s'ils refusent la garnison qu'a offerte le c^ou- 
yemement autrichien. Le Sénat et le peuple, intimidés par 
la présence du général Noramberg, chargé de la proposition 
allemande, ne savent quel parti prendre. Seul Weozel, séna- 
teur estimé, a le courage de dire hautement qu'accueillir 
les troupes autrichiennes serait un acte impolitique et dou« 
blement contraire aux intérêts de Spire. Donner entrée k un 
tyran, c'est s'engager d'avance à recevoir la loi qu'il lui 
plaira d'imposer, tandis que les Français, n'ayant pris les 
armes que pour s'affranchir, ne peuvent être soupçonnés de 
vouloir confisquer la liberté des autres. Malgré les efforts de 
l'honnête magistrat, le Sénat investit Noramberg du com- 
mandement de la place. Wenzel, que le général autrichien a 
vainement essayé de séduire en offrant d'épouser sa fille 
Sophie, fiancée à Valcour, officier français, est bientôt 
arrêté et condamné à mort. Cependant le peuple, qu'éclaire 
la résistance même de Wenzel, s'assemble et, surexcité par 
un orateur patriote, se porte aux arsenaux pour s'armer 
contre les Autrichiens. De leur côté les Français, avertis du 
danger que court Wenzel par Sophie, qui a pu quitter Spire 
sous un habit d'emprunt, attaquent énergiquement la ville. 
Pris entre les assaillants et .les révoltés, les Autrichiens 
mettent bas les armes. Nos soldats fraternisent alors avec 
les Spirois, et Wenzel, délivré, unit Sophie à Valcour, qui a 
tué Noramberg d'un coup de pistolet. 

Les scènes de cet ouvrag'e sont bien coupées, et 
leurs détails ne manquent ni de piquant ni d'ing'é- 
niosité. Soutenu par une partition savante autant 
qu'originale, il rallia touâ les suffrages. C'était le 
début au théâtre des deux auteurs, très jeunes, et 
que le public demanda pour les récompenser par 
des bravos. 

Des pièces patriotiques ayant pour titres: Le Siège 



TH^ATRB NATIONAL 65 

de Granoiilet Marat aux Champê^Elytéeê^La Jour^ 
née du lo août, Le Faux patriote^ Ils sont libres 
enfin, L'Envoyé du Saint-Père, étaient à l'étode 
pour succéder à Wenzel qoaody ju|S|peaDt venue 
l'heure d'une complète mainmise, Robespierre fit 
voter par ses bons collègues les mesures suivantes : 

Du S7 g^erminal, 
i'an II de U Répabliqoe française. Une et Indivisible. 

Le Comité de Saint public arrête ce qui suit : 

I* L'arrêté du ao ventôse est rapporté ; 

20 i^ gpectade de l'Opéra sera transféré sans délai an 
Théâtre National, me de la Loi ; 

3* Le spectacle du Théâtre National, rue de la Loi, sera 
transféré sans délai au Théâtre du faubourg Germain ; 

4* Il sera nommé des commissaires pour régler les frsis 
nécessaires à la translation et les indemnités légitimes, 
ainsi que pour préparer au Comité le trayail sur la liqui- 
dation soit des propriétaires, soit des créanciers de ces deux 
spectacles. Ils feront leur rapport incessamment. . 

CoLUxr d'Hbbbois, Rouspierrs, Caruot» Billaitd- 
YARBificB, CofrrHOM, C.-A. PniBun. 

En vertu de cet arrêté, notifié le lendemain, le 
Théâtre National donna, le 3o g'erminal (19 avril), 
sa dernière représentation composée de Wenzel, du 
Retour du mari^ joué par Mole, et de La Journée 
de t Amour. 

La translation de TOpéra, nécessitant divers tra- 
vaux, demandait un plus long* délai ; ce fut le 
20 thermidor seulement (7 août, vieux style) que, 
sous le nom de Théâtre des Arts, on Tinstalla rue 

5 



66 THBATRE NATIONAL 

de la Loi. A cette date, par malheur, ni Hébert, ni 
Chaamette, ni le mélomane Robespierre ne purent 
assister au succès final de leur commune gredinerie : 
ils avaient, Tun après l'autre, péri sur Téchafaud où 
étaient montées, ^rAce à eux, des centaines d'inno- 
centes victimes ( . . . 

Le personnel du théâtre fermé n'entendait point 
être ruiné par la mesure qu'on lui avait imposée. 
S'autorisant des mots qui promettaient, comme 
suite, de légitimes indemnités, les commissaires 
nommés par les acteurs rédig'eaient, six jours après 
leur éviction, cette revendication très nette : 

Aux Représentants du Peuple composant le Comité 

de Salut Public. 

Liberté — RipuBLiQci — Convention — ou la Mort. 

Braves Montagnards, 

Les artistes du ThéAtre National, ci-devant rae de la Loi. 
pour obéir aux ordres du Comité de Salut Public^ ont faii 
décadi i«' floréal la clôture de leur théâtre et suspendu 
leurs travaux. 

La translation des décorations et effets a commencé 
tridi troisième jour de floréal et successivement les jours 
suivants. 

Les commissaires nommés par les artistes de ce théâtre 
ont remis hier matin au citoyen Babille le compte exact des 
sommes dues jusqu'au i*' floréal aux artistes et ouvriers en 
tous genres attachés au ThéAtre National. 11 se monte à la 
somme de 169.660 livres pour le passif, sans préjudice des 
justes indemnités qu'ils ont encore à prétendre d'après les 
clauses de leur engag^ement, comme créanciers de l'entre- 
prise. 

Cette somme de 169.660 livres est le juste salaire d'artistes 



THBATRB NATIONAL 67 

-sans-culottes qai depuis plasieura mois langaissent dans 
Tattente d'un paiement, fruit légitime de leur labeur. Ils se 
reposent tous en la justice et l'humanité des Braves Monta- 
gnards composant le Comité de Salut Public sur l'urgence 
de pourvoir le plus promptement possible à l'existence de 
quatre cents artistes et ouvriers presque tous pères de 
famille qui, depuis la clôture de leur théâtre, sont assaillis 
d'une part par des créanciers alarmés de la suspension de 
leurs travaux et plus encore par l'impossibilité de pouvoir 
fournir à leurs besoins d'existence, ayant épuisé jusqu'à ce 
jour tontes Jeurs ressources sans pouvoir y suffire. 

Ils vous représentent. Braves Montagnards, qu'il serait 
malheureux autant qu'impossible à eux d'attendre jusqu'à 
la liquidation entière de tous les objets de créances concer- 
nant le Théâtre National dont les entrepreneurs et fournis- 
seurs ne sont pas à beaucoup près aussi pressés qu'eux. Les 
paiements de ces derniers pour arriver à l'apuration de leurs 
comptes peuvent nécessiter un travail beaucoup plus long 
puisqu'il est infiniment plus considérable, tandis que la 
créance des artistes étrangers à la leur est le fruit d'un 
travail journalier qu'ils consacrent à leurs besoins comme 
à ceux de leurs enfants. 

Ils observent encore que leur translation dans un quar- 
tier totalement opposé à celui qu'ils habitent en ce moment 
va leur imposer l'obligation de payer leurs créanciers, de 
nouveaux loyers et autres frais relatifs au déménagement 
de quatre cents familles, que cette mutation doit être 
prompte afin de pouvoir ensuite s'adonner entièrement à 
l'étude des ouvrages révolutionnaires qu'ils se proposent 
d'offrir aux Républicains dans le nouveau local que l'on pré- 
pare. 

Les vérifications des créances des acteurs et les titres qui 
les constatent sont entre les mains du citoyen Babille ; un 
travail de peu de jours suffit pour en faire l'apurement. 
Daignez donc, Citoyens Représentants, jeter un coup d'œil 
paternel sur la cruelle nécessité à laquelle ces artistes sont 
réduits, leurs besoins pressants, ceux de leurs familles ; ils 
remettent leur sort entre vos mains et, pleins de confiance 



70. THiATRB NATIONAL 

Aax Citoyen* compoiant ia Commiaion Populaire, 

Je me nomme Marguerite Brunet-Montansier, âgé de cin- 
quante et tant d'années, domiciliée Maison Egalité n* 8a, 
directrice de spectacles depuis près de trente ans. 

J'ai été arrêtée la nuit du a4 au a5 brumaire, au retour 
de la cérémonie faite en l'honneur de l'immortel Marat, pour 
laquelle le rassemblement s'était fait à notre Théâtre 
National rue de la Loi, et où nous avions conduit tous nos 
camarades pensionnaires, au nombre de près de cinq cents 
qui, pour la plupart, y étaient employés, et où j'avais 
passé toute la journée. Ça été par un mandat d'arrêt de la 
Commune, sur les calomnies atroces insérées dans le n*3io 
du Père Dnchéne et dans le réquisitoire de Ghaumette, tous 
deux reconnus pour des scélérats. J'ai été conduite d'abord 
à la mairie, ensuite à la Petite-Force, où je suis encore 
depuis plus de sept mois. J'ai été conduite chez moi, pour 
la levée de mes scellés, l'examen le plus scrupuleux de 
mes papiers y a été fait ; quelques jours après j'ai été 
reconduite à la mairie où j'ai été interrogée, et je me suis 
pleinement justifiée avec les pièces à l'appui ; les actes no- 
tariés y ont été portés ensuite par les notaires. Les papiers 
qui ont été pris chez moi sont déposés au Comité de Sûreté 
générale avec' les interrogatoires et le rapport du Citoyen 
Administrateur qui me les a fait subir ; j'ai répondu par 
mon Mémoire imprimé, ci-joint, à toutes les calomnies, à 
la supposition atroce que nous n'avions fait bâtir le Théâtre- 
National qu'avec l'intention de mettre le feu à la Bibliothè- 
que, ce comble d'horreur est si bien reconnu, et toutes les 
autres doivent l'être de même, que l'Opéra va y être trans- 
féré. Toutes^ les calomnies que Chaumette et Hébert ont for- 
gées contre moi sont dans le même genre, aussi atroces, 
aussi absurdes les unes que les autres, et je ne connais pas 
d'autres dénonciateurs, je ne crois pas même qu'il soit pos- 
sible que j'en aie d'autres, à moins que ce ne soit quel- 
qu'un de leurs complices. 

Mes relations, mes liaisons avant et depuis la Révolution 
ont toujours été avec des auteurs, des artistes dont la plu- 



TWATRB NATIONAL 7f 

part sont nos pensionnaires, et arec des fournissenrs, des 
actionnaires, des créanciers, le toat relativement à nos 
entreprises. 

An mois de juillet 178g. je partageais si réellement les 
sentiments patriotiques du citoyen Nœuville, que je me ren- 
dis à ma section, même pendant la nuit et k l'époque la 
plus instante de la Réyolution, et que j'y ai attendu son 
retour pendant plusieurs heures pour jouir du résultat des 
opérations dont le comité l'avait chargé ; tout le comité de 8g 
et tous les bons citoyens qui étaient alors à la tète de la 
section peuvent en rendre témoignage. 

£n septembre les ci-devant gardes vinrent me demander 
notre salle de Versailles pour y donner un repas, je la leur 
refusai et j'appris, ensuite, que ce repas se donna dans la 
^ande salle du chAteau, et qu'il fut suivi d'une orgie qui 
«mena les glorieuses journées des 5 et 6 octobre. 

Au mois d'octobre, lorsque les braves Parisiens se rendi- 
rent à Versailles, ma salle leur fut offerte et ouverte pour 
leur servir d'asile, ils y passèrent la nuit et on leur pro- 
cura toutes les subsistances possibles, et même des amuse- 
ments, car ils eurent aussi des violons. 

A la fuite du Tyran nous eûmes horreur de sa trahison, 
nons le dtmes hautement et nous n'avons cessé de le répé- 
ter depuis. 

A sa mort j'étais k Bruxelles, où je m'étais rendue avec la 
plus grande partie des artistes de notre troupe, conformé- 
ment k un arrêté du Conseil Exécutif, pour y propager les 
bons principes par les représentations des pièces révolu- 
tionnaires, mission que nous avons remplie avec toute 
l'ardeur et le patriotisme de vrais Républicains. J'en 
appelle au témoignage des députés de la Convention Natio- 
nale, des Commissaires du Pouvoir exécutif et de tous les 
bons patriotes qui étaient alors k Bruxelles. Je n'ai eu liai- 
son^ dans ce pays, qu'avec nos artistes ; plusieurs logeaient 
dans ma même maison et nous nïangions ensemble. Ce fut 
à la suite et en réjouissance de la mort du Tyran que, tous 
les patriotes réunis, nous coupAmes les portraits, c'est-à- 
dire les têtes de Marie-Thérèse, mère de la scélérate Marie- 



72 THBATRB NATIONAL 

Antoinette, et dn tyran Joseph, son frère ; nons ies enioji- 
mes anz Jacobins, arec nne adresse que j'ai sig^née ainsi qne 
tons les bons patriotes ; je n'ai point si^né d'antre pétition 
ni d'antre arrêt. 

A la trahison de rinfâme Dnmonriez, je fus obligée de me 
sauTer précipitamment avec mes camarades ; quelques heu- ! 
res plus tard, nous eussions été pendus par les Autrichiens ; ' 
je fus donc forcée de me sauver et d'y abandonner un maga- I 
sin considérable que j'y avais fait apporter et une fort I 
belle montre que j'y ai laissée en gage ; plusieurs de mes ^ 
camarades furent obliges d'y laisser aussi de leurs effets : ! 
nous y avions joué, la veille, la Pri$e de la Boêlille. 

De retour à Paris, je rendis au Pouvoir exécutif le compte 
des recettes et dépenses, avec les pièces justificatives à l'ap- 
pui, et, pour en diminuer le déficit, je portai en recette les 
a5.ooo livres qui m'avaient été données en secours, en 179a, 
comme à plusieurs autres spectacles de Paris. Je n'ai point 
inséré ce trait dans mon Mémoire imprimé, mais il est aisé 
de s'en assurer par le compte que j'ai rendu et les reçus 
que j'ai donnés. 

Les comptes des recettes faites aux spectacles, les frais 
journaliers du théAtre, ont été arrêtés à Bruxelles par les 
Commissaires du Pouvoir exécutif qui avaient ordre d*y 
veiller ; je n'étais donc qu'un être passif pour cet objet. 

Pour ne point abuser des moments des membres de la 
commission, en traçant en double les mêmes faits, j'ai écrit 
au citoyen Nœuville d'insérer, dans sa série, ce que nous 
avons eu le bonheur de faire conjointement, pour la Révo- 
lution, ainsi que notre position avant et depuis la Révo- 
lution. 

Hébert et Chaumette, ces deux scélérats ennemis de tous 
les bons patriotes, m'ont calomniée et fait jeter dans les fers 
oii je suis depuis plus de sept mois; mon Mémoire imprimé, 
ci-joint, répond au roman d'impostures qu'ils ont eu la 
cruauté de fabriquer contre moi, et j'espère que mes juges, 
instruits de la pure vérité, vont enfin me rendre à la 
Liberté. 



THBATRB HATIONÂL 73 

Fait en la maison d'arrêt de la Petite-Force, ce aS prairial, 
Tnn II de la Répnbliqae une et indÎTiaible. 

MoiiTAMaun. 

Il eût été difficile, certes, à l'aDcienDe protégée 
de la cour, de montrer plus d'habileté, d'indépen- 
dance de cœur dans ce plaidoyer dont elle avait sans 
doute espéré le succès ; malheureusement pour elle, 
les commissaires implorés prenaient, avant toute 
décision, l'avis des membres du Comité de Salut 
public, comité qui lui-même obéissait au moindre 
mot de Robespierre; aussi donnèrent-ils, par leur 
complet mutisme, le droit à la directrice de mau- 
dire, avec une énergie nouvelle, les magistrats 
bizarres qui ne voulaient ni l'élargir ni la mettre en 
jugement. 

Elle eût pu pourtant savoir gré, à celui qui l'avait 
spoliée, de ne pas faire le geste qui, en envoyant à 
la mort un couple décrié, l'eût débarrassé de plain- 
tes agaçantes en lui enlevant pour Tavenir la 
crainte de toute réparation. C^est par la guillotine 
que Robespierre faisait résoudre les difficultés per- 
sonnelles ou publiques ; il y mettait du zèle, car, en 
l'été de 1794» le couperet fatal n'abattit pas moins de 
soixante têtes par jour. C'était trop, et, craignant 
d'être eux-mêmes victimes de cette rage sanguinaire, 
les partis modérés de la Convention se coalisèrent 
pour anéantir le rhéteur-bourreau. Mis le 9 thermi- 
dor (27 juillet) hors la loi, Robespierre fut exécuté le 
lendemain, avec son frère, Couthon, Saint-Just et 
dix-sept autres terroristes. 



74 THEATRE NATIONAL 

La satisfaction fut grande dans Paris, surtout 
dans les prisons où les suspects, rassurés, entonnè- 
rent des cantiques. Ils ne furent pas, toutefois, libé- 
rés aussi vite qu'ils Tavaientpu croire. Pour la Mon- 
tansier et Nœu ville, par exemple, la mort de 
Robespierre eut comme seule conséquence immé- 
diate leur transfert de la Petite-Force au Collège du 
Plessis, attenant à Louis-le-Grand . Gela n'était pas 
pour les satisfaire ; aussi, ressaisissant la plume, 
M}^ Montansier dédia-t-elle bientôt à Colombel, 
secrétaire du nouveau Comité de Sûreté générale, 
cette troisième supplique : 

Maison d'arrêt Egalité, ci-devant collège 
dn Plessis, ce i8 fructidor, l'an II de 
la République. 

Citoyen Représentant, 

Je ne te connais que de réputation et cela me suffit pour 
être sûre que tu écouteras fayorablement les cris de l'inno- 
cence opprimée. 

Depuis dix mois je languis dans les fers par suite des 
calomnies aussi absurdes qu'atroces des Ghaumette et 
Hébert qui m'accusèrent, au Conseil général de la Commune^ 
d'ayoir fait bâtir le Théâtre National, rue de la Loi, avec des 
fonds de Pitt et de la Liste civile, dans le dessein de mettre 
le feu à la Bibliothèque, et décernèrent en conséquence un 
mandat d'arrêt contre moi qui fut mis à exécution dans la 
nuit du 94 au s5 brumaire. 

Le citoyen Nœuville a été arrêté dans son lit, la minute 
d'après^ sans aucun mandat d'arrêt, sur le seul motif d'une 
porte de communication de mon logement au sien. 

Il y a près de huit mois que nous avons été interrogés par 
le même Administrateur de police. Nos réponses, appuyées 



THBATRB NATIONAL 75 

« 

de pièces d'autant plus justificatires qae le citoyen Rouen, 
notaire, apporta lui-même les minutes de tous les actes 
<1 'emprunts et de sommes fournies pour cette construction ; 
nos réponses, dis-je, firent connaftre toute la fausseté, toute 
l'absurdité de l'accusation. 

Le rapport en fut fait dans le temps à l'Administration de 
police ; mais cette Administration, composée alors de plu- 
sieurs complices de ces deux scélérats, n'osa pas contrarier 
leurs desseins perfides en nous rendant la liberté qui nous 
était due ; elle renvoya le tout au Comité de Sûreté géné- 
rale où sont toutes nos pièces. 

Les affaires majeures dont le Comité de Sûreté générale a 
été surchargé, les factions, les conspirations, la tyrannie 
des Triumyirs ne lui ont pas laissé le temps de s'occuper 
des affaires particulières ; mais les traîtres ont été déjoués 
et punis par l'énergie de nos dignes Représentants ; l'allé* 
grosse est dans tous les cœurs, l'espoir renaît dans celui des 
innocents opprimés. Remplis le nôtre en faisant rendre 
justice, et conséquemment la liberté, à deux victimes de la 
calomnie et de l'oppression qui ont donné, dans tous les 
temps et dans toutes les occasions, des preuves de leura 
sentiments patriotiques et révolutionnaires. 

Salut et fraternité. 

MONTAlCSIBa. 

Le programme de la Convention s'était trop mo- 
difié pour que ses ag'ents osassent mépriser la 
dénonciation d'un abus. Colombel donc fit une 
enquête, dont le résultat naturel fut un arrêté ordon- 
nant l'élargissement de la réclamante et de son 
associé. 

Libérés le 3o fructidor (i6 septembre), M^*' Mon- 
tansier et Nœuville étudièrent d'abord leur situation. 
Le théâtre de la Montagne, assez prospère, était en 
outre bien noté par suite de l'attention qu'il avait eue 



76 THBATRB NÀTIOHAL 

de glisser dans son répertoire des pièces ultra- 
républicaines ; on n'avait donc qu'à le maintenir 
dans la voie où il trouvait profit en même temps 
que sécurité. 

Le Théâtre National, lui, était devenu le sièg'e 
officiel de l'Académie de Musique, qui l'avait 
modifié à sa guise, s y trouvait bien et ne mani- 
festait aucune velléité de restitution. Pas plus que 
M^** Montansier, Nœuville pourtant n'entendait que 
d'autres récoltassent où ils avaient semé : on leur 
rendrait la salle ou on les indemniserait dans des 
proportions telles qu'ils pussent au moins se libé- 
rer des dettes accumulées pendant leur illégale 
captivité. Dès qu'ils eurent reconquis leurs papiers, 
déposés aux archives du Comité de Sûreté générale, 
on les vit commencer la plus active comme la mieux 
justifiée des campagnes. 

Voici, dans son intégralité, le premier des Mémoi- 
res rédigés par les réclamants sous ce titre : Les 
Propriétaires du Théâtre National à la Conven- 
tion Nationale^ et portant la date du 20 frimaire 
an III (10 décembre 1794) (0 *• 

Léfislateara, 

Nous yenons, devant vous, nous plaindre d'attentats por- 
tés à la liberté individuelle et aux droits sacrés de pro- 
priété. Nous vous dirons comment on a foulé aux pieds 
tous les principes pour nous dépouiller ; nous vous parle- 
rons avec franchise, avec confiance, vous nous écouterez avec 
intérêt. 

(t) Noos le eopioBS sur I*feiitographe, qui présente avec rimpriné 
diverses variantes. 



THÉATRB NATIONAL 77 

Noas sommes, d'après des actes aothentiques, incontesta- 
bles, êeals propriétaires du spectacle National établi rue de 
la LfOi. Tout ce que nous avions de fortune et de crédit a été 
employé pour élever, dans le plus beau quartier de cette com- 
mune, le plus bel atelier que l'on ait encore ouvert aux arts. 

JLa jalousie n'avait pas vu sans inquiétude s'élever €e 
monument ; l'intrigue le convoitait : à peine était-il ouvert 
que la calomnie le fit fermer. 

Pour s'emparer plus facilement du spectacle, on nous 
incarcéra, nous propriétaireê. Nous sommes libres enfin, 
après onze mois de captivité ; nous sommes dispensés de 
prouver que notre détention fut injuste, mais, si l'on pou- 
vait en douter, il suffira de dire qu'une dénonciation 
d'Hébert, qu'un réquisitoire de Chaumette ont été les seuls 
naotifs de notre incarcération. 

Un bruit sourd avait précédé notre emprisonnement, ce 
bruit avait atteint une nouvelle consistance lors des pre- 
miers jours de notre captivité : quelques hommes avaient le 
projet de s'emparer de noire salle et d'y placer l'Opéra. 
Pouvions-nous croire à un pareil attentat ? Et cependant, à 
peine sommes-nous incarcérés que, foulant aux pieds toute 
justice, toute pudeur, sans nous appeler, sans nous consul- 
ter, regardant déjà notre propriété comme un héritage, par 
un arrêté de l'ancien Comité de Salut public dus? germinal 
qui n'est pas soumis à la sanction de la Convention, ces 
mêmes hommes s'emparent de notre théâtre, y transfèrent 
les artistes de l'Opéra, envoient au faubourg Germain les 
artistes du théâtre de la rue de la Loi, et n'accordent que 
trois jours pour un déménagement qui exigeait plusieurs 
décades ; on prend nos magasins, on prend aussi ceux du 
théâtre maison Egalité qui nous appartient, et l'on enlève 
même à celui de Versailles plusieurs de nos décorations. 

Il est impossible, dans une adresse, de donner un aperçu 
des pertes énormes qui ont été la suite de cette violation de 
tous les principes, de tous les droits, de cet assaut donné 
à nos propriétés et di| pillage qui a suivi l'assaut. 

Aujourd'hui les constructeurs, les fournisseurs et tous 
ceux qui avaient pris des termes avec nous, nous assiègent 



78 THÉAtKB NATIONAL 

à lenr toar ; nos immeubles sont saisis réellement, nos 
meubles vont être exécutés ; des ennemis sourds ont empoi- 
sonné l'opinion publique sur notre compte, et lorsque la 
liberté nous est rendue, nous n*avons pas même de quoi 
payer nos premiers besoins. 

Mais notre droit» votre justice nous soutiennent. Nous 
venons réclamer aujourd'hui contre tout ce qui s'est fait à 
notre préjudice et conséquemment au préjudice de nos créan- 
ciers ; et certes la Convention l'ij^^nore. Nous venons, armés 
de cette déclaration des droits, que des séditieux ne voile- 
ront plus, que des tyrans ne mettront plus en oubli, armés 
de cette sublime adresse qui assure au peuple les vrais 
trésors de la liberté, nous venons vous demander justice; 
nous venons réclamer nos propriétés. 

Mais, Lég^islateurs, en nous les rendant simplement, cette 
justice ne serait pas complète. La non-jouissance nous a 
fait perdre la confiance g;énérale ; en coupant les canaux de 
notre industrie on a tué notre crédit. Nos créanciers souf- 
frent de nos délais ; il est de notre devoir de les calmer, de 
les satisfaire et, sans les vexations exercées sur nos per- 
sonnes et nos propriétés, nous l'eussions fait. Ainsi, à cette 
dégradation du local, à cet enlèvement des magasins de 
tonte espèce, à cette désorganisation totale d'une grande 
machine, enfin à tous ces maux réels^ il faut un remède : il 
ne nous appartient pas de l'indiquer ; c'est à vous, Législa- 
teurs, à prononcer sur les remboursements dus et sur les 
justes indemnités qui nous deviennent nécessaires, indis- 
pensables, pour rentrer dans une activité dont nous n'avotfs 
été privés que par la tyrannie. 

Notre cause fixera sans doute l'attention de la Convention 
Nationale ; nos droits sont trop légitimes pour ne pas espé- 
rer qu'enfin vous nous affranchirez totalement des fers dont 
nous avait accablés un pouvoir arbitraire et tyranniqne, et 
que vous pèserez^ dans votre sagesse, le jugement qui doit à 
jamais fixer nos espérances et notre sort. 

Vive la République I Vive la Convention Nationale ! 

BOUHDOH-NCBUVILLB, BnuifiT-MoNTANsna. 



THBATRB NATIONAL 79 

Cette requête, appuyée d'ane consultation juridi- 
que signée Verteuil, fut renvoyée par la Convention 
à ses comités d'Instruction publique et des Finances. 
Au nom de ces derniers. Ramel fit, le a3 frimaire 
(i3 décembre), un rapport dans lequel étaient éva- 
luées à sept millions les réclamations de Nœu ville et 
de M^i® Montansier. 

— « Sept millions pour un théâtre, s*exclama 
Bourdon, de l'Oise, on aurait à ce prix une escadre 
de sept vaisseaux ! > (i). 

L'Assemblée reconnut qu'en principe un dédom- 
mag'ement était dû aux pétitionnaires, mais ajourna 
sa décision sur le montant même de la somme à 
allouer. 

Elle eût, comme éléments d'appréciation, pu pren- 
dre deux pièces recueillies plus tard par nos Archi- 
ves. L'une, provenant de Babille, liquidateur nommé 
lors de la fermeture du Théâtre National, estimait à 
2.800.000 livres les constructions faites par l'entre- 
preneur Mouchonnet, et attribuait aux machines, 
décorations, habillements, glaces, etc., une valeur 
de 600.000 livres. L'autre, établie à la même date 
par un comptable, donnait de l'entreprise Tidée la 
plus exacte en précisant les sommes dont la g>re- 
vaient trois troupes distinctes. Ce dernier document 
offre trop d'intérêt pour que nous ne le reprodui- 
sions pas en entier. 



(1) Un anonjrme reprit le mot de Bourdon ooinine titre de eette bro- 
chare actuellement introuvable : Bncore sept milliona pour le Grand 
Opéra ? Ça, ne prendra pas : rendez la $aUe à Montenêier (sic). 



80 



TBBATEI NATIONAL 



Tableau des Artistes tenant au Théâtre National 

Tragédie et eeméille 

Moié, 1*" rôles en tous genres. . So.ooo livres. 

Grétu, I*" rôles et a** amoureux . 6.000 — 

Valienne, a^ rôles et 3^ amou- 
reux 4* 000 — 

Durand fils, a*" rôles et 3** amou- 
reux 4*ooo — 

Delhorme, pères et raisonneurs . 4>ooo — 

Desrozieiis, idem., et sa fille, en- 
semble 8.000 — 

Caumont, paysans, manteaux, 

grimes 6 . 000 — 

Durand père, a** pères et pay- 
sans a.4oo — 

Verteuil,!*" rôles comiques, etc. 6.000 — 

Walville, comique a.4oo — 

Dublin, arlequins, niais et a** rô- 
les comiques 3. 000 — 

Voisel, grande utilité 3. 000 — 

Vazelle, pères, raisonneurs et ac- 
cessoires 3.000 — 

Belleville, accessoires en tous 

genres a. 000 — 

Chevreuil , accessoires en tous 

genres i . aoo — 

•■""«^"■^^^-^^■^^-^— ^^•^— " 

A reporter 85. 000 livres. 



TBBATRB NATIONAL 81 

Report 85. ooo livres. 

Citoyennes 

Vazelley i^ rôles forts et mères . 6,000 livres. 
Desroziers^ i*" rôles, amoureuses 
et rôles travestis (voyez son 

père) » — 

Walville aînée, jeunes premières^ 

amoureuses, coquettes, etc. . . 5. 000 — 
Bourneuf, 2^^ amoureuses et jeu- 
nes premières 4* 000 — 

Sara, jeunes secondes amou«> 

reuses 3. 000 — 

Mars cadette, ingpénuités .... a . 000 — 

Walville cadette, jeunes rôles . . i . 5oo — 

Devienne, !'•• soubrettes .... iS.ooo — 

Baroyer, id. .... 5. 000 — 

Laborie, a** soubrettes 4* 000 — 

Tisserand, comédie et opéra ... 5 . 000 — 

i35.5oo livres. 

César, i'® haute-contre 8.000 livres. 

Simonaeau, dit Laforest .... 9.000 — 

Canard de Lille 6.000 — 

Cardinal • 3.5oo — 

Julien 3.goo — 

Micallef, !'• basse-taille .... 7.800 — 

A reporter 38. aoo livres. 

6 



82 THAaTHS NÂTIOWât 

Report • . S8. 300 livres. 

Fradelle, a" basse-taille 6.000 — 

Levasseur, id 3. 000 — 

Obj aîné 3 . 000 ^ — 

Rousseau, 3* basse»Udlle .... s. 000 — 
Amiel, i'* taille, concordante pour 

l'emploi des pères 6.000 — 

Dozainville, paysans triviaux et 

niais • . . . . 3. 600 <— 

Vellut, paysans triviaux et niais . 3.5oo — 

Platel, maître des chœurs. . . . a.^oo ^ 

Fournier, id. .... i.5oo -- 

18 choristes pour • i4.aoo — 

Citojf0nHê$ 

Olier-Verteuil, 1'* chanteuse, Du- 

gazon, etc 8 000 *— 

Mézières, i*^ et a** amoureuses . 3 . 000 — 

Tisserand, soubrette et rôles tra- 
vestis (voyez Comédie) .... » — 

De Chièvre, a** amoureuses ... 3 . 000 » 

Balassé cadette, l'^chaoteuao ^our 

le {"enre italien a.4oo — 

Balassé atnée, accessoires et 

chœurs i . 5oo — 

Du Cormier, a*" amoureuses. . . a . 000 — 

Vizentini, i*" duègnes 4 -000 — 

Lacaille, a^ duègues : !.8oo — 

10 choristes, ensemble 8.4oo — 

' * 117.500 livres. 



TMBATBB NATieWÂL 



83 



BmUet 

Gallet, maître de ballets . • • . i a. ooo livres. 

Dideiot, i^i'dansear ao.ooo — 

Laborie iQ.ooo — 

Rochefort S. 0.00 — 

Sevjeste 3 .400 — 

Ducj 3»4oo «^ 

20 fig-urants ou chorypliées, en- 
semble ai. 4^0 — 



Citoyennes 

Rose Paul, i'^^ danseuse. . . 
Goindé (mari et femme). . . 
Aimée Labotière, i*** danseuse 
Rochefort, id. 

Beaujon, id . 

Rosine Simonet, id. 

Coustou iille, a^ danseuse . . 
Solang^e Simonet, id. 
21 figcurantes, ensemble. . . 



ao.ooo — 

12.000 — 

5 . 000 — 

6 . 000 — 

4*200 — 

3 . 200 — 

2 .400 — 

2 «400 — 

20.100 — 

i55.55o livres. 



Orehestre 



Gilbert, maître de musique . 
04 artîfiie«, ensemble . .- . • 



2 . 4oo — 
56.700 — 



59.100 livres. 



84 THEATAB NATIONAL 



Bonneville, régisseur en chef -. . 5.ooo livres. 

Ogper, adjoint . 3.ooo — 

Caumont, caissier, et i commis . 6 . 5oo — 
Beuzart, inspecteur des ouvriers . i .5oo — 
Gardeur, inspecteur des postes. . i . 200 — 
Lalande, contrôleur et receveur . i . 200 — 
Verrier, distributeur de contre- 
marques 900 — 

Boivin, souffleur 1.000 — 

Bourson frères, magasiniers et 

tailleurs 4* 000 — 

Quidor, perruquier, et ses garçons i . 080 — 

Simon, costumier pour le ballet . 2.400 — 

27 . 780 livres. 



Bteapltalatloa 

Tragédie et Comédie 1 35. ôoo livres. 

Opéra 117.500 — 

Ballet i55.55o — 

Orchestre 59 . 1 00 — 

Administration et Employés. . . 27.780 — 

Total. . . 49^ «430 livres. 



THBàTRfi NATIONAL 85 

Nous pourrions gprossir ce chiffre des appointe- 
ments d'artistes à remplacer alors, comme M^^ Lil- 
lié, cantatrice, ou de pensionnaires non présentés 
encore, comme M**« Contât, comédienne, en^aj^ée 
pour deux ans à raison de 6.000 francs la première 
année et 7 . 000 la seconde ; il suffit tel qu'il est à 
prouver que M**« Montansier et Nœuville n'exagé* 
raient pas en qualifiant de grande machine le 
Théâtre National et en évaluant haut le domma^ife 
qui leur avait été causé. 

A très peu d'intervalle, les amants-associés renou- 
velèrent leurs doléances dans un écrit intitulé : 
Dernières observations des propriétaires du Théâ- 
tre National à la Convention Nationale^ et deman- 
dant que cette assemblée décrétât : i* la restitution 
de leur salle ; 2^ le paiement d'une indemnité à fixer 
par arbitres ; 3* la suspension de toutes poursuites 
de leurs créanciers, ou l'avance de Soo.ooo livres. 

Intervint alors un g'roupe de créanciers qui, fai- 
sant cause commune avec l'Opéra menacé, prétendit 
que, leur salle faisant partie du Domaine National, 
Montansier et Nœuville n'étaient plus propriétaires ; 
qu'ils ne l'avaient jamais été^ parce qu'ils n'avaient 
même pas payé de leurs deniers les frais de l'acte 
d'acquisition du terrain ; qu'enfin la solution logi- 
que était la mise en vente de l'immeuble en con- 
teste. 

 cela, l'intéressée principale riposta dans un 
mémoire traitant la question avec tant de méthode 
que, malgpré son ampleur, nous croyons devoir le 
donner sans coupures. 



THBATItB NATIOITAL 



Réfutation des men$onçeê intitulés : Observations sur l'af- 
faire du Théâtre des Arts, rue de la Loi, par les créanciers de 
ce même théâtre. 

Les propriétaires du Théâtre National» roe de la Loi, ont 
deux tAches à remplir. Ils doirent repousser l'impostare et 
ne pas abuser du temps de la Convention Nationale. Ils 
vont tâcher de faire l'un et d'éviter l'autre. 

Avant de eonnatire les obMrvations sur l'affaire du 
Théâtre des Arts, les citoyens Nosuville et Montansier 
avaient prévenii par un écrit que rintrig^e si longtemps 
attachée à leurs pas s'était enfin fixée à un projet bien 
clair, bien déterminé, et irrévocablement arrêté. Ce projet 
consiste à faire de la propriété d'entrepreneurs industrieux 
et utiles Tapanage d'intrus intrigants et envieux. Il est 
décidé que celle-ci et ceux de ses créanciers qui n'auront 
pas concouru à la manœuvre qui doit consommer sa perte 
seront ruinés et voués & la misère. Ce que la citoyenne 
Montansier a précédemment démontré par des raisonne- 
ments, elle Ta le démontrer aujourd'hui par des faits et 
par la eoaduite même des rédacteurs des observations dont 
il est question. 

Il est juste d'observer à la Convention Nationale que les 
hommes qui ont fait distribuer les dites observations sont 
des créanciers et non pas les créanciers du Théâtre National. 
Ils annoncent qu'ils forment une réunion de cinq cents 
pères de famille ; cela sans doute mérité la plus grande 
considération ; mais si par hasard ils en avaient imposé à 
la Convention Nationale, si au lieu de cinq cents pères de 
famille il n'y avait que trois on tout au plus quatre indivi- 
dus, si ces quelques hommes travaillaient à ruiner au con- 
traire les pères de famille dont ils usurpent le nom respec- 
table, que penserait la Convention de cette manoB«vre 9 Ils 
sont à l'abri de tout blâme et de toute poursuite, car ils 
n'ont point signé leurs dites observations. 

Nous ne sommes pas encore entrés dans la discussion, et 
déjà nos adversaires sont convaineos de mcMmigc. Nous 



TIULIlTU MATIOIUL WI 

«lloAs prouver qu'ils en oui imposé, ou qu'ils se sont i^ros- 
sièrement trompés dans chacun de leurs articles. 

Article i*^ des Observaiions 

« HoMiTille et Ifontaosicr sont-ils Baiuteuant proprié- 
lAÎNs de ce théâtre i Non, puiscfoe par on arrêté 4a Goaitté 

de Salut public et un décrat des 97 germinal et #7 Teadé- 
miaire derniers, ce monument est devenu propriété natio- 
nale ; que de fait la Natiaii s'en est mise en possession et y 
a fait des démolitions et des constructions considéra- 
bles. » 

Béfioase 

11 7 A quelque temps le Comité des finances a proposé à 
)a Go#^eBiioB d'adjoindre le dit théâtre à ses donaÎBes et 
d*ea ftiire TaequiattioB. Ou a observé que cette acquisition 
ooâferuit autant qu'une flotte ; quoique eeei s«it un peu 
ezug|éré, il su résulte cependant que la Gonvenliou ue pense 
pas ccHune deuu ou trois eréaneiefs. Il en résulte qoe la 
Convention ne se croit pas propriétaire du théâtre puis* 
qu'elle agite la question de savoir si elle le deviendra. Il en 
résulte que nos législateurs ne croient pas, avec certaines 
geus, que s'emparer d'une chose établisse la propriété. 
Passons à un autre article. 

Artidê s 

c La Nation a-t-elle pu s'emparer de cette propriété? Oui, 
à la charge, ainsi qu'elle l'a offert, d'en payer la valeur et 
une indemnité proportionnelle, conformément à la Déclara- 
tion des droits de l'homme. > 

Réponêe 

iges rédacteurs ne paraissent pas très familiers avec les 
Druita de l'homma* Il est faux que la Nation se soit eaiparé 
de notre propriété {car quelques tyrans ne sont pas la 
Nation). Il est faux que la Nation en ait le droit, et, pour 
le prouver, lisons l'article cité des Droits de l'hottSM : 



88 THBATRB NATIONAL 

c Article xt. — Nul ne petit être privé de là moindre partie 
de $eê propriétée êane son consentement, si ce n'est lorsque 
futilité publique légalement constatée Ceœiffe, et sous la eon^ 
dition d'une juste et préalable indemnité ». «> Avons-nous 
consenti à notre spolia tioo ? L'utilité publique a-t-elle été 
ligalement constatée ? Ayons-nous eu une préalable indem- 
nité ? Non. Passons à l'article 3. 

AHide 3 

c Nœuyille et Montansier étaient, il est vrai, dans Tori- 
gine, propriétaires, mais propriétaires fictifs, puisqu'il est 
prouvé au Comité des finances qu'ils n'ont pas même payé 
de leurs deniers les frais de l'acte qui les constituait pro- 
priétaires ; en outre ils étaient déjà dépouillés de leur pro- 
priété par une saisie réelle et par un bail judiciaire encore 
subsistant, ce qui démontre que les créanciers étaient et 
sont beaucoup plus propriétaires qu'eux, puisqu'ils étaient 
sur le point de faire vendre lorsque la Nation a pris pos- 
session. » 

Réponse 

Il y a dans cet article, malice, erreur et distraction. Rai- 
sonnons. On n'est pas propriétaire par sa volonté, on l'est 
quelquefois mal^^ soi, et, quand on devrait un million sur 
une maison qui vaudrait cent mille livres, on n'en serait 
pas moins propriétaire : c'est une vérité que les rédacteurs 
savent mieux qu'ils ne disent. Nous leur avons offert d'être 
propriétaires À la charge de faire ce qu'il faut que nous 
fassions, c'est-à-dire de payer tous nos créanciers ; mais ils 
s'en sont bien gardés, car, suivant eux, il faut vendre bien 
vite la chose pour payer trois ou quatre hommes ; le reste 
les intéresse fort peu. 

N'est-il pas curieux qu'ils nous refusent le droit de pro- 
priété au moment même où ils nous poursuivent comme 
propriétaires ? N'est-il pas plaisant qu'ils nous refusent le 
droit de propriété au moment même où ils viennent nous 
tourmenter pour nous faire faire des actes de propriété.? 



THBATRB NATIONAL 89 

On avance ensuite qne nous étions dépouillés de notre 
propriété par une saisie réelle et par an bail judiciaire 
encore subsistant. Il faut répondre qu'étant en prison nous 
avons appris que la citoyenne Sainval» notre pensionnaire, 
qui réclamait des appointements, avait fait saisir la salle 
et l'avait fait mettre en bail judiciaire. La citoyenne Sain- 
val n'est pas signataire des dites observations, et rien ne 
prouve mieux combien les rédacteurs sont dépourvus de 
moyens réels que la nécessité où ils sont réduits de recou- 
rir à des faits qui leur sont absolument étrangers. 

Les rédacteurs concluent que cela démontre que les 
créanciers étaient plus propriétaires que nous, puisqu'ils 
étaient sur le point de vendre. On verra plus loin qu'il est 
faux qu'ils se soient trouvés sur le point de vendre : nous 
ne voulons pas relever le ridicule de l'assertion qu'on est 
propriétaires parce qu'on est sur le point de faire vendre. 
Continuons. 

Article 4 

« D'après cela, il est clair que jouir et ne pas payer est le 
seul but de Nœuville et de Montansier. > 

n n'est pas possible de soutenir à la Convention Natio- 
nale que de ce que les rédacteurs ont dit des sottises ou 
ont menti, il résulte que nous voulions jouir et ne pas 
payer. Nous faisons, nous autres, preuve de notre volonté 
de payer, puisque nous livrons à nos créanciers, à tous nos 
créanciers, non pas aux rédacteurs seulement, car cela ne 
serait pas juste, la plus grande partie des indemnités que 
nous réclamons et que le reste doit être employé à remettre 
en activité une entreprise qui est leur gage. 

c Pour y parvenir ils intriguent encore à Teffet d'obtenir 
un sursis déBnitif, car ils ont su déjà, contre toute justice, 
s'en procurer un provisoire, i 

Un créancier, à qui il était dû loo.ooo livres, voulait faire 
vendre nos meubles, qui n'auraient pas suffi pour payer nos 
loyers ; cette horreur était imaginée pour nous forcer à 
signer une banqueroute qui eût ruiné les créanciers non 



M TUATIIB NATIONAL 

fMactêut» : Dous aTons refusé* La Gonventioa a cru que le 
rapport qu'elk avait ordonné et qui, vraisemblableiDeikt, 
nous eût procuré la facilité de payer les créanciers» n'étant 
pas fait, il était juste de nous accorder un sursis jusqu'au 
rapport : nous le refuser, c*eùt été nous rendre responsables 
du retard du Comité des finances. Si la Convention a violé 
toute justice» comme le disent les rédacteurs, ce n*est pas 
en notre faveur, car le mal ne venait pas de notre fait. 

Article 5 

« L'intérêt de la Nation et celui des créanciers doivent 
donc déterminer. » 

Bien des pardons, citoyens rédacteurs ; nous voulons en 
toute chose le bien de la Nation, mais ici elle ne se trouve 
mêlée que par vous qui avez vos raisons pour lui faire 
acquérir k tout prix une chose qui arrange vos commettants 
et vous procure votre paiement ; mais la vérité est qu'il 
faut que la chose paie tous les créanciers, et que l'intérêt 
de la Nation n'est pas d'écraser les arts et l'industrie, 
comme elle le ferait en adoptant, soldant et dirigeant tel 
spectacle aux dépens de tel autre qui, privé des mêmes res- 
sources, ne pourrait plus se soutenir. L'intérêt de la Nation 
est l'abolition de tous les privilèges et des gentilshommes 
de la Chanabre. 

c En rendant aux propriétaires ce monument, il en coû> 
tarait au moins deux millions en pure perte, sans qu'aucun 
créancier soit payé. » 

Citoyens rédacteurs, vous trompez de beaucoup la Con- 
vention. L'estimation des dommages et indemnités ne mon- 
terait pas là, et beaucoup de créanciers seraient payés. 
L'entreprise remise en activité serait leur gage pour le 
reste ; mais cet arrangement n'est pas celui d^nitivémeni 
arrêté entre vous et l'Opéra, voilà le malheur. 

« Tandis qu'en restant propriété nationsle, il ne lui en 
coûtera que 3.5oa.ooo livres et tous les créanciers seraient 
payés. » 

Citoyens rédacteurs, vous trompez encore la Convention. 



THBATRK NATIONAL M 

Il fallait loi dite qa'alora laa pfopriétaîrea et beaaeonp 4a 
crèascien non rédacteurs étaient rainés ; cette idée eût été 
suffisante pour empêcher nos législateurs de conclure cette 



Nous ayons répondu aax observations de deux ou trois 
créanciers, il est bon à prêtent d'expliquer la nature de 
leurs créances. 

Le premier, le citoyen Mouchonnet, entrepreneur général, 
se mêle parmi les créanciers. La Térité est que, sur 35o.ooo 
livres qui lui étaient dues, il a touché 467.000 livres ; les 
termes pris avec lui sont déterminés dans l'acte, et le pre* 
mier de ces termes n'échoira qu'en août prochain (i) : d'oii 
nous concluons que ce n'est pas pour obtenir justice, mais 
pour être payé plus vite que cela n'était convenu entre nous 
qu'il se prête au projet des spéculateurs lyriques. 

Le second, le citoyen Mornes, réclame 100.000 livres» et, 
pour se faire payer, il veut faire vendre des meubles qui 
ne suffisent pas pour payer nos loyers. Cette marche ne lui 
procurant pas son paiement, nous concluons qu'il n'y 
trouve d'autre intérêt que celui de servir le projet lyrique 
dont il est question. 

Le troisième, le citoyen Lepescheuz, associé de l'entre- 
prise pour un quart dans le bénéfice, et non dans la perte, 
réclame beaucoup de choses. Ses demandes seraient peut- 
être fondées si, pour prix de l'avantage que nous lui fai- 
sions, il ne s'était engagé, par acte notarié, à faire face à la 
plus grande partie des billets mis en circulation : ce qui 
circule excédant sa promesse, a été nécessité par les retards 
et par le fait du citoyen Mouchonnet avec qui il paraît 
aujourd'hui si bien d'accord : nous en concluons que, 
n'étant sous aucun rapport fondé à nous poursuivre, il 
n'éprouve en ce moment d'autre crainte que celle de se 
trouver confondu avec lés autres créanciers qui ont le même 



(1) Les autres eréaneiers qse le eitoyen Moackonnet a présentés 
•ont ses créanciers i lui ; il a dû les payer avec les somoies qaUl a 
touchées, ainsi il est faux qu'ils puissent être présentés comme nos 
creaaSlars. 



92 THBATRB NATIONAL 

droit que loi, et qu'il espère éfiter ce malheur en s'asso- 
ciant au complot dirin^è contre les propriétaires en faveur 
de l'Opéra. 

De tout ceci il résulte : i* que ce ne sont pas les créant 
ciers^ mais des créanciers du Théâtre des Arts qui ont écrit 
les observations auxquelles nous répondons ; a" que la véri- 
table et intéressante masse des créanciers (nous ne par- 
lons pas de nous) est ruinée si la Convention, en nous ren- 
dant notre salle, ne suspend pas toute action jusqu'à ce 
que les indemnités auxquelles nous avons droit aient été 
réglées et livrées aux créanciers dont les termes seront 
échus. 

Il ne nous reste donc d'autre espoir que de faire sentir à 
la Convention que ce n'est pas par notre fait que nous 
sommes en arrière avec nos créanciers et qu'en nous accor- 
dant un sursis jusqu'à la livraison des indemnités, elle ne 
viole pas les principes en notre faveur, mais qu'elle a 
égard aux circonstances dont nous avons été les premières 
victimes . 

BrUNET-MoNTAM SIER . 



Une quatrième brochure ayant ce long- titre : 
Note essentielle relative à l'affaire des proprié- 
taires du Théâtre National volés, in(farcérés, vexés 
par r ancien Comité de Salut public^ qui pour la 
forme au moins avait ordonné de payer leurs 
créanciers et de les indemniser^ fut publiée en 
outre par M^^* Montansier et Nœuville pour mettre 
la Convention en garde contre un projet de leurs 
ennemis consistant à demander ^ TAssemblée de 
rendre le théâtre à ses fondateurs, mais d*accorder 
d*abord à ceux-ci une très modique indemnité, et 
de faire ensuite vendre, par un créancier gag-né, 



THiiLTRB NATIONAL 93 

ladite propriété au moment où la Goovention s'eo 
dessaisirait : 

« Par ce moyen, déclaraient les protestataires, 
comme personne n'est assez riche pour mettre l'en- 
chère sar un pareil objet, ce ma§^nifique établisse- 
ment serait adjugé pour le tiers de sa valeur, et, de 
tous les nombreux créanciers de la citoyenne Mon- 
tansier, les favorisés seuls seraient payés ; les autres 
seraient voués à la plus affreuse misère. 

« Cette proposition est d'autant plus perfide 
qu'elle doit paraître juste, au premier coup d'oeil, 
aux représentants du peuple, qui croiront avoir 
satisfait à la probité nationale en rendant aux pro- 
priétaires leur bien, sans considérer combien il serait 
affreux et injuste de ne s'en dessaisir qu*au moment 
où des intriguants auraient tout préparé pour rendre 
le décret illusoire. 

« Indiquer ces manœuvres à des hommes justes, 
c'est les déjouer; ils sauront faire distingpuer le 
régime républicain de celui où des courtisanes 
obtenaient tout au moyen de quelques gentilshom- 
mes de la Chambre. Certaines gens ne manqueront 
pas de représenter comme injustes les délais et sur- 
sis qu'il conviendrait d'accorder à des artistes à qui 
l'on a coupé toutes leurs ressources ; mais la Con- 
vention Nationale, qui ne s'est pas encore dessaisie 
de cette salle, saura sans doute disposer les choses 
de manière qu'en la rendant les Lays et les Phrynés 
modernes n'aient pas à s'applaudir de leurs manœu- 
vres p. 

Pour le plaisir de jouer avec le nom de son prin- 



94 THÉ4TM NATIOVAL 

ei^l «dmrtaire — * Lajs, chaatettr de l'Opéra ou 
Théâtre des Arts — M^^* Montansier s*expo«âit, 
comme on voit, à se faire rappeler dvifement qm'alle 
avait figuré jadis dans un monde très galant et que 
ses procédés pour obtenir des privilèges n'avaieai 
point différé de ceux qu'elle prétendait flMrir. Il fut 
heureux pour elle que nul ne puntt sa boutade. 

Le 16 ventôse an III (6 mars 1795), l'affaire du 
Théâtre National revint devant la Convention. Dési* 
gné par les Comités des Finances et des Domaines, 
Lefebvre (de Nantes) fit à ce sujet un rapport pro^ 
posant de rendre à M^* Montansier la salle de la 
rue de la Loi et de réinstaller, dans le délai de trois 
mois, le Théâtre des Arts dans le bâtiment du bou* 
levard Saint*Martin. Ce dessein provoqua des criti- 
ques. 

— « Je m'oppose, dit entre autres BentaboUe, au 
projet de décret. Je pense que ton doit favoriser 
rOpéra plutôt que la citoyenne Montansier qui, si 
j'en juge d'après ce qui se passe dans son théâtre, 
au Palai»^lgalité, fiera encore de cette nouvelle salle 
un lieu de ralliement pour les o<mtreHrévolutiofi- 
naires. On a chanté dernièrement, dans la salle du 
Palais-Egalité, des vers royalistes, des vers en l'hon- 
neur de Charlotte Corday. 

€ Rkubell* Je ne me serais jamais imaginé qu'il 
ne fallût pas rendre justice à un propriétaire de 
spectacle parce qu'on aurait chanté de mauvais cour 
plets sur son théâtre. Le Comité de Salut public a 
miné la citayetnae Montansier en lui prenant sa salle 



TlÉATItK NÀTIOKAL 9S 

et tons ses accessoires, et elle sera toujours ruioée 
si, en lui rendant sa salle, nous ne lui rendons pas 
ce qui peut la faire valoir. Vous deves lui remettre 
sa chose dans Tétat où vous l'avez prise et lui en 
payer les loyers. 

4c Lbgbndrb. La persécution que la citoyenne 
Montansier a éprouvée est une suite du complot qui 
fut ourdi pour arracher du sein de la ConventiiMi 
pluûeurs de ses membres qu'on a éf org'és. C'est 
encore un des mmes de Robespierre. Avant de tuer 
un homme il fallait le dépopulariser, et pour cela 
Robespierre se servait de Chaumette et d'Hébert. Le 
journal de celui-ci était comme la trompette de Jéri» 
cho ; quand ce scélérat avait fumé trois fois sa pipe 
autour d'une réputation, il fallait qu'elle pértt« 
Chaumette et Hébert ont répandu que Danton et 
Lacroix avaient contribué à la construction du spec- 
tacle, et il a été prouvé depuis qu'ils n'y avaient 
pas fourni un sou. La Montansier a été onze mois 
en prison ; elle a échappé à i'éehafaud, et tout son 
crime était d'avoir bâti ce spectacle pour enrichir 
la Nation, car c'est l'enrichir que de faire prospérer 
les arts. .. » 

Mal|^ ce débat, aucune solution n'intervint 
encore. M}^ Montansier et Nœuville se résolurent 
alors à une manifestation personnelle. Le i^' mes- 
sidor (19 juin), ils parurent à la barre de la Conven* 
tion et présentèrent, avec le cérémonial oblige, une 
pétition demandant ; 



96 THiATRB NATIONAL 

i<> La restitution de leur propriété et de ses dépen- 
dances mobilières et immobilières ; 

2^ Que, par experts nommés respectivement entre 
le gouvernement et eux, il fût procédé sur-le-cbamp 
à Testimation des sommes à eux dues par le gouver- 
nement, tant pour raison de la jouissance qu'il avait 
eue et avait encore de leur propriété que pour raison 
des dégradations faites au bâtiment, et pour les 
autres objets de réclamations légitimes énoncés dans 
leurs précédentes pétitions; lesquels experts seraient 
tenus de terminer leurs opérations dans le délai d'un 
mois ; 

3^ Que, sur le vu du procès-verbal d'estimation 
desdits experts, la Trésorerie Nationale en paierait 
le montant soit à eux, soit à leurs créanciers qui 
j.usque-là ne pourraient faire d'autres poursuites 
contre eux que de simples actes conservatoires. 

Renvoyée de droit à la Commission des Finances, 
cette supplique fut examinée avec une célérité loua- 
ble, car le 7 messidor (a5 juin) le rapporteur Ver- 
nier présenta à la Convention, qui l'adopta, le décret 
suivant : 

La salle du Théâtre des Arts, rue de la Loi, avec toutes 
ses dépendances mobilières et immobilières, est réunie au 
Domaine National, par voie d'acquisition, du consentement 
des citoyens Bourdon-Nœuville et Brunet*Montansier, pro- 
priétaires, moyennant la somme de huit millions, et autres 
conditions portées dans les soumissions par eux remises à 
raison de cette acquisition, lesquelles demeurent annexées 
au présent décret et seront imprimées à la suite, pour être 
exécutées tant envers eux qu'envers leurs créanciers, sui- 
vant leur forme et teneur. 



THBATRB NATIONAL 97 

Huit millions^ c'eût été pour nos gens la fortune 
si, par une restriction adroite, cette gprosse somme 
n'eût été stipulée payable en assignats, et si les 
paiements eussent été e£Fectués avec la promptitude 
commandée par les circonstances. Or, au 9 yen* 
tôse an VI (27 février 1798), TËtat restait devoir 
449 -41^ livres aux propriétaires, 920. 335 livres à 
leurs créanciers, soit 1.369.750 livres, et la Mon- 
tansier, accablée de poursuites ruineuses, dut à 
cette date recommencer, auprès du Directoire, une 
série de plaintes et de réclamations. 

Bien que le Conseil des Anciens eût, le 1 3 floréal 
(2 mai), approuvé l'autorisation donnée neuf jours 
auparavant au Directoire, par le Conseil des Cinq- 
CentSy de traiter à Tamiable avec les citoyens Mon- 
tansier et Nœuville pour le reliquat dû, ce n'est 
qu'en floréal an Vil, c'est-à-dire une année plus 
tard, que cette négociation fut sérieusement tentée. 
M^^® Montansier et Nœuville réduisaient alors leur 
demande à 625.072 livres payables trois quarts en 
domaines nationaux, un quart en numéraire, à la 
condition qu'à cette somme s'ajoutassent le prix des 
onze arcades du Palais-Royal acquises le i5 juin 
1789 — 570.000 livres — et celui de trois autres 
arcades acquises le 24 frimaire an Vil — 4*ooi.ooo 
livres en assignats, faisant en numéraire 4o*ooo 
livres . 

Cela fut discuté, le i4 prairial an Vil (2 juin 1799), 
au Conseil des Cinq-Cents. Briot, député du Doubs, 
y proposa de payer, en domaines nationaux, les 
625.072 livres réclamées par les associés; mais sur 

7 



98 THBATRB NATIONAL 

Topposition violente de Crochoa, de l'Eure, et de 
Richard, des Vosges, qai jag'eaient M}^ Montansier 
suffisamment indemnisée, le Conseil adopta la ques- 
tion préalable. 

Deux ans passèrent, pendant lesquels le Direc- 
toire fit place au Consulat. Alors, sur demandes 
nouvelles, fut liquidée enfin la dette contractée par 
l'Etat au sujet du théâtre de la rue de la Loi : un 
arrêté des Consuls, en date du i3 floréal an IX 
(3 mai 1801), accorda à M^'^ Montansier et à Nœu- 
ville, pour solde de leur créance, 1.200.000 francs 
en valeurs diverses et 100.000 francs sur le Grand- 
Livre. 

Cette somme parut à plusieurs un peu forte; elle 
était, en réalité, si insuffisante que, pour désintéres- 
ser les moins patients de ses créanciers, M^® Mon- 
tansier dut vendre onze des quatorze arcades dont 
elle était propriétaire. 

Notre étude spéciale — La Montansier^ ses aven- 
tures, ses entreprises — contient F histoire des 
années que vécurent encore les fondateurs du Théâ- 
tre National ; il suffit de la résumer ici . Bourdon- 
Nœuville qui avait, le 6 septembre 1800, épousé sa 
vieille maîtresse, mourut le 17 août ido4* Beso- 
g*neuse, procédurière par goût et par nécessité, sa 
veuve passa dès lors son temps dans les cabinets 
d'avocats, les antichambres des juges ou des minis- 
tres, défendant par tous les moyens les maigres ren- 
tes que lui faisaient les Variétés. Une chose soute- 
nait son courage, l'idée que le beau théâtre édifié 
par ses soins et ceux de son ami défendrait leur 



THEÀTRB NATIONAL 00 

mémoire. Un crime devait ruiner cette dernière 
espérance : le i3 février i8ao, roavrier sellier Lou- 
vel choisissait l'Académie royale de Musique pour 
y frapper d'un coup mortel le duc de Berry, héritier 
da trône. Par suite, la salle ou l'Opéra chaatait 
depuis 1794 fut fermée, puis démolie. Ce fut le coup 
de grâce pour l'ancienne directrice, qui mourut sans 
regrets le 1 3 juillet suivant, à l'âge de quatre-vingt- 
neuf ans et demi. 

L'emplacement du Théâtre National est, depuis 
trois quarts de siècle, occupé par le square Louvois, 
au centre duquel se dresse une fontaine due à Vis- 
conti,et qui est un des monuments les mieux ordoD* 
nés de la capitale. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 

DES 60 PIÈGES (i) COMPOSANT LE RÉPERTOIRE 



DU 



THÉÂTRE NATIONAL 



Adèle et Paulin 21 

Alisbelle, ou les Crimes de la féodalité . . 5i 

Amant jaloux [1'] 28 

Amants anglais [les] 27 

Avocat Patelin [1*] 28 

Babillard [le] 44 

Baguette magique [la] 20 

Bonne mère [la] 26 

Bourru bienfaisant [le] 4^ 

Brutus 23 

Cocher supposé [le] ... . .... 63 

Codicille [le] 29 

Consentement forcé [le] 87 

Constitution à Constantinople [la] 21 

Coquette corrigée [la] 4^ 

Départ des volontaires [le] 27 

Dépit amoureux [le] ^i,^ 

Deux Sophie [les] 34 

Ecole des Maris [1'] 4i 

(1) 17 Noaveaatés, dont 7 imprimées, et 43 Repritet. 



THEATRE NATIONAL 101 

Ecole des Pères [1'] 4g 

Epoux mécontents [les] a6 

Epreuve nouvelle [V\ 5o 

Estelle 44 

Fausses infidélités [les] ^8,44 

Femme jalouse [la] 27 

Femme qui sait se taire [la I 33 

Fête civique [la] a6 

Folies amoureuses [les] 23, 62 

Gageure imprévue [la] 49»^ 

Hélène et Francisque 29 

Impatient [1'] 49 

Jean-Jacques Rousseau au Paraclet .... 27 

Journée de l'Amour [la] 62 

Journée de Marathon |la],ou le Triomphe de la 

Liberté 24 

Lucinde et Raimond 37 

Maître généreux [le] 23 

Manlius Torquatus, ou la Discipline romaine . 49 

Mariage clandestin [le] 28 

Méchant [le] 44 

Médecin malgré lui [le] 26 

Mercure galant [le] 26 

Mère confidente [la] 29 

Métromanie [la] 62 

Misanthrope [le] 44 

Montagnards [les] 3o 

Mort de César [la] 25 

Mort de Marat [la] 5o 

Nanine 23, 4^ 

Obstacle imprévu [1*] 24 

Parfaite égalité [la], ou les Tu et Toi. . . . 45 

Pourceaugnac 28 

Première réquisition [la] 35 



102 tHiATRB NATIOKAL 

fiirètres et les Rois [les] 4i 

Retour du mari [le] 4$ 

Sélico, ou les Nègres ag 

Servante maîtresse [la] 27 

Somnambule [le] 28 

Tartuffe i4>62 

Tuteur célibataire [le] 2S 

Wenzely ou le Magistrat du peuple .... 63 



LE 



THÉÂTRE DE L ÉGALITÉ 



«794 



La salle que, par ordre, les acteurs du Théâtre 
National devaient sans retard occuper, avait été 
construite, par les architectes Peyre et De Wailly, 
pour la Comédie-Française qui s'y était installée le 
9 avril 1782. La Commune l'avait, en septembre 1798, 
fermée à la suite d'une représentation de Paméla, 
comédie taxée d'incivisme, et sa troupe, la première 
du monde, était depuis incarcérée. 

Cette brutale clôture ayant provoqué, chez les 
commerçants du faubour^c Saint-Germain qu*elle 
ruinait, un vif mécontentement, on avait, pour les 
apaiser, publié l'ordonnance suivante : 

Du ao ventôse an IJ (10 mars 1794)* 

Le Comité de Salut public, délibérant sur la pétition pré- 
sentée par les sections réunies de Marat, de Mutins Scoevola^ 
du Bonnet rou§;;e et de l'Unité arrête : 

i*Que le théâtre ci-devant Français étant un édifice natio- 
nal sera rouvert sans délai, qu'il sera uniquement consacré 



104 THEATRE DE l'BGALITB 

aux représeatations données de par et pour le peuple à cer 
taine époque de chaque mois. 

a* L'édifice sera orné au dehors de l'inscription suivante : 
Théâtre da Peuple. 11 sera décoré au dedans de toas les 
attributs de la liberté. Les sociétés d'artistes établies dans 
les différents théâtres de Paris seront mises tour à tour en 
réquisition pour les représentations qui devront être données 
trois fois par décade, d'après l'état qui sera fait par la muni- 
cipalité. 

3* Nul citoyen ne pourra entrer au Théâtre du Peuple s'il 
n'a une marque particulière qui ne sera donnée qu'aux 
patriotes, dont la municipalité réglera le mode de distri- 
bution . 

4* La municipalité de Paris prendra toutes les mesures 
nécessaires pour l'exécution du présent arrêté. 

5* Le Répertoire des pièces à jouer sur le Théâtre du Peu- 
ple sera demandé à chaque théâtre de Paris et soumis à 
l'approbation du Comité... 

B. Baeère, Saint-Just, Garnot, C.-A. Prieur, Gollot 
d'Herbois, Robespierre, Billaud-Varenne. 

L'occupation intermittente da monument n'aurait 
qu'à demi satisfait les citoyens lésés, aussi accueil- 
lirent-ils avec une satisfaction plus g^rande Tarrêté 
qui, le i6 avril, ordonna le transfert rapide du 
Théâtre National dans la salle déserte . 

Vu le ^enre exploité par les survenants, des tra- 
vaux d'appropriation s'imposaient. Seul survivant 
des constructeurs. De Wailly, consulté, évalua, le 
5 floréal (a4 avril), les dépenses à faire à 106.126 
livres, non compris l'équipement du théâtre. Ce devis 
reçut le même jour approbation du Comité de Salut 
public, à la chargée, par De Wailly, de faire agencer 
l'intérieur de manière à ce que le spectacle, qui 



THEATRE OB L*BGALITB f05 

devait s'appeler Théâtre de V Egalité, ouvrît quatre 

décades après le lo floréal. 

Un arrêté, pris le i3 floréal (a mai), fit multiplier 

en outre les issues du théâtre « destiné au peuple » 

et couvrir le péristyle d'un fronton pour y former un 

magasin. 

Le délai fixé par le Comité était d'autant moins 

suffisant que les vues de Tarchitecte ne s'accordaient 

g'uère avec celles de la municipalité parisienne. Vou- 
lant attacher au monument non seulement le nom, 
mais le caractère formel de l'Egalité, les municipaux 
avaient donné Tordre de construire un amphithéâtre 
montant de l'orchestre au plafond. De Wailly, plus 
artiste, obtint du Comité de Salut public le pouvoir 
d'arrêter la mutilation de son œuvre. On le cou- 
traig'nit à subir deschaug'ements motivés par l'obli- 
g'ation d'établir le niveau entre les spectateurs et 
une surabondance de couleurs nationales, mais il 
sauva du moins les parties essentielles en n'accep- 
tant que des erreurs faciles à réparer. 

Tandis qu'on faisait à l'immeuble des chang'e- 
ments plus ou moins justifiés, ses futurs locataires 
rédigeaient, sur la demande des gouvernants et dans 
un style fait pour leur plaire, les clauses de l'acte 
social qui devait grouper leurs efforts et unifier 
leurs intérêts. Voici cette pièce^ inédite encore, et 
qui constitue le premier essai de communisme au 
théâtre : 

Liberté, Égalité, Fraternité, ou la Mort. 
Les artistes du ThèAtre National, rue de la Loi, translaté 



108 THBATRB DB l'BGALITB 

quinze cents liTret, lesquels proraUs ne pourront être tou* 
chée par les artistes sociétaires qu après avoir préalablement 
extrait de la caisse la masse des frais et dépenses journa- 
lières, ainsi que le paiement des artistes pensionnaires au« 
dessous de deux mille livres. 

6* En suivant le procédé de ces parts provisoires et alimen- 
taires, les artistes sociétaires ont senti que la loi, l'équité, 
devaient faire admettre une juste exception pour la classe 
d'artistes qu'ils possèdent parmi eux, ces citoyens qui, par 
une longue profession de talents distingués et des succès 
sanctionnés par le public méritent et ont obtenu des hono* 
raires plus conséquents, dont le droit est fondé sur l'avan- 
tage qu'une entreprise reçoit de Jeurs travaux, ne peuvent 
sans blesser toute espèce de justice être réduits seulement 
au prorata des parts ci-dessus établi. Le procédé que les 
artistes sociétaires se déterminent à suivre, pour concilier 
d'une part les égards dus aux talents et de l'autre les inté- 
rêts de la société générale, c'est d'accorder à tous les artistes 
au-dessus de dix mille livres d'appointements, qui devien- 
dront sociétaires aux conditions ci-dessus énoncées, une 
indemnité motivée soit par congé pour profiter de leurs 
talents, soit en représentationê accordées à leur bénéfice sur 
le ThéAtre de l'Egalité, à Paris. 

7® L'ancien Répertoire du théAtre n'existant plus que pour 
une très faible partie, puisque la scène ne doit plus présen- 
ter que des ouvrages patriotiques et moraux propres à pro- 
pager les principes républicains, et ces nouveaux ouvrages 
étant des propriétés d'auteurs autorisés par des décrets, les 
artistes sociétaires conviennent entre eux que tous les nou- 
veaux ouvrages seront distribués par eux à tel ou tels artistes 
qu'ils jugeront convenables aux rôles. Le Conseil d'admi- 
nistration sera cependant chargé de leur faire à cet égard 
de justes représentations si ces distributions étaient atten- 
tatoires aux lois de l'Egalité et contraires à la Fraternité qui 
doit exister entre tous les artistes. 

8* La partie contentieuse étant absolument étrangère à 
l'administration intérieure des artistes sociétaires, ils arrê- 
tent que les employés à la recette, tels que contrôleurs, rece- 



THÉÂTRE DE l'BGALITÉ iOO 

Teurs, buralistes, portiers et ouvreuses de loges soient 
nommés et placés par rAg^ent National ; ils auront seulement 
un fondé de leur pouvoir pour surveiller les objets de dila- 
pidation dans cette partie, lequel rendra compte aux artistes 
sociétaires des abus qu'il aura pu remarquer ; les artistes 
en feraient alors leur rapport à TAffent National . 

g» Les décors en tous genres étant absolument propriétés 
tenant au local, il parait juste que cette partie de dépense 
ne soit point supportée par la caisse des artistes sociétaires 
puisque, si la société venait à se dissoudre par la suite, ils 
ne pourront tien distraire des décors d'un théâtre qui est 
propriété nationale ; ils arrêtent donc de demander que les 
dépenses de décorations à faire, et relatives aux fêtes, bal- 
lets et pièces nationales qu'il leur sera ordonné de repré- 
senter soient établis aux frais du Gouvernement. 

lo** Les articles ci-dessus énoncés ayant été acceptés par 
la Société des Artistes, ils se sont promis réciproquement 
Egalité, Fraternité^ Civisme et Amitié, promettant tous, en 
bons Républicains, de se réunir pour propager sur leur 
théâtre les sentiments civiques et révolutionnaires, de donner 
l'exemple du patriotisme, des mœurs et des principes de pro- 
bité et de vertus que nos législateurs ont mis à l'ordre du 
jour, et de sacrifier dans toutes leurs opérations d'adminis- 
tration l'intérêt personnel au bien général et à leur fidélité 
à la Loi. 

Fait et signé à l'Assemblée des Artistes formant la Tra- 
gédie, Ck>médie, Opéra, Ballet, Orchestre, le duodi a* jour de 
prairial de l'an II de la République une, indivisible et impé- 
rissable. 

Certifié conforme à ^original, les Commissaires pour les 
Artistes sociétaires du Théâtre de V Egalité : 

AmiAicD Verteuil, Micallef, Gallet, Dublin, DmELOT, 
CoiNDÉ, Walvillb, Vazblle, César, Molb. 

Libellée le 21 mai 1794» 1& résolution des artistes 
fut, le surlendemain 23, transmise à Barère, avec 



110 THBATRB DE L*BGAUTB 

nne note signée des commissaires et conçue en ces 
termes : 

LiBBBTB, HÉPUBUQUX, GoiryBNTION, 017 LA HOAT. 

Citoyen, 

Ta Ternis ci-jointe l'organisation formée par les artistes 
destinés à entrer an Théâtre de l'Egalité, et disposés k com- 
mencer leurs trayanx sitôt qne le local leur sera livré. 

Ta t'apercevras aisément, en jetant an coap d'œil sur leur 
mode d'organisation, qne la fraternité en a jeté les principales 
bases, pnisqae la partie majeure se détermine à devenir pro- 
visoirement sociétaire pour assurer l'existence de la partie 
mineure. Cette conduite franche et républicaine doit inté- 
resser en leur faveur la justice du Gouvernement dans le 
cas où la recette portée au plus haut par leurs efforts réu- 
nis ne suffirait pas à mettre chacun au niveau des droits 
d'engagement plus ou moins forts qu'ils ont formés propor- 
tionnellement an plus ou moins d'industrie ou des talents 
de chacun d'eux... 

Pour ne point abuser de tes moments précieux à la chose 
publique, nous nous résumons k demander : 

La prompte nomination de l'Agent National qui doit sur- 
veiller nos travaux ; 

La nomination du Citoyen chargé de surveiller la partie 
contentieuse ; 

Tes observations sur notre projet d'organisation que nous 
soumettons à tes lumières, et ta bienveillance pour des artis- 
tes qui ne la démériteront jamais. 

Vive la République ! Vive la Montagne l 

Ajournant l'étude qu*on lui demandait, Barère fit 
néanmoins sienne l'idée principale des comédiens et 
le dit dans un arrêté en date du i8 prairial (6 juin), 
pris de concert avec Billaud-Varenne, et qu'il faut 



THBATRB OB l'bGALITÉ llf 

reproduire pour faire apprécier rimportance qu'at- 
tribuait aux choses théâtrales le pouvoir d'alors : 

Le CSomité de Salut public arrête : 

Articlc 1*'. — La Commission de l'Instruction publique 
est exclusivement chargée, en vertu de la loi du la germi- 
nal, de tout ce qui concerne la régénération de Tart drama- 
tique et de la police morale des spectacles qui fait partie de 
l'éducation publique. 

ARTICLE a. — Elle est pareillement chargée de l'examen des 
théâtres anciens, des pièces nouvelles et de leur admission. 
L'Administration de police de la Municipalité de Paris et de 
toutes celles de la République feront parvenir sans délai k 
la Commission tous les registres et répertoires relatifs aux 
pièces de théâtre. 

Article 3. — La police intérieure et extérieure des théâ- 
tres, pour le maintien du bon ordre, est expressément 
réservée aux municipalités. 

Article 4- — L'organisation matérielle de la direction des 
théâtres, leur administration intérieure et financière sont 
laissées aux soins des artistes, qui néanmoins en soumet- 
tront les plans et les résultats à la Commission de l'Instruc- 
tion publique. Les artistes ne pourront être membres de 
cette administration. 

Article 5 . — il sera nommé, pour chacun des théâtres de 
l'Opéra National, rue de la Loi et de l'Egalité, faubourg 
Germain, un agent national qui aura la surveillance géné- 
rale sur les propriétés nationales confiées aux artistes, 
sur leur conduite publique, morale et politique, sur l'exac- 
titude des recettes et des paiements aux divers artistes, sur 
l'ensemble de leurs opérations, et sur tout ce qui concerne 
le service public. Ces agents seront nommés par la Com- 
mission de l'Instruction publique, sauf l'approbation du 
Comité de Salut public, et rendront régulièrement compte à 
la Commission... 



112 THBATRB DE l'BGALITB 

Conformément à ces mesures, le citoyen Dug^as 
fut nommé Agent National du théâtre qu'on se 
hâtait de transformer. Si importants que fussent les 
travaux entrepris, ils ne contentaient pas ceux qui 
rêvaient de donner au peuple d'importants specta- 
cles. Les danseurs de l'Eg'alité s'en plaignirent les 
premiers, dans cette lettre, adressée à Barére encore : 

A l'instant où nous reçûmes Tordre de l'interruption de 
nos représentations, qui fat accompagné de celui de notre 
translation au faubour|^ Germain, notre premier devoir 
fut d*obéir, et le second d'aller prendre les connaissances du 
local, pour nous préparer à remplir les vues du Comité. 
Frappés de la différence qui se trouvait dans la long-ueurdu 
théâtre qu'il nous était ordonné de quitter avec celui qui 
nous était destiné, nous reconnûmes avec peine l'impossibi- 
lité de s'y occuper d'ouvrages d'effet en pantomime, et parti- 
culièrement de deux entièrement à l'ordre du jour^ de notre 
camarade Gallet, Ia Siège de Granville et Lez fforrears da 
fanatUme au Pérou, prêts à mettre en scène à l'instant où 
nous avons dû cesser nos travaux. Nous crûmes de notre 
devoir de faire cette objection, on eut la bonté de nous 
assurer qu'on était décidé à y remédier. Peu de jours après 
nous vîmes commencer les travaux au faubourg Germain, 
mais pour un simple remède provisoire, ce qui semblait 
rejeter bien loin l'époque où la Danse pourrait être en acti- 
vité, attendu que pour arriver à cette époque le premier 
ouvragée à défaire sera celui qui vient d'être fait, du moins 
d'après le dire de l'architecte. Au milieu de nos importuni- 
tés près du citoyen Herman auquel le Comité nous avait 
renvoyé pour une organisation, nous ne manquâmes pas de 
lui représenter que par cette 'marche on paralysait pour 
lon^emps une partie très coûteuse par sa nature de ce spec- 
tacle; il nous répondit très positivement que le Comité ne 
semblait pas disposé à faire faire ces travaux dans ce 
moment, que pour la partie de la Danse qui pourrait deve- 



THÉÂTRE OB l'ÉGALITB 113 

nir onérease k ce spectacle on statuerait sur leur sort* 
ReoToyés depuis au citoyen Dugas pour le même motif d'or- 
g^anisation, il nous a été constamment tenu le même lan- 
gage. D'après une explication plus précise du yœu du 
Comité à notre égard, que nos camarades ont eu l'ayantage 
d'obtenir de toi. Citoyen, il se trouve que cette organisation 
nous est entièrement remise, afin d'aller exercer nos talents 
dans le théâtre que la sagesse du Comité nous a destiné. 
Nous avons vu avec douleur que ce nouvel état de chose 
nous rejetait dans le même inconvénient dont le projet qui 
nous avait été annoncé par les citoyens Herman et Dugas 
de partager la Danse nous aurait tirés. Réfléchissant que 
tout citoyen est invité, par la législation même, à prévenir 
de tout ce qui peut être nuisible aux vues du Gouvernement, 
nous croyons, malgré le peu d'importance de l'objet, de 
notre devoir de te représenter que, malgré la justice et la 
fraternité avec lesquelles nos camarades de la Comédie et de 
l'Opéra semblent disposés à ne pas se détacher d'une Danse 
qui, par son ensemble et les artistes dont elle est composée, 
doit être mise dans la plus grande activité pour rapporter 
ce qu'elle coûte, que le théâtre n'étant pas disposé à leur 
fournir cette possibilité et ne pouvant l'être de plusieurs 
mois, en supposant que la générosité da Comité le déter- 
mine à en ordonner l'eiabellissement projeté, nous ne pou- 
vons d'ici à ce temps que grever considérablement leur nou- 
velle entreprise, et peut-être en entraîner la ruine. 11 serait 
donc peu délicat de notre part d'accepter la partie qu'ils 
nous offrent si généreusement sans les prévenir, ainsi que 
toi qui daigne t'intéresser à cette entreprise qui deviendra 
ton ouvrage, du danger auquel nous l'exposons. 

D'un autre côté, nous sommes leurs frères de cœur et de 
situation ; en pensant à eux, tu es trop juste pour nous 
oublier. Ces mêmes frères sont déterminés à faire tous les 
sacrifices d'intérêts et d'amour-propre pour mériter du 
Comité le choix qu'il a fait d'eux ; nous partageons bien 
sincèrement ces sentiments généreux et dignes d'artistes 
républicains, mais il est des états qui nécessairement 
entraînent â des dépenses indispensables : celui de Danseur 

8 



114 THEATRE DE l'eGALITE 

est de ce nombre. L'exercice journalier auquel il doit se 
livrer pour acquérir et conserver son talent le jette dans 
une consommation effrayante, surtout dans ce moment, de 
tout ce qui est chaussures, hardes, etc. Pardonne à ces 
détails minutieux et peut-être au-dessous du législateur, 
mais c'est à l'homme ami des arts que nous les adressons, 
pour qu'il se persuade que, s'il existe une différence dans 
l'état des réductions d'appointements projetées par nos 
camarades, elle est nécessitée par la nature des différents 
arts que nous professons, et non par des sentiments d'inté- 
rêts particuliers ou d'une prétention ridicule en faveur du 
nôtre. 

D'après ces vérités, exposées le plus succinctement possi- 
ble pour ne point abuser de ton temps, précieux à la chose 
publique, ce que tu prononceras sera notre oracle. 

Salut et fraternité. 

Les Artiste» de la Danse, 
Laborib, Rosb, Gallbt, DmsROT. 

Les comédiens et chanteurs qui voulaient, eux, 
donner de grandes scènes dramatiques à spectacle. 
Le Vaisseau Le Vengeur (i) et Timoléon, appuyè- 
rent cette requête à laquelle le Comité de Salut 
public fit droit en décidant que le théâtre serait pro- 
longé sur la rue de Vaugirard et qu'on établirait 
plusieurs annexes dans les bâtiments du Luxem- 
bourg voisin. On ne pouvait pourtant attendre que 
ces modifications nouvelles fussent opérées pour 
utiliser la salle enfin prête, et d'un commun accord 
on fixa son inauguration. 

(1/ Imprimée plus tard sous ce titre : Le Naufrage héroïque du 
vaisseau Le Vengeur^ opéra en 3 actes, par Molioe et Pages, musi- 
que de Duboolay, cette pièce, quoi que dise la brochure, n'entra point 
su répertoire de rEgalité. La cause en est sans doute dans ce lUt que 
les agrandissements promis ne furent jamais exécutés. 



THBATRB DE l'BGALITB H5 

C'est le 9 messidor an II (27 juin 1794) que s'ou* 
vrit le Théâtre de l'Egpalité. Dès cinq heures toutes 
les places étaient occupées, et les spectateurs por- 
taient, sur les changements faits, un jug'ement 
résumé dans ce curieux article de la Gazette Natio^ 
nale : 

La salle du ci-devant Théâtre-Français, faubourg Germain, 
a changé de nom ; les distributions et décorations intérieu- 
res ne sont plus les mêmes. Il paraît qu'on a eu cette fois 
en vue de faire un théâtre plus populaire, dans lequel les 
citoyens ne seront plus séparés les uns des autres dans des 
loges, mais où ils se réuniront et se confondront sur des 
amphithéâtres circulaires. Cet arrangement rappelle l'éga- 
lité, la fraternité républicaines, et justifie le nom donné à 
ce nouveau théâtre. 

L'ancien foyer a été rétréci, pour agrandir les escaliers et 
les dégagements ; les bustes en marbre des auteurs drama- 
tiques qui ornaient ce foyer ont été distribués symétrique- 
ment auprès des portes et dans les embrasures des fenêtres. 

Dans la salle, le parquet d'en bas est resté le même, si ce 
n'est qu'on a supprimé la distinction du second parquet, qui 
était immédiatement après l'orchestre, et où les places se 
payaient plus cher. 

Au lieu de quatre rangs de loges, ce sont quatre amphi- 
théâtres qui régnent dans tout le tour de la salle. Le rang 
le plus bas est bien plus vaste que les autres, parce qu'il est 
formé de ce qui faisait autrefois les premières loges et 
la galerie tournante ; cet amphithéâtre, chargé de specta- 
teurs, produit un très bel eiFet. Le plus élevé des quatre est 
aussi le plus étroit, et n'a que deux rangs de banquettes. 

Les appuis des amphithéâtres sont peints en marbre jaune 
veiné, et ornés de guirlandes de chêne. Le fond, ainsi que le 
cintre de la salle et le rideau, sont peints des trois couleurs 
nationales, à raies égales et étroites, ce qui les fait ressem- 
bler à du coutil ou à de la siamoise ; il semble que les trois 



fi6 THBATRB DB l'BGALITB 

coolean auratent pa être employées en draperies, oo aatre- 
ment, mais de manière à produire an effet plus agréable à 
l'œil (i). 

De distance en distance s'élèvent, depuis le premier amphi- 
théâtre jusqu'au troisième, des espèces de colonnes ou sail- 
lies que l'on a ornées de bustes des martyrs de la liberté et 
de ses plus ardents amis ; ces bustes sont placés sur des con- 
soles. 

On a supprimé les loges sur le théAtre, qui nuisaient à 
l'illusion en faisant voir des spectateurs, pour ainsi dire, 
parmi les acteurs. Elles ont été remplacées par deux massifs 
peints aussi en marbre jaune veiné; on a figuré dans cha- 
cun une niche ou enfoncement cintré, et dans cet enfonce- 
ment les statues colossales de la Liberté et de l'Egalité. II 
parait que ces peintures seront remplacées par de véritables 
statues, du moins c'est ce qu'on peut juger par les pié- 
destaux qui semblent les attendre. 

Le prog^ramme d'ouverture débutait par une 
Scène civique^ composée de quelques strophes de 
rHjmne des Marseillais et de plusieurs autres mor- 
ceaux de musique et de danses. Dans ce prologue, 
bien joué et très applaudi, figcuraient des couplets 
destinés à faire connaître Tidée de l'administration 
sur la nature des pièces que devait accueillir le 
théâtre, et qu'il est bon de transcrire : 



(i) Sor le ridera, d'tprèt La Méseogère, bd stjlobate de marbre 
jaune servait de support à un encadrement reofermaat une statue de la 
Nature, peinte en bronze et modelée en fontaine. 



THEATRE DE l'BGALITB 117 

Air : De tous les capucins du monde. 

Surtout respectons la jeunesse. 
Qu'en ces lieux jamais rien ne blesse 
Les yeux, les esprits et les cœurs : 
Il faut que la Scène 8*épure. 
Un Peuple libre veut des mœurs ; 
Les Rois dépravaient la nature. 

Mais la gatté sied à Tbalie, 
Quand, par la décence embellie^ 
Ses bons mots ne sont qu^amusants. 
A cette £cole de la vie. 
Sans crainte amenez vos enfants, 
Sous les couleurs de la Patrie. 

Ils entendront chanter la gloire 
Des noms vantés dans notre histoire, 
Et leurs yeux cherchant les héros, 
Ils verront d'une âme attendrie 
Et les Marats et les Rousseaux, 
Sous les couleurs de la Patrie. 

Le cercle est la forme du monde ; 
Patriotes^ cette rotonde 
Est un temple à l'Egalité, 
Déesse de vous si chérie : 
Venez contempler la Beauté 
Sous les couleurs de la Patrie. 

Vinrent ensuite Là Parfaite égalité, ou Les Ta 
et Toi., comédie . en 3 actes, par Dorvigny . (du 
Théâtre National), et Le Bourru bien/ai$ant^ 
comédie en 3 actes, par Goldoni (du Théàtrç.-Fran- 



ni THÉÂTRE DB l'ÉGALITB 

çais). Ces deux pièces oà donnait l'élite de la troupe, 
Mole en tète, furent accueillies avec une ég'ale 
faveur. 

Mais, ce qui fit de la soirée une véritable fête 
publique, ce fut l'heureuse nouvelle de la prise de 
Charleroi par nos troupes. Un acteur l'annonça au 
public dans ce couplet impromptu : 

Am : Chacun avec moi V avouera. 

A chaque instant nouveaux succès, 
Chaque jour est un jour de gloire ; 
Oui, les républicains français 
Voient de victoire en victoire. 
J*en viens chanter une avec vous. 
Qui nous conduit dans la Belgique : 
Ypre et Charleroi sont à nous. 
Vive à jamais.. . 

Ici, les spectateurs, faisant la rime, achevèrent le 
couplet, et ce refrain : Vive à jamais la Répu- 
blique! retentit dans un chorus enthousiaste, tandis 
que les chapeaux et les mouchoirs volaient en 
l'air. 

A cette joyeuse soirée succédèrent des représenta- 
tions plus calmes et visant simplement à constituer 
au nouveau spectacle un répertoire composé, comme 
celui du défunt Théâtre National, d'œuvres tragi- 
ques, de comédies et d'opéras-comiques. En voici la 
nomenclature exacte. 



THEATRE DE l'ÉGALITÉ i49 

1 1 messidor (29 juin) : Le Dépit amoureux^ comédie 
en 2 actes, en vers, par Molière (du Théàtre-Frauçais) ; 

1 1 messidor : Wentely ou Le Magistrat du Peuple^ 
opéra en 3 actes, par Fabien Pillet, musique de Ladur- 
ner (du Théâtre National) ; 

12 messidor (3o juin) : U Ecole des Pères , comédie 
en 5 actes, en vers, par Pieyre (du Théâtre-Français) ; 

i3 messidor (i*' juillet) : L Ecole des Maris^ comé- 
die en 3 actes, en vers, par Molière (du Théâtre-Fran- 
çais) ; 

i3 messidor : Hymne éDucATivs, par Desforges. 

Production nouvelle, mais dont aucun critique ne 
parla. 

i4 messidor (2 juillet) : La Servante maîtresse^ 
opéra-comique en 3 actes» par Baurans, musique de 
Pergolèse (de la Comédie-Italienne) ; 

i4 messidor : Le Retour du mari^ comédie en i acte, 
en vers, par Ségur jeune (du Théâtre-Français) ; 

16 messidor (4 juillet) : Alisbelle, ou Les Crimes de 
la féodalité, opéra en 3 actes, en vers, par Desforges, 
musique de Louis Jadin (du Théâtre National) ; 

16 messidor : Les Fausses infidélités, comédie en 
1 acte, en vers, par Barthe (du Théâtre-Français). 

Pendant la représentation d'AUsbelle, la nouvelle 
de la prise de Mons parvint au Théâtre de TËgalité; 
Fabien Pillet la célébra dans les vers qui suivent et 
que, malgré leur peu d'éclat, on couvrit de bravos. 



120 THEATRE DE l'sGALITÉ 

Air : On compterait les diamants. 

Réjouissez-vous, bons Français^ 
Nos guerriers se couvrent de gloire ; 
Partout nous avons des succès, 
L'ordre du jour est la victoire. 
Cobourg et ses nobles héros 
Dans leurs pieds ont mis leur courage, 
Et, s'ils n'avaient tourné le dos, 
On les verrait pleurer de rage. 

Eh ! comment ne ririons- nous pas 

De ces émigrés imbéciles, 

Aussi lâches dans les combats 

Qu'ils paraissaient fiers dans nos villes ? 

Rions d'un héros qui pâlit 

Devant la couleuf tricolore, 

Et de cet autre qui s'enfuit, 

Nous menace et s'enfuit encore. 

Rions du sot ministre anglais 
Qui, pour opérer notre perte, 
Fait chaque jour de grands projets 
Que chaque jour on déconcerte. 
Tyrans, une terrible voix 
Au fond des enfers vous appelle, 
Tout annonce la mort des rois, 
L'allégresse est universelle. 



17 messidor (5 juillet) : Tartuffe^ comédie en 5 actes, 
en vers, par Molière (du Théâtre-Français) ~ modifiée 
par Verteuil dans le sens révolutionnaire ; 

18 messidor (6 juillet) : Le Consentement forcé, 



THEATRE DE l'eGALITE 121 

comédie en i acte, par Guyot de Merville (du Théâtre - 
Français) ; 

19 messidor (7 juillet) : Nanine, comédie en 3 actes, 
en vers, par Voltaire (du ThéAtre-Français). 

Ce soir-là, nouveaux couplets, inspirés par la 
prise d'Ostende à Ravrio, de la Section des Marchés, 
et dont voici le plus saillant : 

Toi qui fait le tour du monde. 
Liberté chère au Français, 
Dans ta course vagabonde 
Chante ses nouveaux succès ; 
Peins à la terre étonnée 
Tout un peuple de Brutus, 
Peins la victoire enchaînée 
Dans les plaines de Fleurus. . . 

22 messidor (lo juillet) : La Première réquisition^ 
pièce patriotique en i acte, par Landon (du Théâtre 
National) ; 

23 messidor (ii juillet) : Les Folies amoureuses, 
comédie en 3 actes, en vers, par Regnard (du Théâtre- 
Français) ; 

24 messidor (12 juillet) : Le Bienfait anonyme, 
comédie en 3 actes, par Joseph Pilhes (du Théâtre- 
Français). 

Annonce encore, à cette date, d'un succès de nos 
braves, entrés dans la capitale des Pays-Bas ; Ver- 
teuil, qui était Torateur de la troupe, lit au public 
un extrait du rapport de Barère, et son collègue 



m THÉÂTRE DE l'bG ALITÉ 

Durand chante deux couplets, improvisés par le 
citoyen La Goretterie, de la Section Bonne-Nou- 
velle : 

AIR : Du vaudeville de la Soirée orageuse. 

Sur le Brabant, mes chers amis, 
L^Empereur n*a plus aucuns titres ; 
Tous ses fameux remparts sont pris, 
Et nous dînons sur ses chapitres. 
A Nivelle il était encor, 
Il était Baron de Nivelle ; 
Mais on lui ravit ce trésor : 
Il n'est plus qu'un Jean de Nivelle. 

Dans Bruxelles, mes bons amis, 

Les Français ont fait leur entrée ; 

Nous avons des Rois réunis 

Fait fuir la troupe timorée. 

Tout cède à nos puissants canons ' 

Le ci-devant Roi de Bruxelle, 

En fuite avec ses bataillons, 

N'est plus rien qu'un Jean de Nivelle. 

26 messidor (i4 juillet) : Par le Peuple, pour célé- 
brer répoque du i4 juillet; Manlius Torquatus^ ou La 
Discipline romaine^ tragédie en 3 actes, par Joseph 
Lavallée (du Théâtre National) ; Sélico, ou Les Nègres, 
opéra en 3 actes, par Saint-Just, musique de Mengozzi 
du même théâtre) ; 

27 messidor (i5 juillet) : U Heureuse décade^ opéra- 
vaudeville en I acte, par Barré, Léger et Rosières (du 
Vaudeville) ; 



THÉATRB OB L*ÉGAL1TÂ f23 

2g messidor (17 juillet) : La Métromanie, comédie en 
5 actes, en vers, par Piron (du Théâtre-Français) ; — 
Saint-Fal, transfuge du Théâtre de la République, 7 
débute, à côté de Mole, par le rôle de Damis. 

Pour une période de vingt-trois jours, nous comp- 
tons ici vingt-deux pièces. On aurait tort de croire 
qu'absorbés par ce labeur collectif les acteurs du 
Théâtre de TEgalité négligeassent leurs intérêts indi- 
viduels. La Commission de ITnstruction et le Comité 
de Salut public recevaient d'eux, au contraire, des 
requêtes à peu près quotidiennes. Empruntons aux 
Archives Nationales quatre de ces épftres, implorant 
des faveurs de natures différentes. 

MbMOIIIB du GITOTEM MOLÉ, ARTISTE DU THiATRB, 

AU Comité de Salut public. 

Le citoyen Mole a des dettes occasionnées par la perte de 
son privilège du spectacle de Roaen, acquis en mai 178g 
pour sauver à son frère atné l*horreur d'une banqueroute. 

Il a servi quarante ans le public français, il a perdu ses 
places de professeur et ses pensions faisant 11.400 livres 
par an. 

Il a une maison lourde et ne peut l'alléger, parce qu'elle 
est ancienne et composée de braves frères et soeurs qui sont 
chez lui depuis quinze, vingt, vingt>siz ans, sa fille, l'en- 
fant de sa fille, son frère et les indigents qui s'offrent à 
lui. 

Il a pour 34.000 livres d'engagements faits à 8.000 livres 
par an et a5.ooo livres de dettes éparses. 

Il vient de signer pour le théâtre du faubourg Germain 
une souscription à 6.000 livres par an d'appointements (i). 

(1) Noas Terrons plus tard qae MoIé touchait lê double de cette 
somme. 



124 THBATRB DE L*ÉGALITÉ 

Il Taurait signée à moins, tant il est confiant dans la justice 
du Comité de Salut public, qui ne voudra ni son déshon- 
neur ni qu'il trahisse les devoirs sacrés de la probité. 
Le citoyen MoIé a soixante ans. 

ArMAHD VlRTKUIL, ARnSTB, AU CfTOTEN PaTAM , MEMBRE DU GOMITB 

d'Instruction pubuqui. 

7* jour de prairial an fi. 
Citoyen, 

Avec de l'esprit et une profonde connaissance de l'art 
dramatique, j'eusse pu faire Timoléon, Avec un cœur brû- 
lant de patriotisme et guidé par lui, j'ai fait Lu Siège de 
DuNKBRQUE, OU Les Parfaits républicains^ sujet pris dans les 
fastes de notre Révolution et qui n'a été traité par per- 
sonne. C'est le premier ouvrage qui échappe à ma plume, et 
je le soumets en toute confiance à tes lumières. Je pourrais 
réclamer ton indulgence sur la partie du style qui pourrait 
être plus soigné si je l'eusse écrit moins rapidement, mais, 
mon imagination allant aussi vite que les baïonnettes et 
les succès de nos armées, j'ai cédé à l'impatience d'annon- 
cer rapidement un trait mémorable avant que de le laisser 
devancer par les victoires républicaines qui de toutes parts 
sont à l'ordre du jour. 

Cet ouvrage a déjà été soumis à d'anciens administrateurs 
de police qui alors devaient en connaître. Il était reçu au 
Théâtre National avant sa translation au faubourg Ger- 
main. Je me félicite de ces délais puisqu'ils me procurent 
la satisfaction de te le présenter, et, si tu l'adoptes, ce sera 
une des premières nouveautés que nous jouerons à notre 
ouverture. 

Quelques artistes à qui je l'ai communiqué m'en ont paru 
contents, vu que jusqu'à ce jour on n'avait pas encore 
trouvé le moyen de réunir de l'intérêt, de la gatté «t du 
patriotisme très prononcé dans une pièce à spectacle et 
révolutionnaire. J'ai cherché encore à retracer les diffé- 
rentes espèces d'aristocraties. Le rôle du ci-devant Prieur 



THBATRB DE l'bGALITÉ 125 

offre l'astuce et l'empire que ces charlatans ayaient sur les 
âmes faibles. Le rôle du Receveur des Gabelles retrace 
l'aristocratie par avarice de ses semblables. Le personnage 
imbécile et lâche de son fils est l'image de ce modérantisme 
qui accompagne toutes les actions des âmes stupides et 
sans énergie. La vieille gouvernante a pris son modèle 
dans cette classe de dévots fanatisés par les prêtres, et 
l'Emigré du troisième acte parle en tout le langage des bas 
valets de cour dont la sans-culotterie nous a fait justice. Le 
patriotisme qu'expriment tous les autres caractères me pri- 
vera peut-être des suffrages des spectateurs à petites loges 
masquées, mais j'appellerai de leur jugement aux Patriotes 
des communes, des armées, et à la Montagne, à qui je me 
ferai gloire de consacrer en tout temps ma plume, mes 
talents et ma vie. 

Si quelque chose en cette circonstance peut ajouter à 
l'intérêt que je désire inspirer par cet ouvrage, c'est l'inten- 
tion où je suis d'en consacrer le produit à des œuvres de 
bienfaisance. Je m'estimerai heureux si tes occupations te 
permettent de me lire ou de me faire au moins lire 
promptement, aûn que sous huit jours je puisse me pré- 
senter chez toi et y obtenir une réponse satisfaisante. 
J'attends de toi cette complaisance fraternelle et te prie de 
me croire en l'attendant, avec cordialité, ton dévoué com- 
patriote. 

Le Républicain Armaud Vbrtbuil. 



MOLé, AATISTB DU THBATRE, AU ClTOTEN PaTAN, MJUfBRB 
DE LA COJCKISSION DE l'InSTRDCTION PUBLIQUE. 

Septidi 37 prairial an II de la République. 

Le citoyen Verteuil, Citoyen, m'a dit hier que, parmi les 
pièces qui t'ont été présentées pour être jouées au Théâtre 
de l'Egalité, la Commission a suspendu et prononcé sur 
celle intitulée L'Ecole des Pères. Je n'entre point dans les 
raisons qui ont pu déterminer ta prudence à priver le 



126 théatHb ob l'bgalitb 

public d'un ouvrage d'une aussi excellente morale ; ce 
billet n'a pour objet que de t'apprendre que cette pièce de 
LEcole des Pères (corrigée comme elle Test) était prête à 
être donnée pour une représentation de bienfaisance» en 
fayeur d'une citoyenne que je ne connais point, qui m'a 
été adressée par le citoyen Laval lée, auteur de MeoUitu 
TorquatuSt et qu'elle me paratt intéressante au moins par 
les 45o livres qu'elle a payées d'avance dans l'espoir de 
cette représentation. Fais retentir cette remarque dans le 
cœur de tes collègues et permets cette pièce, ne fût-ce qoe 
pour cet usage, à moins que la Commission ne préfère lai 
faire avoir quelques secours auxquels je concourrais 'de 
tout mon cœur, car il est v/aiment pénible de songer qu'elle 

* 

se sera endettée pour cet objet après lequel on la fait inha- 
mainement courir depuis peut-être plus de deux mois, pen- 
dant lesquels elle me paratt avoir fait vingt lieues dans 
Paris. Je te parle un langage digne de toi en te disant que 
l'exemple de la Bienfaisance est bon à l'Instruction pu- 
blique. 
Salut et fraternité. 

MOLÉ, 

Rue du Sépulcre, faubourg Germain, n* 726. 



Aux GlTOTSlfS REPRiSBNTAlVTS DU PEUPLE GOMPOSAIVT LB COHITB 

DB Salut public. - 
Ce i4 floréal an II de la République. 

Citoyens Représentants^ 

Un bon sans-culotte républicain, par son baptistaire dans 
lequel se trouvent insérés les deux mots filius nobilis, n'a 
pas hésité d'obéir à la loi du 27 germinal dernier, après 
vous avoir représenté dans un mémoire que je croyais être 
excepté de la loi par l'état que j'avais exercé pendant la 
plus grande partie de ma vie, et c'est ce que je viens encore 
mettre sous vos yeux par celui-ci, et qui ne manquera pas 
d'intéresser votre humanité. 



THÉÂTRE DIE l'bGALITR 127 

Je sais artiste acteur du ci-derant Théâtre National, rue 
de la Loi, translaté par un arrêté du Comité de Salut public 
au ci-devant Théâtre des Français, faubourg^ Germain. Il y 
a yingt-httit ans sans interruption que je suis comédien» 
bien connu de tous mes camarades, qui ont attesté non 
seulement cette vérité par une pétition adaptive à mon 
mémoire, mais encore mes bonnes mœurs, ma bonne con- 
duite, et surtout mes principes invariables pour la prospé- 
rité certaine et impérissable de notre République. 

Je suis né de parents très pauvres qui, obligés de travail- 
ler pour la subsistance de leur famille, n'ont pu subvenir à 
mes besoins dans ma jeunesse ; il y a quarante ans que je 
vis du produit de mon travail. La perte de mon état actuel 
me fait éprouver la misère la plus profonde, que je partagée 
avec une bonne roturière, qui m'a épousé il y a vingt-quatre 
ans, n'ayant d'autres qualités que celle de comédien, et non 
noble titré, dont les préjugés expulsaient notre état de 
l'église, des emplois et même de toutes sociétés. Serais-je 
assez malheureux maintenant. Citoyens Représentants, 
après avoir bravé ces mêmes préjugés qui prononçaient 
même la dérogation de la noblesse titrée, de me trouver 
compris dans cette caste après vingt-huit ans de théâtre 
sans interruption. 

Je réclame de votre justice et de votre humanité l'excep- 
tion à la loi, ou la réquisition comme artiste étranger, 
étant né dans le ci-devant duché de Savoie (actuellement, 
grâce au ciel, département du Mont-Blanc). Ma profonde 
misère et mon civisme sont sans bornes. 

Dblhoiuib. 



Les demandes d^eiTgeni étaient celles que les 
Comités agréaient le plus volontiers, aussi l'envoi 
d'assig'nats satisfit-il Mole, tandis que Tacteur-auteur 
voyait refuser son ouvrage et que le noble malgré 
lui restait dans sa fâcheuse position. C*est donc sans 



130 THBATRB DB l'BGALITB 

Qlle jeune, jolie et riche. Les garçons font U joie de lear 
père. Au dernier combat, ils se sont assez distingués pour 
que leur général ait youIu les avancer d'un grade, mais ils 
ont refusé, déclarant qu'assurés de remplir toujours les 
devoirs du soldat par leur bravoure et leur obéissance aux 
ordres supérieurs, ils craignaient leur inexpérience pour les 
fonctions d'officier. 

• La fille a deux amants, hors de la réquisition, l'un parce 
qu'il a vingt'Six ans, l'autre parce qu'il n'a pas encore accom- 
pli sa dix-huitième année. Le premier, fortuné, est présenté 
par la mère ; le second^ pauvre mais appelé par la fille, se 
présente tout seul. Décidé d'avance à ne donner sa fille qu'au 
meilleur patriote, le fermier blAme l'atné des jeunes gens 
d'avoir trop calculé son extrait de naissance et les termes 
de U loi ; jaloux d'obtenir le suffrage du père, ce prétendant 
se rend tout droit à sa section et se fait inscrire pour le 
service. Son rival, surpris causant avec celle qu'il aime et 
voulant sauver la situation, déclare au père qu'il était venu 
le prier, comme étant commissaire, de l'agréer comme 
engagé, les trois mois qui lui manquent ne devant point 
l'empêcher de mettre sa vigueur et son courage au service 
de la Patrie. 

Les communes des départements, pour obvier à la rareté 
des vivres et arrêter l'effet des accaparements, ont décidé de 
défricher leurs terres incultes. Tous les habitants s'assem- 
blent et partent pour ce travail. Les amants ne se trouvent 
ni l'un ni l'autre au rendez-vous général, mais pour des rai- 
sons différentes :1e plus jeune est parti avant l'heure, tan- 
dis que l'autre n'apparatt qu'au moment du retour. Le pre- 
mier a été vu du fermier commençant sa besogne ; le second 
arrive, besogne faite, pour apprendre au fermier qu'il vient 
de sauver de la destruction sa ferme que des brigands avaieot 
projeté de piller et de détruire. Grands éloges de la part 
de la mère et des habitants ; mais le fermier, d'un ton sévère, 
demande si le bien d'un particulier doit être mis en balance, 
et surtout être préféré au bien général. — « J'ai, dit-il 
à l'amoureux déconfit, de la reconnaissance pour le service 
que tu m'as rendu ; pour m'acquitter, je t'offre de partager 



THéATRB DB l'bGALITÉ iSl 

mwec toi le bien qae ta m'as ooDierTé ; maii j'ai promis ma 
fille an plus patriote, elle appartient à ton rival ». 

Plus heareuse qae la précédente, cette pièce eut 
un succès motivé par sa marche logique, des couplets 
bien tournés et une mise en scène agréable. Un mot 
scabreux faillit pourtant le compromettre. En pré- 
sentant au bon patriote sa fiancée, le fermier, joué 
par Amiel, disait : c Ma fille est une propriété 
nationale, elle t'appartient ». — Le rire des specta- 
teurs fut subit et universel. — c Mais, dit un jour- 
naliste, dans la bouche du bon Républicain, cette 
expression n*a blessé ni les oreilles ni les esprits ; 
les mœurs simples et vertueuses sous les yeux de 
Républicains, eux-mêmes vertueux, ne souffrent pas 
longtemps l'équivoque ». — Non imprimé. 

Notons, à la même date, le début de la citoyenne 
Gasse dans Alisbelle . 

Quarante-huit heures plus tard — le 29 thermidor 
ou 16 août — l'affiche du Théâtre de l'Egalité annon- 
çait : dans La Métromanie de Piron, Fleury et Nau- 
det ; dans Les Faasses . confidences de Marivaux, 
Dazincourt, Fleury, lescitoyennes Contât et Devienne. 
Cette soirée fut un événement. Bien avant la distri- 
bution des billets, une foule immense occupa les 
avenues du bâtiment, et, dès l'ouverture de la salle, 
toutes les places furent prises. Quant à la représenta- 
tion, le Journal de Paris la jugea en ces termes : 

Si le véritable prix des talents est la gloire, ces aetanrs 
ont reçu «n un seul jour la récompense de dix années de 



1H2 THÉÂTRE ofi l'Égalité 

travaux et de succès. Nous croyons bien inutile de faire 
mention de la manière dont les différents rôles ont été ren- 
dus ; toutes les âmes étaient électrisées, et le public dans 
l'iyresse a applaudi, non seulement toutes les phrases, mais 
pour ainsi dire tous les mots. Enfin, dans la crainte que cette 
expression de la joie commune et de l'entière satisfaction de 
tous ne fût pas assez prononcée, pour appliquer plus spécia- 
lement sur rindividu et non sur Tacteur les témoignages 
déjà prodigués avec si peu de mesure, le spectacle terminé, 
le public a fait relever la toile, en invitant chacun de ces 
artistes à se présenter. Tous ont paru, et tous ont de nou- 
veau été couverts d'applaudissements. 

Un pareil enthousiasme ne visait pas seulement le 
mérite des anciens comédiens du Roi, il voulait les 
veng'er des persécutions noblement subies La 
Métromanie fournissait pour cela des allusions 
nombreuses et qui furent saisies avec tant d'insis- 
tance que le spectacle en fut prolongée de quatre 
heures . 

Cette fête du cœur et de l'esprit devait être suivie 
d'une soirée non moins belle. Un mois auparavant, 
le Comité de Salut public, toujours propice à lagent 
théâtrale, avait pris en faveur du doyen des acteurs 
français cet aimable arrêté : — t Par respect pour la 
vieillesse et pour les arts, il sera délivré à titre de 
secours au citoyen Préville, artiste du ci-devant 
Théâtre-Français, un mandat sur la Trésorerie Natio- 
nale de la somme de deux mille cinq cents livres >. 
— Pour remercier de ce présent autant que pour 
donner à ses amis, g'roupés à nouveau, un témoi- 
gpnage de sympathie, Préville décida de remon- 
ter sur la scène dont il avait long'temps été le charme 



THEATRE DE L*ÉGALITÉ 



133 



et le modèle. Il reparut en conséquence, le 3 fructi- 
dor (20 août), dans le principal rôle du Bourru 
bienfaisant^ comédie en 3 actes, de Goldoni. 
Applaudi avec transport pendant toute la pièce, il 
fut, au dénouement, redemandé avec Mole, Fieury, 
Dazincourt, Naudet, les citoyennes Lange et Devienne 
qui avaient pris part à la représentation. 

Des rentrées moins sensationnelles, mais intéres- 
santes néanmoins, suivirent celle de Préville. Petit à 
petit le Théâtre-Français se reconstituait, à la grande 
joie du public et au proiit des comédiens munici- 
paux. En fructidor effectivement, on comptait, dans 
la troupe de TË/jifalité, vingt anciens pensionnaires 
du roi, mensuellement appointés ainsi : 



ce. Mole .... 


1 .000 : 


ivres 






Saint-Prix . 


. I.OOO 


> 






Fieury. . . . 


I.OOO 


> 






Larive. . . . 


1 . 000 


» 


. 


. 


Dazincourt . . 


1 . 000 


» 






Préville. . . . 


1 .000 


» 






Saint-Fal . . 


85o 


» 






Naudet . . . . 


666 


» 


i3 sous 4 d( 


miers 


Champville . . 


333 


» 


6 » 8 


» 


Florence. . . 


333 


» 


6 » 8 


» 


Marsy 


333 


» 


6 » 8 


» 


Cnw Contât Taînée 


2.000 


» 






Devienne . . 


. I . 000 


» 






Rau court . . . 


1 .000 


» 




' 


Lange. . . . 


666 


» 


i3 > 4 


» 


Thénard. . . 


5oo 


» 







IM TUATRB DB l'bGALITB 

(>•• Pleury 5oo livres 

Contât cadette. 5oo > 

Mézeray. . . . 875 » 

Sain 333 » 6 sous 8 deniers 



Pour ces sommes modiques, les maîtres-acteurs 
firent, avec conscience, le travail suivant : 

7 fructidor (24 août) : Crispin médecin, comédie en 
3 actes, en vers, par Hauteroche (du ThéAtre-Français,^^ 
avec Ghampville dans le rôle de Crispin ; 

8 fructidor (a5 aoftt) : Le Père de famille^ drame en 
5 actes, par Diderot (du Théâtre-Français) ; 

10 fructidor (27 août) : La Gageure imprévue, jouée 
par Fleury, Préviile, Dazincourt et les sœurs Contât ; 

12 fructidor (29 août) : La Journée de l* Amour ^ diver- 
tissement anacréontique en I acte, parGallet (du Théâ- 
tre National) ; 

i4 fructidor (3i août) : Dupuis et Desronait, comédie 
en 3 actes, en vers libres, par Collé (du Théâtre-Fran- 
çais), avec Mole dans le rdle de Dupuis ; 

16 fructidor {2 septembre): — Au bénéfice des famil- 
les infortunées par le funeste événement de la plaine 
de Grenelle (explosion du i4 fructidor), Guillaume 
Tell^ les chœurs de Marathon, et La Gageure impré' 
vue ; 

17 fructidor (3 septembre): Le Conciliateur, comédie 
en 5 actes, en vers, par Demoustier (du Théâtre-Fran- 
çais), avec Fleury dans le rôle de Melcourt ; 

23 fructidor (9 septembre) : Le Vieux célibatairey 
comédie en 5 actes, en vers, parCoUin d'Harleville, avec 
Mole dans le rôle de Dubriage ; 



THBATRB DB l'bGALITB 135 

a4 fructidor (lo septembre) : Philoctète, tragédie ea 
3 actes, par Laharpe (da Théâtre-Français), avec Larive 
dans le principal rôle ; 

3o fructidor (i6 septembre) : Le Legs, comédie en 
I acte, en vers, par Marivaux (du Théâtre-Français) ; 

4^ jour complémentaire (20 septembre) : Le Babil- 
lardy comédie en i acte, en vers, par de Boissy (du 
Théâtre-Français), avec Mole dans le rôle de Léandre ; 

5e jour complémentaire (21 septembre) : Db par et 
POUR LE Peuple, Guillaume Tell, les chœurs de Mara- 
thon, et 

L'Education de l'ancien et du nouveau RioiME, sans* 
culottide en 3 actes, avec une fête en Thouneur de Marat, 
par -. 

Le premier acte se passe sous l'ancien régime. M. Lenoir, 
maître de pension, tient aux vieilles habitudes. La déclara- 
tien des Droits n'a pas pénétré dans son établissement, où 
le catéchisme occupe une place très importante. Plusieurs 
de ses élèves sont pourtant indignés de son pédantisme et de 
ses procédés brutaux, aussi règne-t-il dans Técole une agi- 
tation qui bientôt fomente un complot en règle. La fin du 
mois étant venue, M. Lenoir dicte à tous une lettre dans 
laquelle les écoliers se déclarent fort heureux et prient leurs 
familles d'offrir un présent au bon magister ; mais, au lieu 
d'adopter ce thème, le jeune républicain Bertrand mande i 
ses parents qu'il est victime du joug le plus odieux et que rien 
ne lui coûtera pour s'en délivrer. Fureur de Lenoir, qui punit 
le rebelle avec tant de violence que ses camarades protestent. 
Menacés à leur tour, ils se révoltent, enveloppent Lenoir 
dans un tapis, le roulent sur le théâtre, et le contraignent 
enfin à lire la déclaration des Droits, qu'il a violée avec tant 
d'impudence. 

Le second acte est un hommage rendu au nouveau régime. 
Dans un décor représentant un atelier, des élèves se livrent 



136 THEATRE DB l'bGALITÉ 

• 

à rezercice de dirers métiers ou professions mécaniqaes, 
d'aotres caltivent les arts ; tous pour finir se réunissent en 
assemblée, jugent quelques délinquants et délibèrent sur 
leurs affaires dans les formes républicaines. 

Une marche pompeuse ouvre le troisième acte. Des com- 
bats, des chants et des danses concourent à un dirertisse- 
ment aussi varié qu'intéressant. On inaugure les bustes de 
Marat, de Lepelletier, de Bara et de Viala. Des prix ensuite 
sont apportés sur le théâtre, et les élèves eux-mêmes les dis- 
tribuent à ceux qui les ont mérités. 

Cette soi-disant pièce était représentée par les 
Orphelins de la Patrie, réunis sous le titre de Société 
des Jeunes Français ; ils jouaient leurs rôles avec 
un aplomb, une intellig'ence et une vigueur extra- 
ordinaires. Par une complaisance explicable, Préville 
faisait, au premier acte, un personna^jc® de portier, 
et la citoyenne Contât l'aînée chantait, au troisième, 
des couplets louangeurs pour les acteurs occasion- 
nels. — Non imprimé. 



2 vendémiaire an III (23 septembre) : La Colonte^ophTR' 
comique en 2 actes, par Framery, musique de Sacchini 
(de la Comédie-Italienne), joué par Micallef (Biaise), 
Bourgeois (Fontalba), les citoyennes Bonne-Aimée 
Richardy (Beline) et Mézeray (Marine). 

La reprise de cet ouvrage fit applaudir, chez la 
citoyenne Richardy, une voix très harmonieuse; 
moins pur, le chant de sa compagne fut l'objet Je 
quelques critiques. Elle y répondit dans la lettre 
suivante : 



THBATRB DE l'bGALITB 137 



Àuœ Ariittei du Théâtre de VEgcUité, 

Si j'avais en la liberté de ne consulter que mon goût, je 
n'aurais pas souscrit à une réquisition pour chanter l'opéra- 
comique, mais mon cœur m'imposait la loi : celle qui me 
réanis&ait à mes camarades d'infortune et à mes maftres 
deyait me trouver soumise. Que ne m'a-t-on commandé des 
sacrifices plus pénibles ! Ma reconnaissance m'enchaînera 
toujours auprès des talents dont les succès ont été Tencon- 
ragement de mes premiers efforts. 

Je n'ai pu avoir la prétention d'être utile i la Société» ni 
de plaire au public dans un emploi pour lequel la nature 
ne m'a donné que de faibles moyens. Mes premiers travaux 
m'ont fait aimer celui où un modèle inimitable, en inter- 
disant l'espoir de l'atteindre jamais, donne à celles qui 
l'étudient des leçons toujours variées de la perfection de la 
nature et du talent. C'est dans cette carrière que se sont 
essayés mes premiers pas. Je chéris la liberté d'y rester 
sans distraction préjudiciable à mes études. Je prie la 
Société de m'y souffrir avec son ancienne indulg^ence, et de 
compter sur le travail assidu d'une élève qu'elle a bien 
voulu associer à sa gloire. 

Je renonce donc à Topéra-comique, et je déclare que je 
cesserai d'y chanter aussitôt que l'intérêt de la Société lui 
laissera la liberté de me rendre tout entière à l'emploi que 
j'avais avant nos communs malheurs. Je demande acte de 
ma déclaration, et son inscription au registre des délibé- 
rations. 

Salut et fraternité. 

J. MSZBRAT. 

Transmises aux feuilles publiques, ces lig'oes, 
présentant comme une complaisance ce qu'on avait 
pu croire une prétention, les rendirent indulgentes 
pour les chansons auxquelles la comédienne dut 
consentir encore. 



138 THBATRB DB l'bGALITB 

5 vendémiaire (26 septembre) : Lb Doublb divorce^ ou 
Le Bienfait de la loi^ comédie en i acte, eu vers, par 
Forgeot. 

Dorlis ce. BiNARD-FLBORT. 

Belmon Albout-Dazincouht. 

Lucinde (>•• Contât . 

Cécile Lange. 

Accepté en raison de sa fortune comme époux de la très 
jeune Cécile, le sexagénaire Belmon se dépite, après un 
certain temps, de n'être qu'un père pour sa femme, et 
divorce pour convoler avec Lucinde, qui a cinquante ans, 
mais possède de grands biens. De son côté Lucinde, épouse 
de Dorlis, Agé de trente années, se rend compte que celui-ci 
l'estime sans l'aimer et recourt au même procédé pour le 
rendre libre. Mais que deviendront Dorlis et Cécile, tous 
deux pauvres? Belmon et Lucinde imaginent de les marier 
ensemble. Gela ne souffrira aucune difficulté de la part de 
DorIis> qui ne dissimule point un tendre penchant pour 
Cécile, mais cette dernière affecte vis-à-vis de Dorlis une 
froideur qui déconcerte un peu les deux mûrs personnages. 
Cette indifférence, par bonheur, dissimule d*affectueux sen- 
timents que l'experte Lucinde sait bientôt dévoiler. La sym- 
pathie réciproque des jeunes gens s'explique par ce fait 
qu'ils pensaient l'un à l'autre quand des unions dictées par 
l'intérêt de leurs parents les ont séparés. Dorlis épousera 
donc Cécile, et la généreuse Lucinde, qui ne veut pas que 
rbomme qu'elle a aimé vive dans la gêne, lui assure la 
moitié de ses biens. Cela vexe Belmon, qui voyait surtout 
dans son second mariage une excellente affaire ; il le dit 
trop, et Lucinde congédie cet avare prétendant. Dorlis sera 
l'époux de Cécile, adoptée par Lucinde, lorsqu'il reviendra 
de l'armée où l'appelle son devoir de patriote. 

Faite dans le but d'exposer les avantai^ es de la loi 
qui avait établi le divorce, cette comédie est écrite 



THEATRE DB L'ÉGALlTé 139 

en vers faciles ; des scènes aimables, des mots sail- 
lants lui valurent un succès auquel contribua puis» 
samment le talent des quatre interprètes. 

5 vendémiaire (a6 septembre) : Mahomet, tragédie en 
5 actes, par Voltaire (du Théâtre-Français), avec Saint- 
Prix dans le rôle de Mahomet, Naudet dans celui de 
Zopire et la citoyenne Fleury en Palmire ; 

Il vendémiaire (2 octobre) : Le Mercure galant^ 
comédie en 4 notes, en vers, par Boursault (du Théâtre- 
Français), avec Préville dans les cinq rôles comiques ; 

i3 vendémiaire (4 octobre) : Horace, tragédie en 
5 actes, par Corneille (du Théâtre-Français), avec 
Larive dans le rôle du vieil Horace et la citoyenne 
Raucourt dans le rôle de Camille ; 

i4 vendémiaire (5 octobre) : Félix, ou V Enfant 
trouvé^ opéra-comique en 3 actes par Sedaine, musi- 
que de Monsigny (de la Comédie-Italienne) ; 

30 vendémiaire ( 1 1 octobre) : De par bt pour le Peuple, 
Pygmalion, scène lyrique, par Jean-Jacques Rousseau 
(du Théâtre-Français). 

Les cendres de Rousseau ayant été, dans la 
journée, transportées avec pompe au Panthéon, 
TEgalité, comme tous les théâtres, avait dû prendre 
part à cette fête i)£itionaIe. Larive en Pygmalion et 
la citoyenne Lange en Galatée ne pouvaient qu'être 
chaudement applaudis. 

23 vendémiaire (i4 octobre) : Le Dissipateur, comédie 
en 5 actes, en vers, par Destouches (du Théâtre - 
Français), avec Mole dans le rôle de Cléon ; 



140 THEATRE DE L*BGALITÉ 

24 ▼endémiaire (i5 octobre) : Le Lendemain de ul 
BATAILLE DE Fleurus, OU La Cavalcade, impromptu- 
caricature en I acte mêlé de prose, de vers et de 
musique, par Bertin d'Antilly, musique de Kreutzer. 

Défaits à Fleurus, Goboarg, Glairfait, Beauliea et le duc 
d'York s'arrêtent dans un yiUage où ils s'occupent à 
envoyer des courriers pour instruire l'univers de leur 
dernier succès. L'aubergiste chez lequel ils logent aime en 
secret les Français et leur fait donner par ses fils avis de 
la présence des princes. Pendant qu'on prépare un très 
beau dtner, les habitants des villages voisins viennent 
complimenter les généraux sur leur bravoure. Des bohé- 
miennes, instruites par l'hôtelier, annoncent aux étrangers 
que le génie de la Liberté doit bientôt les anéantir ; riant 
de cette prédiction, les Altesses vont se mettre à table quand 
le canon se fait entendre : ce sont les Français qui arrivent. 
Tremblants alors, les quatre généraux demandent des mon- 
tures ; on leur amène des mulets sur lesquels ils s'empres- 
sent de franchir un pont qu'ils font brûler ensuite. Les 
Français^ qui surviennent, jurent néanmoins de les pour- 
suivre, et la toile tombe aux cris répétés de : Vive la Répu- 
blique I 

Dans une lettre adressée aux Petites- Affiches, 
Bertin d*Antilly présentait cet ouvrag'e comme une 
revanche des ridicules que, depuis un temps immé- 
morial, les Ang-lais se plaisaient ^à nous attribuer. 
Tout en louant ce sentiment, les spectateurs trou- 
vèrent, qu'à l'exemple des fils d'Albion, l'auteur avait 
tracé ses personnag'es avec des couleurs trop vio- 
lentes. Bien que drôle et bien jouée par Champville, 
Amiel, Vellut, Micallef, Walville, Verteuil, les 
citoyennes Verteuil, Mézeray et Gasse, sa pièce, eo 



THEATRE DB l'BGALITB 14! 

conséquence, n'eut qu'un léger succès. — Non 
imprimée. 



27 vendémiaire (18 octobre) : Iphigénie en Tauride, 
tragpédie en 5 actes, par Guimond de Latouche (du 
Théâtre Français), jouée par Larive (Oreste), Saint-Fal 
(Pilade), et la citoyenne Raucourt (Iphigénie) ; 

2 brumaire (28 octobre) : Le Mariage secret^ comédie 
en 3 actes, en vers, par Desfaucherets (du ThéAtre- 
Français) ; 

4 brumaire (25 octobre) * La Veuve du Malabar, 
tragédie en 5 actes, par Lemierre (du Théâtre-Français), 
jouée par Saint-Prix (le Général français), Saint-Fal (le 
jeune Bramine), Naudet (le grand Bramine) et la 
citoyenne Fleury (Lanassa) ; 

5 brumaire (26 octobre) : Le Mariage de Jean-Jacques 
Rousseau, intermède en i acte, mêlé de chant, par 
Beaunier et Blanviilain, musique de Bruni. 

Rousseau s'est fixé à Bourgoin. Convaincu qu'un céliba- 
taire est un mauvais citoyen, il veut unir son sort à celui 
d'une femme vertueuse. Pour cela il invite deux de ses 
amis à goûter dans son appartement. Quand ils sont arrivés, 
Thérèse Levasseur, gouvernante de Jean-Jacques, met trois 
couverts sur la table. Le philosophe demande un quatrième 
couvert, Thérèse l'apporte. Le plaçant alors à côté du sien, 
Rousseau dit à sa gouvernante que, si elle consent à s'unir 
à lui, ce sera là sa place habituelle. Thérèse accepte avec 
joie la proposition qu'on vient de lui faire. Jean-Jacques 
confesse à ses convives qu'il ne les a invités que pour lui 
servir de témoins ; puis il développe les principes de la 
saine morale avec tant de chaleur que son épouse et ses 
amis fondent en larmes. 



142 THÉÂTRB DB L*BGALITB 

Echo de la fête dédiée quinze jours auparavant au 
célèbre écrivain, cette scène, où les auteurs avaient 
intercalé les belles maximes éparses dans ses œuvres, 
fut froidement accueillie, parce que Micallef et 
Fradelle la jouèrent sans intellig-ence. Elle précédait 
un hymne dont voici le début : 

Des rois la faiblesse insolente 
Du peuple a méconnu les droits, 
Du peuple la raison puissante 
A brisé le sceptre des rois. 
O Rousseau, voilà ton ouvrage ! 
C'est toi dont Tencens vertueux 
Nous réveilla du long servage 
Et du néant de nos aïeux... 

— Non imprimée. 



5 brumaire (26 octobre) : Ij Entrevue, comédie en 
I acte, en vers, par Vigée (du Théâtre-Français), jouée 
par MoIé (le Marquis), Dazincourt (Frontin), Durand 
(le Chevalier), citoyennes Contât aînée (la Marquise), 
Emilie Contât (Lisette) ; 

i3 brumaire (3 novembre) : Roêe et Coku, opéra- 
comique en 1 acte, par Sedaine, musique de Monsigny ' 
(de la Comédie-Italienne) ; 

i5 brumaire (5 novembre) : La Surprise de Vamour, 
comédie en 3 actes, par Marivaux (du Théâtre-Français), 
avec Mole dans le rôle du Chevalier et la citoyenne 
Contât aînée dans celui de la Marquise ; 

18 brumaire (8 novembre) : Le Misanthrape^ comédie 
en 5 actes, en vers, par Molière (du Théâtre^Français) ; 



THEATRE DB L*B6ALITB 143 

ig brumaire (9 novembre) : Arlequin bon père, 
comédie en i acte, par Florian (de la Comédie-Ita- 
lienne) ; 

23 brumaire (i3 novembre) : L'Esprit de contra- 
diction, comédie en i acte, par Dufresny (du Tbéàtre- 
Français) ; 

25 brumaire (i5 novembre) : Phèdre, tragédie en 
5 actes par Racine (du Théâtre-Français), avec Larive 
dans le rôle d*Hippolyte et la citoyenne Raucourt dans 
celui de Phèdre ; 

25 brumaire : Les Epreuves, comédie en i acte, en 
vers, par Forgeot (du Théâtre-Français) ; 

2 frimaire (22 novembre) : Le GoioassiOMMAiRB, comé- 
die en 2 actes, par Julie Gandeille. 



Gange. . . 
Bernard . . 
Northel . . 
Le Concierge 
Henriette. 
Germaine 
Deax enfants. 



ce. DlZOlGOURT. 

Gauvoiit. 

Saiht-Fal. 

Naudbt. 

C«« CoirrAT AIKBB. 

Dbviernb. 



Comnaissionnaire de la prison de Saint-Lazare, Gange, 
hoDome sensible et bon, rend volontiers service aux détenus 
qu'elle renferme. L'un d'eux, Northel, l'a prié d'aller voir sa 
femme et ses enfants ; mais, accablé d'ouyrag;e, Gange oublie 
de s'acquitter de cette mission. Northel est si triste, si 
découragé que^ loin d'avouer sa faute, le commissionnaire 
déclare avoir vu les enfants et la femme du prisonnier; tous 
se portent bien et, grâce à l'obligeance d'une voisine, ne 
manquent ni de vivres ni d'argent. 

Pour preuve de ce qu'il avance, Gange remet à Northel un 
billet de cinquante francs, comme venant de sa femme qu'il 
affirme posséder encore un billet semblable. Or, cent francs 



144 THBATRB DB l'bGALITB 

composent toate U fortune du commissionnaire, et c'est de 
sa poche qu'est sorti le billet remis à Northei. Celui-ci 
rassuré, Caoge rend enfin visite à la famille du détenu. Sa 
position est cruelle ; sans travail et sans amis, la mère ne 
peut donner de pain à ses enfants, et vient elle-même de 
s'évanouir quand le commissionnaire entre dans sa man- 
sarde. C'est pour Cange l'occasion de placer l'argent qui lui 
reste, et, de même qu'il a donné à Northei cinquante 
francs de la part de sa femme, il remet k la femme cin- 
quante francs au nom de son mari. Sa bonne action par- 
faite, Cange va se retirer quand des cris de joie retentissent : 
la Terreur n'est plus, les procès sont instruits, et Northei, 
reconnu innocent, accourt embrasser les siens. On en vient 
alors aux explications. Cange essaie vainement d'attribuer 
à son camarade Bernard le mérite de ses actes, Bernard 
proteste, et Cange dévoilé est obligé d'accepter les témoi- 
gnages de reconnaissance qui lui sont dus. 

Quatre ouvragées déjà avaient mis au théâtre le 
généreux trait de Gange, quand Julie Gandeille en 
donna cette version. Sa pièce, agencée avec une cer- 
taine adresse et écrite dans un style naturel, reçut 
un accueil auquel contribua puissamment une 
interprétation hors ligne. — « Le jeu piquant et 
vrai de Dazincourt, dit en tète de sa brochure (i) la 
comédienne-écrivain, l'attitude simple de Caumont, 
la diction épurée de Saint-Fal, la grâce naïve de 
la citoyenne Devienne, le charme créateur de la 
citoyenne Contât ont procuré à l'auteur un des plus 
doux moments qu'elle ait passés de sa vie ; elle en 
remercie ses anciens camarades. » 



(1) Cette brochure donne par erreur le 7 fHmaire comme date de li 
reprèieotatton. 



THBATRB DB l'bGALITE 145 

4 frimftîre (a4 noyembre) : Le Médecin malgré lui^ 
comédie en 3 actes, par Molière (du Théâtre-Français) ; 

7 frimaire (27 novembre) : Spartactu, tragédie en 
5 actes, par Saurin (du Théâtre-Français), jouée par 
Larive ; 

16 frimaire (6 décembre) : L'Avare^ comédie en 
5 actes, par Molière (du Théâtre-Français), avec Cau* 
mont en Harpagon et Préville en Maître Jacques ; 

17 frimaire (7 décembre) : La Mort de César, tragédie 
en 5 actes, par Voltaire (du Théâtre-Français), avec 
Larive en Brutus et Saint-Prix en Cassius; 

18 frimaire (8 décembre) : L'Epreuve nouvelle, 
comédie en i acte, par Marivaux (de la Comédie-Ita- 
lienne) ; 

26 frimaire (16 décembre) : Les Deux Billets^ comé- 
die en I acte, par Florian (de la Comédie-Italienne) ; 

3o frimaire (20 décembre) : Le Dis traita comédie en 
5 actes, en vers, par Regnard (du Théâtre-Français) ; 

ler nivôse (21 décembre) : Le Jeu de t amour et du 
hasardy comédie en 3 actes, par Marivaux (du Théâtre- 
Français). 

En voyant tant d'ouvrages défiler sur Taffiche, le 
public pouvait croire, sinon à la fortune du spectacle 
de l'Egalité, du moins à une entente cordiale entre 
les artistes composant son double personnel. Il n'en 
était rien, par malheur. Les acteurs de l'ancienne 
Comédie-Française, faisant seuls recette, se plai- 
gnaient de n'avoir pour cela que des appointements 
dérisoires, et tenaient à distance leurs modestes 
confrères qui invoquaient en vain les fraternels 
principes sur lesquels on avait basé l'entreprise. 

10 



446 THBATRB DE LEGALITE 

Instrait de ces dissentiments, le Comité de Salut 
public crut y porter remède en accordant aux 
mécontents l'autorisation de quitter le théâtre. Ils 
ne s'en firent point faute. Dès le i5 brumaire 
(5 novembre), Fleury avait pris sa retraite ; la 
citoyenne Lange l'imita vers la fin du même mois ; 
puis les démissions se multiplièrent, si bien qu'après 
une ultime représentation de Guillaume Tell et du 
Retour du Mari^ le Théâtre de l'Ëg^aiité dut clore 
ses portes. 

La pièce suivante^ reçue par le Comité de Salut 
public, donnera les détails et la date exacte de cette 
fermeture. 

Rapport sua le Thâatrb db l'Egautb. 

Paris, le 6 nivôse an III (a6 décembre I7g4)- 

Ce théâtre composé, par un enchaînement de circons- 
tances, de talents divers et qu'on n'est point accoutumé, du 
moins à Paris, à voir réunis, formé du rassemblement 
fortuit des acteurs, chanteurs, danseurs et musiciens de la 
citoyenne Montansier et de ceux de la ci-devanl Comédie- 
Française, vient de se dissoudre totalement par la démission 
de quarante au moins des principaux acteurs attachés 
ci-devant à la citoyenne Montansier. Ceux du Théâtre ci- 
devant Français, de leur côté, paraissent résolus à ne jouer 
qu'après une organisation définitive. Il en résulte que le 
Théâtre de l'Egalité doit nécessairement être fermé pendant 
quelques jours, jusqu'à ce qu'on ait eu le temps de débrouil- 
ler ce chaos. 

Hier, 5 nivôse, la Commission, à ce autorisée par le 
Comité, a reçu la démission de ces artistes, et leur a permis 
de faire afficher et publier dans les journaux la notice 
suivfinte : 



THBÀTRB DE l'ÉGALITB 147 

« La Commiuion executive de VlnÊiruetîùm Publique oyonf 
été autorisée à recevoir toutes les démissions qui lui seraient 
données par les artistes du Théâtre de rEffoliié, ces démissions 
ont été si nombreuses que les artistes restants se sont trouvés 
hors d'état de continuer les représentations et forcés de fermer 
leur théâtre, 

c Cest à quoi ils se sont décidés malgré eux, le 5 nivôse, et 
ce dont ils donnent avec regret avis au public. » 

Aujourd'hui 6 nivôse, la Commission a chargée un de ses 
employés d'aller préalablement au Théâtre de l'Egalité 
prendre connaissance de l'état des choses. Il a rapporté 
que, dans la totalité de la salle, il se trouve on grand 
nombre d'effets dont les uns appartiennent à la Nation, les 
autres à la citoyenne Montansier, les autres aux artistes du 
théAtre ; que des états de ces diverses propriétés sont 
dressés et en règle ; que cependant il sera nécessaire de 
comparer ces états avec les divers effets restants, tant en 
magasin que disséminés, attendu qu'il s'y trouve beaucoup 
d'objets de consommation, tels que bois, huile, etc., dont 
on s'est servi pour le service journalier du théAtre. 

A deux heures les artistes démissionnaires ont présenté à 
la Commission une note par laquelle ils représentent « l'ur- 
gence de nommer des commissaires-gardiens pour tons les 
effets du ThéAtre de l'Egalité, comme pour reconnaître et 
séparer ce qui appartient à la citoyenne Montansier dei 
objets - appartenant aux Comédiens Français, et qui te 
trouvent actuellement réunis ensemble au cloître des Corde- 
liers; les artistes déclarant ne vouloir à cet égard être 
chargés d'aucune responsabilité». 

D'après ces particularités, la Commission propose de 
nommer sans délai des commissaires, tant pour opérer cette 
répartition que pour veiller A ce qu'il ne soit rien distrait 
des objets devenus nationaux, en invitant, s'il est néces- 
saire, les artistes du ThéAtre ci-devant Montansier A ea 
nommer de leur côté qui seront responsables pour les 
objets appartenant A la citoyenne Montansier. Ce moyen 
lui parait plus expéditif et moins embarrassant que celui 
de l'apposition des scellés, inventaire, etc. 



i48 THEATRE DE L 'ÉGALITÉ 



On observe que, pour les objets restants dans la salle, le 
concierg^e de la Comédie est déjà institué gardien et les 
tient sous sa responsabilité. 

La clôture de la salle du faubourg" Saiot-Germain 
mettait le Comité de Salut public dans Toblig'atioii 
de régler les comptes d'une entreprise mal engpagée, 
mal poursuivie et dont aucun profit moral n'était 
résulté. Les acteurs de l'ancien Théâtre National 
n'avaient pas attendu la débâcle pour présenter aux 
gouvernants la facture qu'il leur faudrait solder. Le 
a5 brumaire (i5 novembre) ils s'étaient, en effet, 
présentés en corps à la Convention Nationale où 
Verteuil, leur porte-parole, avait donné lecture d'une 
pétition ainsi rédigée : 

Législateurs, 

Vous avez mis les vertus à Tordre du jour ; l'humanité 
est sans doute la première. 

Nous sommes, dans le sein de la Convention Nationale, les 
organes d'une nombreuse société d'artistes, dont les talents 
fournissent à l'existence de quinze cents citoyens compo- 
sant leurs familles. 

Nous exercions notre art sous l'administration d'adminis- 
trateurs intelligents, dans le plus beau théâtre et le mieux 
situé de Paris, lorsque nos directeurs, victimes des pam- 
phlets du Père Duchéne et du club électoral, furent incar- 
cérés, sur le réquisitoire de Ghaumette, agent-général de la 
Commune. Nous restâmes sans guides, sans ressources, 
abandonnés à nous-mêmes. Ce ne fut que par grâce et par 
une sorte de compassion pour nos familles^ que la Com- 
mune nous laissa la jouissance du Théâtre National, oii 
nous vécûmes de privations pendant six mois, employant 
nos modiques recettes à payer les dépenses préparatoires 



THEATRE DE l'ÉGALITB 149 

que nécessitaient les grands ouvrages que noas devions 
offrir au public, et que nous avions puisés dans les fastes et 
faits héroïques de notre glorieuse Révolution. C'est à l'ins- 
tant où nous allions les mettre en scène que nous reçûmes 
l'arrêté du Comité de Salut public, en date du 27 germinal, 
qui disposait de nôtre théâtre en faveur des artistes de 
l'Opéra, et nous translatait au théâtre du faubourg Germain. 
La lettre du ministre de l'Intérieur ne nous permit aucun 
délai que celui de trois jours. Alors la petitesse de notre 
nouvel atelier lie nous permit aucune possibilité de pouvoir 
mettre en activité tous nos genres de talents, et nos dépen- 
ses premières furent perdues pour nous et pour la progres- 
sion des arts. 

Un nouvel arrêté du Comité de Salut public, en date du 
18 prairial, établit l'organisation provisoire des théâtres. 
D'après un régime particulier pour ceux des Arts et de 
l'Egalité, il fut nommé pour eux un Agent National surveil- 
lant la recette, la conduite et le paiement des artistes. Nous 
fûmes consolés de nos maux par l'honneur d'appartenir au 
gouvernement, et par l'espérance de voir effectuer le projet 
accepté depuis trois mois pour l'agrandissement de notre 
salle. 

Un troisième arrêté du Comité de Salut public, en date 
du i5 thermidor, réunit à notre Société les artistes du 
ci devant Théâtre-Français, et cette augmentation nous enga- 
gea à solliciter du Comité une prompte organisation. On 
nous renvoya après celle du Théâtre des Arts ; et, puisque la 
munificence nationale a réglé son sort, nous croyons pouvoir 
venir à notre tour, sous le niveau de l'égalité, réclamer le 
secours et l'organisation que nous avons droit d'attendre du 
gouvernement. 

Nous avons remis, depuis dix décades^ aux comités réunis 
des Finances et de l'Instruction publique, le tableau finan- 
cier de notre théâtre. Il prouve qu'il existe, après cinq mois 
de travail et de zèle, et malgré notre réunion aux talents des 
artistes du Théâtre-Français, un déficit pour le complément 
du paiement de tous, provenant autant du retard à former 



ISO THBATRB DE l'BGALITE 

rorganisation qoe du malheareux emplacement de notre 
théâtre, sitaé dans on quartier éloigné et désert. 
Cest la rentrée de ce déficit que nous venons réclamer. 

Reçus avec honneur et congédiés avec de bonnes 
promesses, les demandeurs crurent à une solution 
prompte des difficultés exposées ; ils affichèrent 
donc, au foyer du théâtre, cet appel insinuant : 

La Gonyention Nationale ayant accueilli la pétition des 
artistes du Théâtre de l'Egalité et en ayant ordonné le rap- 
port dans la décade prochaine, les artistes du ci-devant 
Théâtre National invitent leurs collègues dont les appointe- 
ments sont au-dessus de s.ooo livres à vouloir bien ne pas 
insister à toucher des sommes conséquentes sur la caisse du 
citoyen Gaumont avant que préalablement il n'ait soldé un 
mois d'appointements, montant à i3.ooo livres, aux citoyens 
artistes composant l'orchestre, les chœurs et le corps de 
ballet, dont les besoins sont extrêmes, vu la faiblesse de 
leurs appointements et retendue de leurs familles. Cette 
demande est d'autant plus fondée que le i*' frimaire il leur 
sera dû deux mois, et que, si l'on veut établir un répertoire 
plus avantageux que celui de cette décade, la somme de 
i3.ooo livres sera remplie sous peu de jours, et alors le 
citoyen Gaumont pourra répondre aux demandes de tous les 
artistes individuellement jusqu'à l'instant de la parfaite 
organiaation. 

Mais au termef fixé s'ajoutèrent trois décades, sans 
que les Conventionnels s'occupassent du malheu- 
reux spectacle qui n'eut bientôt qu'à disparaître. , 

Il était clos depuis cinq jours quand, le lo nivôse 
(3i décembre), ses acteurs, toujours conduits par 
Verteuil, présentèrent à la Convention cette nouvelle 
requête : 



THEATRE DE l'eGALITÉ 151 

Législateurs, 

C'est au tribunal de Thumanité et de la justice nationale 
que des artistes, dont les malheurs égalent le patriotisme, 
viennent pour la seconde fois présenter leurs justes récla- 
mations contre les actes arbitraires de ce Comité, si redou- 
tables sous le règne des triumvirs, et qui, semblables à ces 
fléaux destructeurs de l'humanité, laissent encore longtemps 
après leur anéantissement les traces funestes de leur ravage, 
et des plaies douloureuses autant que profondes à cicatri- 
ser. Grâce à la Convention régénérée le lo thermidor, 
l'homme de bien voit tomber ses fers, la pensée n'est plus 
comprimée par la terreur, le sang de l'innocent ne coule 
plus ; mais les pleurs des malheureux coulent encore, et les 
Législateurs, amis de la justice, ont seuls le pouvoir d'en 
tarir la source. 

Citoyens Représentants, vous avez accueilli la pétition 
que nous vous avons présentée le 35 brumaire. Touchés de 
nos besoins autant que de la légitimité de nos réclama- 
tions, vous décrétâtes, sur la motion du représentant Legen- 
dre, que le rapport en serait fait dans la plus prochaine 
décade, par vos comités réunis des Finances et de l'Instruc- 
tion publique. II s'en est écoulé cinq depuis votre décret, 
sans que le tableau de nos pressants besoins, et nos sollici- 
tations (que l'on a le plus souvent trouvées importunes), 
aient pu obtenir de vos comités un terme à la détresse qui 
accable nos familles dans la saison la plus rigoureuse, et 
c'est enfin sur le refus formel qui nous a été fait de vous 
présenter le rapport sur ce qui nous concerne, que nous 
venons une seconde fois implorer l'appui de la Convention 
Nationale, qui n'a pas promis en vain protection aux arts, 
et justice à tout citoyen victime de l'oppression. 

Nous vous rappellerons. Législateurs, que dans ces temps 
où la terreur était à l'ordre du jour, nous avons été arra- 
chés de la propriété de nos directeurs, à l'instant où des 
recettes abondantes, fondées sur les plus beaux ouvrages 
patriotiques^ allaient nous dédommager de toutes nos pertes 
passées. Nos instances poir rester dans notre théâtre furent 



152 THEATRE DE l'ÉGALITÉ 

▼aines. Il n'y arait alors pour l'opprimé élevant la voix 
qu'un choix terrible, obéir ou mourir. Nous fûmes translatés 
dans un quartier désert, établis dans un tbéAtre où l'on sup- 
prima, par des chanf^ements funestes à la beauté du monu- 
ment, tout moyen d'y porter la recette au pair de la dépense ; 
enfin nous fûmes arbitrairement entassés dans un nouvel 
atelier, despotiquement dirigés dans toutes nos opérations 
par un A§^ent National nommé par l'ancien gouvernement, et 
privés de mois en mois de la plus grande partie du fruit de 
notre labeur. Voyez-nous, Citoyens Représentants, placés 
entre le spectacle déchirant des besoins de nos pères et de 
nos enfants, privés par la nécessité d'une portion de nos 
effets, sans possibilité de répondre à lu confiance des dignes 
citoyens qui nous ont substantés jusqu'à ce jour, sans espoir 
de trouver à nous placer pour la prochaine année théâtrale, 
et vous n'aurez qu'une faible idée des malheurs qui nous 
accablent. 

Notre probité ne nous reproche rien. Il n'est aucun de 
nous qui n'ait prévenu le Comité et la Commission de l'In- 
struction Publique du déficit énorme que causeraient au 
gouvernement notre manque d'organisation et l'encombre- 
ment de trois cent quatre-vingt-quatre artistes dans un local 
trop circonscrit pour pouvoir y mettre leurs talents en 
valeur. Aujourd'hui le mal est à son comble. Les artistes 
(ci-devant Français) se sont retirés par défaut de paiement, 
et, plusieurs de nous ayant eu du Comité d'Instruction 
Publique leur démission, il ne reste plus au faubourg Ger- 
main qu'une masse incomplète d'artistes écroués par la 
misère et les dettes qu'ils ont contractées, et livrés au plus 
affreux désespoir si votre justice ne répare pas les calami- 
tés que l'ancien Comité de gouvernement leur a fait parta- 
ger avec toute la République. 

Nous ne venons pas, Citoyens Législateurs, réclamer des 
faveurs ou des gratifications privilégia ires ; nous nous ren- 
fermons dans la demande d'un salaire légitimement acquis 
et échu depuis près de six mois, c'est-à-dire depuis le 9 mes- 
sidor jusqu'au 5 de nivôse, jour de notre clôture forcée. C'est 
ce déficit, dont nous avons remis le tableau avec les pièces 



THBATRB DE l'SGALITB 153 

probantes au Comité des Finances, que nous réclamons sous 
le plus court délai ; et vos cœurs compatissants régleront 
ensuite sur les justes indemnités que vous croirez devoir à 
notre situation. 

Persuadés, d'après un écrivain célèbre, qu'un homme 
n'est pas pauvre parce qu'il n'a rien^ mais parce qu'il ne 
travaille pas, nous vous prions aussi de rapporter l'arrêté 
de l'ancien Comité de Salut Public, en date du 27 germinal^ 
qui nous a fait, malg^ré nous, occuper un local que le vœu 
public réclame pour ses premiers possesseurs. 

Rendez-nous à notre propre industrie, afin que nous puis- 
sions remplir partout honorablement cette partie de l'in- 
struction publique qu'un gouvernement philosophe nous a 
confiée, eu nous rendant nos droits politiques et le titre de 
citoyens. 

Les préjugés, que le fanatisme avait élevés sous le règne 
du despotisme, sont morts avec les prêtres, et le législateur 
éclairé ne considère plus aujourd'hui les théâtres comme 
des lieux de corruption mais comme les vrais temples de 
la morale républicaine, et le miroir fidèle qui réfléchit aux 
yeux d'un peuple libre toutes les vertus sociales et les traits 
d'héroïsme et de courage dont il a été capable pour conqué- 
rir sa liberté. 

C'est par notre civisme à remplir ces devoirs jusqu'à ce 
jour, que nous osons demander à Ja Convention Nationale : 

i" De nous faire payer sous le plus court délai le déficit 
provenant des six mois d'appointements échus, d'après le 
tableau remis au Comité des Finances ; 

2® De rapporter l'arrêté du 37 germinal, qui nous a trans- 
latés au faubourg Germain, afin que nous soyons livrés à 
nos propres moyens d'industrie, et non plus à la solde du 
gouvernement qui, par le déplorable état où l'on a mis notre 
administration, ne pourrait nous considérer à l'avenir que 
comme une des sources dilapidatrices du trésor national ; 

3® Qu'il soit ensuite statué par les comités sur les indem- 
nités que nous avons À prétendre contre qui de droit, pour 
la teneur de nos engagements et l'impossibilité presque cer- 
taine de trouver à nous placer avant une année révolue. 



154 THBATBB DK LBGALITB 

LégiiUteori, c'est au nom d^artistes patriotes que noug 
TOUS implorons. Us ont attendu jusqu'à ce jour; pleins de 
confiance, ils attendraient encore si Ton pouvait ajourner 
les besoins de la vie, et si les cris déchirants, arrachés par 
la nécessité à leurs familles infortunées, ne portaient jus- 
qu'au fond de leurs cœurs la triste certitude qu'un jour de 
douleur est le plus long de tons. 

Justice, c'est notre espoir ; protection aux arts, c'est votre 
promesse ; et la uAtre est de vivre et mourir pour soutenir 
la République et la Convention Nationale. 

Le bilan joint à ce mémoire portait, comme som- 
mes payées on dues par la Société de TEg^alité : 

Aux artistes de l'ancien Théâtre National, à raison 
de 35.200 livres par mois . . 21 7.066 1. 

Aux artistes du ci-devant 
Théâtre-Français, depuis la 
réunion 73.44^1. 3d. 

Aux gagistes (7.365 livres 
par mois) 45.4aol. lod. 

Pour droits d'auteurs des 
pièces représentées .... 17.312I., 12 s., 

Pour frais divers .... 58.712 1. 

Soit, au total . . . 4ii*9^31., 12s., 3d. 

Elle avait encaissé, par 
contre : 

Pour i56 (i) représenta- \ 
tions: 258.427 I., 10 s. / . , 

n I *• J 1 > 200.0271., 10 s. 

Pour location de logées : ( » # ♦ 
600 1. ] 

Le déficit se montait donc 
à 15S.9S61ifre8.2soii8.31eiiers 

(1) Sur ce nombre, 74 représentations données par Tex-Théitre- 



THBÀTRB DE l'ÉGAUTB 155 

et comprenait les dettes sui- 
vantes : 

!• Aux artistes du ci-de- 
vant Théâtre-Français . . . 15.761 1., i8 s., 8d. 

a^ Aux artistes transférés 
du Théâtre National. . . . ioq.SoGK, 6s., lod. 

S^Pours droits d'auteurs. 5.295I. 6d. 

4® Aux g'ag'istes S.GSgl., i4s., 3d. 

5® Pour divers fournis- 
seurs i6.6i31., 2 s. 

6<> Au comptable .... 5ool. 

Somme ég'ale: . . 162.926 1., 2 s., 3d. 

Comme elle avait fait pour la première demande, 
l'Assemblée renvoya celle-ci à ses commissions com- 
pétentes; elles se hâtèrent si peu de rapporter l'af- 
faire que plus d'un mois après les acteurs désolés se 
plaig-nirent en ces termes : 

Auœ Représentante du Peuple compoeant le Comité 
de Vlnetruction publique. * 

Liberté — HuMAmTB — Egalité. 

Si des artistes dont le civisme n'a jamais varié dans 
aucune circonstance et dont la patience a enduré les souf- 
frances qui ont assiégé eux et leurs familles pendant Thiver 
le plus rigoureux ; si ces infortunés pères de famille, victi- 
mes de Tancien Comité de gouvernement, ont pu intéresser 
par deux fois la Convention Nationale par la justice et la 



Français avaient produit 316.098 livres, 15 toas, ou 3.930 llTres, 15 sous 
chacune, tandis qne les 83 autres o*atteignaieDt qa^une moycDDe de 
533 livres, 6ioas, 4 deniers. On voit qu'en se disant Pâme de l'entre- 
prise les grands comédiens ne se vantaient poijnt. 



156 THEATRE DE L*ëGAL1TB 

modestie de leurs réclamations, remplissez, dignes Législa- 
teurs, les VŒUX qu'elle vous a transmis à cet égard. La 
Commission de l'Instruction publique a remis sous vos yeux 
notre travail ; veuillez, au nom de l'humanité souffrante, y 
jeter un coup-d'œil et terminer la rigueur du sort qui nous 
accable depuis notre «fatale translation au faubourg Ger- 
main. Remplissez notre attente, et vous aurez encore bien 
mérité de la Patrie. 
Vive la République et la Convention ! 

Les Artistes du Théâtre de VEgcditè: 

Dbsprés-Vertbuil, Micallef^ Vazelle, âuvbat, 
Bbllevillb, Caétu. 

i6« jour de pluviôse, l'an III de la République Une et Indi- 
visible (4 février 1795). 



Eq dépit de cette prière, ce fut le 22 germinal 
(i I avril) seulement que, sur la proposition de Dau- 
nou, la Convention rendit le décret suivant : 

Article i*'. — Les artistes transférés du Théâtre National 
de la rue de la Loi au théâtre du faubourg Germain, en 
vertu de l'arrêté du Comité de Salut Public du 27 germinal 
an II, seront payés sur les fonds mis à la disposition de la 
Commission d'Instruction publique, d'après la liquidation 
qui a été faite par cette commission, depuis le i*** messidor 
jusqu'au 5 nivôse, montant à la somme de 109 3o6 livres, 
6 sous, 10 deniers. 

Article a. — A l'égard des fournisseurs de ce théâtre, des 
employés pour solde de leurs gages et du contingent dû aux 
auteurs dans les recettes faites sur leurs pièces, la même 
Commission est chargée de présenter la liquidation de ce 
qui leur est légitimement dû, et il sera sursis jusqu'alors au 
paiement desdits auteurs, fournisseurs et employés. 

Article 3. — Les comptes du caissier seront apurés par U 



THÉATRB DE l'ÉG ALITÉ 157 

même commission et les débets yérifiés seront versés à la 
Trésorerie Nationale. 

Articlb 4' — Sur Jes autres demandes des artistes transfé- 
rés de la rue de la Loi au théâtre du faubourg Germain, la 
Convention Nationale passe à l'ordre du jour. 

Ainsi fut régulé — strictement — le compte per- 
sonnel d'artistes dont, à défaut de g^rand talent, les 
principes et le zèle méritaient un dédommagement. 
Après six mois d'incohérente tutelle, les g'ouver- 
nants, qui s'étaient dits leurs pères, les jetaient dans 
la rue, sans argent et sans places! 

Pour la salle du faubourg Saint-Germain, elle 
resta fermée jusqu'au ao mai 1797, date à laquelle 
Poupart-Dorfeuille y établit cet Odéon qui, malgré 
deux incendies et mille vicissitudes, l'occupe encore. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 

DES 68 PIÈGES (i) COMPOSANT LE RÉPERTOIRE 



DU 



THÉÂTRE DE L'ÉGALITÉ 



Alisbelle, ou les Crimes de la féodalité . . 119, i3i 

Anniversaire du 10 août [1*] 129 

Arlequin bon père i43 

Avare fr] i45 

Babillard [le] i35 

Bienfait anonyme [le] 121 

Bourru bienfaisant [le] 117, i33 

Colonie [la] i36 

Commissionnaire [le] .... ... i43 

Conciliateur [le] i34 

Consentement forcé [le] 120 

Crispin médecin i34 

Dépit amoureux [le] 119 

Deux Billets [les] . i45 

Dissipateur [le] i39 

Distrait [le] i45 

Double divorce [le], ou le Bienfait de la loi . . i38 

Dupuis et Desronais i34 

Ecole des Maris [r] 119 

\i) 8 NoDveaotéB, dont 3 imprimées, et 60 Reprises. 



THEATRE OB l'BGALITB 159 

Ecole des Pères [r] 119 

Education de l'ancien et du nouveau régime [1*]. i36 

Entrevue [1*] 142 

Epreuve nouvelle [1*] i45 

Epreuves [les] i43 

Esprit de contradiction [1*] i43 

Fausses confidences [les] i3i 

Fausses infidélités [les] 119 

Félix, ou l'Enfant trouvé 139 

Fermier républicain [le], ou le Champ de TEg^a- 

lité 129 

Folies amoureuses [les] lai 

Français dans l'Inde [les], ou Tlnquisition à Goa. 1 28 

Gageure imprévue [laj 118, i34 

Guillaume Tell 128 

Heureuse décade [F] 122 

Horace 139 

Iphigénie en Tauride i4i 

Jeu de l'amour et du hasard [le] i45 

Journée de l'Amour [la] i34 

Legs [le] i35 

Lendemain de la hataille de Fleurus [le], ou la 

Cavalcade i4o 

Lucinde et Raimond 128 

Mahomet 139 

Manlius Torquatus, ou la Discipline romaine . 122 

Mariage de Jean-Jacques Rousseau [le] ... i4i 

Mariage secret [le] .*.... i4i 

Médecin malgré lui [le] i45 

Mercure galant [le] 139 

Métromanie [la] i23, i3i 

Misanthrope [le] 142 

Mort de César [la] i45 

Nanine i2| 



160 THÉÂTRE DE l'BGALITB 

Parfaite égalité [la], ou les Tu et Toi. . . , 117 

Père de famille [le] i34 

Phèdre i43 

Philoctète i35 

Première réquisition [la] 121 

Pygmalion. . . * 189 

Retour du mari [le] 119 

Rose et Colas 142 

Scène civique 116 

Sélico, ou les Nègres 122 

Servante maîtresse [la] . 119 

Spartacus i/fi 

Surprise de Tamour [la] 142 

Tartu£Fe 120 

Veuve du Malabar [la] i4i 

Vieux célibataire [le] i34 

Wenzel, ou le Magistrat du Peuple .... 119 



LAVAL. — nfPRIlfBlUB L. BARmOUD BT G". 



YC12Ô766